DOCUMENTS
Clarke à l'Empereur.
(Archives historiques du Ministère de la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
Berlin, le 4 mars 1807.
,...M. de Stein, ministre disgracié du roi de Prusse, est arrivé à Berlin depuis deux jours. A Koenigsberg, le g" Victor s'est permis de lui donner une espèce d'invitation aux avant-postes militaires de le laisser passer. A Dantzig, sur son passeport de Koenigsberg, il a fait apposer un visa par M. Favelot, consul français, qui en accorde induement à tout l'univers. — A Stolpe, nouveau visa apposé par M. Sokolinski, polonais du corps de Dabrowski. Enlin le g»' Thouvenot que j'ai réprimandé convenablement, a aussi visé le passeport de sorte que M. de Stein est arrivé à Berlin fort à son aise
M. de Stein n'a pas voulu accepter le portefeuille de la guerre que le roi lui a offert. Il a motivé son refus sur son manque de connaissance des détails militaires. Le roi de Prusse a voulu ensuite que M. de Stein prit le portefeuille du ministère de l'intérieur. M. de Stein, qui a une volonté à lui, a
t. Les Archives historiques du Ministère de la guerre sont les seules qui contiennent sur la situation intérieure de la Prusse en 1807 et en 1808 des renseignements importants et intéressants. Nous avons dû y faire un choix très restreint. Nous reproduisons une lettre de Clarke (annexe n" I), sur une entrevue assez caractéristique qu'il eut avec Stein en mars ISOl, divers documents relatifs à la saisie de la lettre de Stein (annexes n"' II. 111, IV, V), une lettre de Sûult (annexe n° XI; qui donne, croyons-nous, la première preuve précise des démarches faites à Berlin auprès de 1 occupation française pour obtenir le renvoi de Stein, enhn quelques lettres (annexes n"* VI, VII, VIll, IX, X), qui nous ont paru plus particulièrement de nature à faire connaître l'état des esprits en Prusse, en 1808, et surtout les impressions des Français.
déclaré au roi que si M. de Beyme continuait à être admis dans le conseil il ne pouvait accepter ce que le roi lui offrait. Ce prince lui ayant écrit une lettre fort dure à ce sujet, M. de Stein a donné sa démission. — M. de Stein a bien quelqu'intérét à ne pas être mal avec les Français. Ses terres sont dans le voisinage de Francfort sur le Mayn et elles sont considérables.
Malgré toutes les bravades des Anglais, si j'en dois croire M. de Stein qui a vu le lord Hutchinson à Koenigsberg, ils ont aussi besoin de la paix, et l'état de leurs finances les y conduit malgré eux. Quant à la Russie, M. de Stein assure que l'on doit beaucoup compter sur les bons sentiments de l'empereur Alexandre, et il a tenu à ce sentiment malgré une controverse assés (sic) vive sur ce sujet. Pour le roi de Prusse, il n'a plus d'armée, car on ne peut appeler armée une division de 13 000 hommes qui est obligée d'agir d'après l'impulsion russe et simultanément avec l'armée russe. La conversation sur cet objet m'a fait connaître que les Russes, après la bataille d'Eylau, quoique satisfaits de leur résistance, n'en avaient pas moins été convaincus de leur défaite réelle.
En cas que la retraite des Russes devînt indispensable, les bataillons prussiens devaient aussi se rendre en Russie, mais il n'y a aucun doute qu'ils n'eussent déserté entièrement en route.
M. de Stein est parti le 13 de Koenigsberg.
Le moment actuel paraissait à tout le monde favorable pour des négociations parce que la Russie devait être contente de sa résistance, bien que vaincue, et que son amour-propre était à couvert. Quant à la Prusse, M. de Stein insinuait qu'on regardait comme impossible qu'elle fit la paix si on exigeait trop d'elle et si on mettait sa frontière à l'Elbe, c'est-à-dire trop près de sa capitale. La conversation m'a appris que si on plaçait ailleurs la maison de Mecklembourg pour en donner le territoire au roi de Prusse, un arrangement pacifique pourrait avoir lieu, mais cette idée appartient à M. de Stein et je ne l'avais jettée (sic) dans la conversation que pour l'alimenter.
Nagler à (Koppe?)
(Archives historiques du Ministère de la guerre, correspondance do la Grande ArmiSo.)
14 aoiU 1808.
Monsieur, Vous ne devez partir sans avoir reçu les dépêches de Son Excellence le comte de floltz. Je viens dans ce moment-cy de (.sic) Son Excellence M. de Slciii, ofi j'ai reçu cet ordre. Les dépêches de Son Excellence le comte de Gollz viennent de m'èlre remise (sic) dans la minute, cependant avec l'invitation qu'elles seront encore suivie d'une autre dépêche importante. Sa Majesté, la reine, m'ordonne à rin.'^tant même, (|u'Elle veut également vous charger de (]uelqufs missions. Le passeport vous sera remis sans faute avec tous {tic) les dépôchr's ci-dc.ssus mentionnées. Je suis avec une haute considération,
Signé : Naolk (aie).
