LE TESTAMENT POLITIQUE DE STEIN
ce programme comprenait encore la suppression de la souveraineté politique du seigneur sur le bien noble, des pouvoirs de police du propriétaire foncier. Cette mesure décisive, qui formait le nœud même de la lutte contre la féodalité, avait été proposée à Stein quelques semaines auparavant; mais le premier ministre l'avait rejetée '.
Le testament politique n'en est pas moins demeuré, pour la postérité, l'œuvre de Stein.
Schôn lui-même, à l'avènement de Frédéric-Guillaume IV, en 1840, exhuma, pour le présenter au nouveau roi, comme l'expression lidèle de la pensée de Stein, ce testament politique qu'il avait écrit de sa main près d'un demi-siècle plus tôt; et cette œuvre, qui ne devait jamais valoir à son auteur beaucoup d'honneur, lui valut une disgrâce. Les ministres de Frédéric-Guillaume IV confisquèrent et interdirent comme un pamphlet démagogique *, l'écrit dont d'autres ont fait plus tard le programme politique de l'Allemagne moderne.
Les partis les plus divers ont cherché à exploiter la popularité, l'autorité, qu'ont faites à Stein la vigueur et l'énergie de son patriotisme allemand '. L'époque moderne, en se pénétrant chaque jour davantage des nécessités du progrès démocratique, l'école libérale, ont prêté à Stein pour tirer parti de son grand nom, des idées de réforme beaucoup plus radicales que celles qu'il avait conçues * ; et les représentants des idées conservatrices ou féodales ont trouvé également quelque intérêt à personnifier, en Stein, toute la réforme prussienne, afin de tirer argument, au profit de leurs thèses, des tendances aristocratiques et des réserves conservatrices du grand réformateur. Si parfois l'on s'est souvenu que le testament politique n'était point de lui, c'était pour imputer à d'autres ce qui déplaisait. L'école historique prussienne reproche encore, à l'heure actuelle, au libéralisme allemand d'avoir été chercher dans le testament politique de Stein, ce qui appartenait à Schon, la métaphysique politique et les doctrines constitutionnelles ^.