RENTRÉE EN SCÈNE DE HARDENBERG
auparavant *. Il quitta Tilsit le 7 novembre. Le 10, par un hasard sans doute préparé, traversant sans s'y arrêter Kônigsberg, il y rencontra le roi et la reine et eut avec eux une entrevue de quelques instants. Cette entrevue, assez émouvante, inspira au roi le désir d'un plus long entretien et Nagler fut dépêché à Hardenberg pour le préparer. Le 11 novembre, dans le petit village de Kalgen, à un mille de Kônigsberg, par un mauvais temps d'automne et en plein air, Frédéric-Guillaume III et la reine se rencontrèrent de nouveau avec Hardenberg *. Le lendemain même, le 12, celui-ci écrivit à Braunsberg un mémoire ' où se trouvent résumés les conseils politiques qu'il avait donnés de vive voix au souverain.
Le caractère de Hardenberg, son éloignement du centre du gouveiiiement, dont il ne connaissait sans doute la situation intime que par les communications d'.\ltenstein et de Nagler, ne le préparaient point à s'associer aux résolutions extrêmes des patriotes. Les avis qu'il donne au roi semblent en effet concorder avec ceux que luimême avait reçus d'Altenstein deux jours plus tôt. Il veut que l'on écarte Stein sans tarder *, et complètement, que l'on poursuive, sans doute, comme but suprême l'affranchissement de la domination française, mais que l'on évite toute apparence de provocation *.
Il insiste pour que Ton n'abandonne pas l'œuvre des réformes intérieures *. Il attend toujours de ces réformes, le même effet, il espère qu'elles créeront dans la nation un nouvel état moral'; mais des réserves, nouvelles chez lui, apparaissent; elles indiquent que le caractère de l'œuvre politique intérieure, dirigée par Stein, lui répugne par certains côtés. S'il repousse les appels à la nation, que Stein propose avec tant d'insistance à la signature du roi, ce n'est pas seulement afin de ne point exciter par des manifestations apparentes les métiances et l'hostilité de Napoléon ; c'est parce qu'il y voit une sorte d'agitation révolutionnaire, qui peut devenir un péril pour le principe monarchique *.
1. Archives historiques du Ministère de la (/iierre, Correspondance de la Grande Armée, 17 novembre 180S. Hardenberg à Davoul. Voir annexe n'XII.