14 August.
Traduction de la lettre du ministre d'État de Stein au prince de Sayn- Widgenstein, grand-maitre de la cour de la reine de Prusse ' .
(Archives historiques du Ministère de la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
Kônigsberg, le 15 août 1808.
Votre Altesse trouvera dans les lettres officielles que l'assesseur Koppe aura l'honneur de lui remettre tout ce qui aura rapport aux négociations des fonds, et je me permettrai uniquement de lui faire encore quelques observations sur notre situation présente.
D'après le conseil des comtes de G... et W..., on a chargé, à différentes reprises, le prince W... d'offrir une alliance, par un corps de troupe et de chercher à obtenir une diminution ou des délais pour la contribution, mais dans le cas où l'Empereur partirait pour de nouvelles entreprises, le prince doit tâcher de s'éloigner d'une manière décente et convenable. Si dans les circonstances présentes l'Empereur n'accepte pas nos offres moyennant lesquelles nous pouvons lui être utile, il prouve qu'il est décidé à nous anéantir et que nous devons tout attendre.
L'acharnement en Allemagne augmente tous les jours et il est à conseiller de le soutenir et le faire répandre parmi le peuple; je désire beaucoup que les relations et les liaisons, en Hesse et en Westphalie, soient conservées, et que l'on s'y prépare à de certains événements : de même que d'entretenir les mêmes liaisons avec des hommes qui ont de l'énergie, de bonnes intentions et qui se mettraient en relations avec les voisins. Si Votre Altesse pouvait me faire, à ce sujet, quelques propositions je la prie de me les communiquer par M. Koppe, ou une personne de confidence.
Les événements en Espagne font une grande sensation ef prouvent d'une manière palpable ce qu'on aurait dû croire depuis longtemps; il serait prudent de répandre cependant ces événements avec précaution, puisqu'ils démontretit à quel point peut aller la finesse et le désir de dominer ainsi que ce que peut faire une nation qui a de la force et du courage.
On considère, chez nous, la guerre avec l'Autriche comme inévitable; ce combat décidera du sort de l'Europe et par conséquent du nôtre. Quel résultat en attend Votre Excellence? Serait-il possible d'employer les mêmes plans qu'au printems de 1807? où est M. de Meuring?
Le comte de Vinck viendra me voir et restera quelque temps avec nous.
L'Électeur risquera dans les circonstances présentes que l'on s'empare de lui et de ses propriétés, au moins il devrait mettre en sûreté l'un ou l'autre
1. En rapprochant cette traduction envoyée le 26 août 1808 à Napoléon par le maréchal Soull, du texte publié au Moniteur du 8 septembre 1808, on verra qu'elle a bien subi, comme les Allemands l'ont affirmé à diverses reprises, quelques suppressions indiquées ici en italique; suppressions d'ailleurs sans importance et dont le motif s'explique facilement. Nous n'avons pu retrouver nulle part l'original de la lettre de Stein.
et je crains très fort qu'il soit la victime de son indécision et de son avarice.
Jusqu'à ce jour, M. de Jacobi n'est pas encore arrivé, mais on l'attend aujourd'hui; son voyage a été aussi pénible qu'ennuyeux.
On a enfin pris la résolution de choisir M. Ancillon pour gouverneur du prince royal, mais on tardera encore quelque temps de le mettre en activité; en attendant ce pas est fait, ce qui veut beaucoup dire, dans l'indécision où nous sommes ensevelis.
Il n'est pas bien que Madame de Hagen ait tout à fait renoncé à sa première idée, car la reine aurait été enchantée de posséder dans sa société une dame de cette qualité; les finances de la maison doivent également être dans un mauvais état puisqu'on ne me paye pas les 13 000 florins que l'on me doit pour un bien que je leur ai vendu, il y a quelques années, et dont je désirerais beaucoup être remboursé; car, dans les circonstances présentes, mes richesses ne s'augmentent d'aucune manière.
J'entends que quelques-uns de vos amis quittent le Holstein. Comment se comportent les Espagnols et les Danois?
Le général Blûcher est très faible ; pour le soutenir on a envoyé le lieutenant-colonel Bulow à Colberg.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération
Écrit et signé Stein.
Nota. — La lettre initiale G désigne le comte deGoltz; la première lettre initiale W désigne le comte de Wernigerode; la seconde lettre initiale W désigne le prince Guillaume.
