‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 548 sur 570 · Treitschke, I, p. 339. — Pertz, II, p · texte numérisé non relu

Treitschke, I, p. 339. — Pertz, II, p

Ce qui importe plus que ces exégèses subtiles et contradictoires, c'est de rechercher la portée réelle, moins des idées de Stein que de son œuvre. La vérité est qu'à prendre seulement les réformes réalisées, les résultats obtenus étaient des plus restreints.

L'affranchissement légal et très partiel des initiatives individuelles, le libre commerce des biens-fonds, la suppression théorique du servage n'étaient pas suffisants pour modifier d'une façon fondamentale l'état social de la Prusse.

La réorganisation administrative s'était arrêtée au point où elle eût arraché au propriétaire de bien noble ces pouvoirs politi(iues, qui faisaient de lui le seul détenteur de Tautorité souveraine en contact immédiat avec les populations rurales.

Le service obligatoire généralisé avait été proposé au roi et rejeté par lui.

Si l'habitant des villes avait obtenu, par l'ordonnance municipale, une large part d'action politique, le paysan demeurait non seulement aussi éloigné que jamais de la propriété; mais il demeurait, en droit et en fait, écrasé par l'oppression sociale et politique de l'aristocratie foncière; et l'édifice féodal était, en dehors des domaines royaux, à peine entamé par les ordonnances de Stein *.

Ainsi, toute cette partie du programme des réformateurs prussiens qui consistait à soulever, pour la patrie, les populations de l'État prussien, en leur apportant l'affranchissement social, était restée à l'état de programme. Il eût fallu autant d'imagination aux paysans prussiens qu'au plus exalté des écrivains romantiques, pour s'enthousiasmer à l'idée de réformes, fort incomplètes encore, et dont surtout, juscju'alors, aucun résultat palpable n'était descendu jusqu'à eux *.

Aussi le mouvement qui commençait à entrahier rAUemagne, et que nous avons décrit, était-il encore limité au milieu intellectuel, injpiitable à d'autres causes qu'aux réformes politiques de Stein et dt'vait en grande partie .son caractère d'exaltation senlinuMitalo à la nature du iriilien restreint où il se développait.

i. Voir l'opposition de Sleir» lors(|ii'on voudra y porter la tnnin plus tard. LeiiMAMN, Kiifii-bcck und Schiiii, p. 114. — EnNsr .Mkikh. Die Ik'form iler Vcrwaltiingt-Orgnniuilion unler Stein und Han/enbcrg, p. 136.

2. Ein Slantt^ki'lrtt, dit ScliOn h diverses reprises. Ans den l'apicren Sr.iiftis's, I, p. 5ÎI. — /'iV (loflujrhunii dif selfisl jelzt nnr/i ztntt Tlirll tils ein Torso daslcht, écrit Boycn en 1834. Erinncrumjcn ans dem Lcben des l<'eldtnursckall's vun Uuvkn, I, p. 334.

L'ŒUVRE DE STEIN. 48o

Si Ton commençait à percevoir, même dans les couches profondes, quelques symptômes, avant-coureurs encore bien faibles d'un état moral nouveau, dans ces rixes qui éclataient sur un certain nombre de points entre le corps d'occupation français et les populations de quelques villes, c'était le premier résultat des leçons autrement rudes et pénétrantes ' d'une occupation militaire, dont les rigueurs menaçaient, dans leur existence même, les populations de la Prusse. Sur plus d'un point, près de la frontière russe, elles émigraient*. Ailleurs, les généraux français demandaient, sous la menace de la disette, que l'on déplaçât leurs corps, et, lors de l'évacuation, lorsqu'arrivaient les détachements français qui quittaient les points les plus éloignés du territoire, on ne trouvait pas de place pour eux; tous les villages étaient bondés \ En dehors de ces souffrances matérielles, le paysan était encore infiniment plus touché de l'oppression sociale qui pesait sur lui, que des réformes qu'on lui annonçait. La seule, parmi celles qui avaient été édictées, qui eût pu pénétrer jusqu'au paysan des biens nobles, la suppression du servage, avait été ajournée à plusieurs années. Les rigueurs de sa condition demeuraient telles que, sur quelques points de la Silésie, sous le régime même de l'occupation française, il se souleva contre l'aristocratie foncière *.

Il est donc impossible de partager sans réserves, sur l'œuvre du ministère de Stein, les impressions des Allemands *. Nous pensons avoir montré qu'ils ont donné, aux idées du premier ministre de Frédéric-Guillaume III, beaucoup plus de netteté et de portée qu'elles n'en ont jamais eu dans son esprit ®. Lorsqu'on renonce à la discussion des théories politiques pour serrer de plus près les réalités, la condition sociale des individus, on arrive à des résultats plus facilement discutables. L'œuvre de réforme que la société européenne a eu à accomplir, pour passer du régime de la féodalité au régime

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