Traduction envoyée le 26 août 1808 à Napoléon par le maréchal Soult.
Le maréchal duc de Dalmatie à l'Empereur, (^ebires hisloriqaet du Miuialère do la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
26 aoiH 1808.
Sire,
Dans mon dernier rapport, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que je me proposais de faire arrêter un assesseur prussien, nommé Koppe, venant de Koenifjsherg, qui m'était désigné comme rentremoltour d'une négociation importante entre S. M. le roi di* Prusse et le prince ex- Electeur de Ilesse-Cassel ; celle arrestation a eu lieu hier, au malin, hors la ville, sur la roule de Hambourg, el le S. Koppe u été imnuWliatement conduit ii Span<lau, oi^ il est au secret; la veille, il avait ])ris un passeport pour all«*r aux eaux de Doheran, dans le MecUlenbouig.
J'ai riionuenr de moltrc sous les yeux de Votre Majesté les papieis (juo l'on a Irouvés sur le sieur Ko[)pe; ils me paraissent d'une tn'-s grande importance, nolainmcnt une Icllre écrite par le ministre d'Étal, cunili* do
Stein, au prince de Sayn-Wigenstein (sic), grand maître de la maison de la reine, et actuellement chargé de la négociation de l'emprunt de 1 500 000 écus que le gouvernement prussien fait près du prince ex-électeur de Hesse; cette lettre, la seule que J'ai (sic) pris le tems de faire traduire, dévoile clairement les projets, espérances, intrigues et intelligences de la cour de Prusse. Votre Majesté y trouvera l'indice des instructions que le prince Guillaume de Prusse, actuellement à Paris, a reçues, et elle y remarquera que la guerre y est positivement annoncée, et que M. de Stein recommande particulièrement d'entretenir l'anarchie qu'il suppose exister dans les Etats d'Allemagne, surtout en Westphalie, afin qu'on puisse en profiter suivant les circonstances.
Une autre lettre, aussi traduite, parle des dépêches, d'une grande importance, que Koppe a dû recevoir de la reine et du comte de Goltz, ministre des affciires étrangères; ces dépêches ne s'étant pas trouvées sur Koppe, il est à supposer qu'il les a remises ou fait parvenir à leur adresse; peut être l'interrogatoire que je vais lui faire subir donnera à ce sujet des renseignements.
La liasse de papiers non traduits contient les pleins pouvoirs du roi de Prusse, et l'instruction de M. de Stein adressée au prince de Sayn-Wigenstein, au sujet de l'emprunt de 1 500000 écus; il y a aussi une lettre de l'exélecteur de Hesse, qui d'abord avait refusé de se prêter à l'arrangement qu'on lui proposait, mais qui y a ensuite consenti.
On a trouvé encore sur le sieur Koppe, une boite ornée du portrait du roi de Prusse et enrichie de diamants, plusieurs passeports et des notes insignifiantes. J'ai donné ordre au général de St-Hilaire de faire mettre sous cachet ces derniers objets et de les garder jusqu'à ce qu'il ait plu à Votre Majesté de faire connaître à ce sujet ses intentions.
Rapport du général Lauer, commandant la force publique de la Grande Armée.
(Archives historiques du Mioislère de U guerre, correspondance de la Grande .\rmée.)
28 août 1808.
Par ordre de M. le général Saint-Hilaire, commandant la place de Berlin, la gendarmerie a poursuivi et arrêté sur la route de Mecklembourg, le sieur Koppé, assesseur dans le département des finances, mines et fabriques à Berlin, envoyé de Koenigsberg comme courrier. Ses papiers et une tabatière ornée du portrait du roi de Prusse et emballée, qui ont été saisis sur lui, furent de suite remis à S. E. monseigneur le maréchal, duc de Dalmatie, gouverneur de Berlin, qui en a soumis une partie à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
11 résulte de l'interrogatoire que M. Koppe a subi à la maison de force de S[)an(iau, devant M. le lieutenant de gendarmerie Pfersdosff (sic), qu'il est né Hunovrien, qu'il a servi dans l'artillerie et finalement dans la garde
du corps hanovrieane, jusqu'il y a trois ans, où il obtint son emploi actuel en Prusse. 11 n'en a guères exercé les fonctions, car il fut toujours employé dans la partie secrète. Pendant la dernière campagne, il accompagna le général, prince de Hohenlohe, en qualité de secrétaire particulier, et lui (sic) suivit sur ses biens en Franconie, après la Capitulation de Prentzlau. Rentré à Berlin, M. le ministre de Stein l'envoya à Paris, où il a fait un séjour de 5 à 6 semaines. En dernier lieu, M. le prince de Sayn-Wittgenstein l'a choisi pour l'accompagner dans une mission dont il était chargé par le roi de Prusse près le prince Hesse-Cassel à Jtzehoë, près d'Allona, et dans les villes anséatiques. M. Koppé prétend que cette mission avait pour but un emprunt d'une {sic) million et demie de florins en papiers d'Etat, que le Roi, son maître, voulait faire pour ses dépenses courrantes (sic) chez le prince de Hesse et un autre de loOOOO marcs chez le banquier Dehn à Alloua; que le prince de Wiltgenstein l'avait envoyé de Hambourg à Koenigsberg pour porter les conditions de cet emprunt au ministre de Stein, mais que le Roi les avait trouvé [sic) trop onéreuses et que maintenant il avait été en route pour rapporter au prince de Wittgenstein la dernière décision, à cet égard, à Doberan, pays de Mecklembourg, où il prend les eaux.
11 convient cependant, qu'outre cette mission, il avait aussi deux paquets en toile cirée à remettre à M. le conseiller Pohl du commerce maritime de Berlin, mais qu'il en ignorait le contenu. Ces autres papiers prouvent cependant qu'il avait des commissions importantes de S. M. la reine de Prusse et du ministre, comte de Golz, à remettre à Berlin.
On est en ce moment occupé d'éclaircir cette affaire, des suites de laquelle le soussigné s'empressera de rendre compte.
Par sa lettre du 24 courant, l'officier de gendarmerie stationné à Posen, rend compte que des tentatives d'incendie y ont eu lieu, qu'on a trouvé des mèches allumées dans plusieurs endroits, mais que malgré les démarches fautes pour en découvrir les auteurs, et les patrouilles multipliées, on n'a pu y parvenir. Il ajoute qu'on parle beaucoup d'une guerre prochaine en Allemagne.
M. Gaspard à M. rAdministrateur général Bignon.
(Arobiv«« liisloriquea du Miai»t^re de la guorre, correspondanoe de la Uniiido Armée,)
29 août ISOS.
Monsieur et respectable ami, Je dois vous dire en confidence, car je n'aime pas les lettres officielles en ce genre, (ju'il circule, dans cette province et autres, des officiers prussiens soit anciennement restés prisonniers, soit venant à l'instant niénit; de Koenigslterg et qui cherchent à «'xciter ou du moins à préparer un événement fatal aux Français, (les faits el bruits sont si sûrs, (jue déj/l nos amis dani ce jiays-ci sont Irrmblanl (sic) cl nous évitiMil.
Un ofdricr [iru^sicii, venant d'Hambourg l'autre jour [j'espère apprendre
son nom) logea dans une auberge où il dit mille horreurs des Français; que les Espagnols étaient de braves gens qui avaient du cœur et qui avaient tué tous les Français, c'est pourquoi on envoyé nos troupes en poste et que les Prussiens arment en force et que tous les Français, répandus sur ces pays, en éprouveront autant parce que ce sont des coquins et que tous ceux qui leur ont l'ait honnêtetés ou amitiés seront traités de même. Ce peuple est bête et croit ses nobles par peur; et puis, comme on ne voit plus de troupes, on croit cela.
Je vous prie d'en faire part à qui de droit et de faire prendre des mesures contre les voyageurs et officiers prussiens qui, depuis quelque temps, se conduisent indignement par leurs propos.
Je suis, etc.
Le maréchal duc de Dalmatie à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
(Archives historiques du Minislère de la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
Gharlottenbourg, 31 août 1808.
Un conseiller nommé Ruhl, arrivé hier de Konigsberg (sic), a dit que tous les esprits étaient à la guerre, et que le maréchal de Kalkreutz était le seul qui osât représenter qu'on ferait une nouvelle sottise, mais on ne l'écoute pas. Le ministre de Goitz reçoit les dépêches do Londres, Péfersbourg et Vienne ; il les remet à sa femme qui les porte à la reine, et c'est chez cette princesse que la lecture en est faite. La reine a dernièrement feint d'avoir encore espérance dans la magnanimité de Votre Majesté, mais secrèttement elle entretient les liaisons d'une nouvelle ligue ; les comtesses de Woss et de Golz sont ses confidentes et l'excitent continuellement.
Les officiers prussiens et autrichiens, qui sont aux eaux de Tœplitz, ne cessent de dire qu'au premier avantage des Autrichiens, ce qu'il y a de Français, épars en Prusse, sera massacré et qu'il y a du mécontentement en Saxe, etc., etc.
Le duc de Dalmatie à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
(Archives historiques du Ministère de la Ruerre, correspondance de la Grande Armée.)
Charlotlenbourg, le 3 septembre 1808.
Sire,
A la réception de la dépêche dont Votre Majesté a daigné m'honnorer {sic) le 23 août dernier, je me suis empressé de préparer l'exécution de la disposition qu'elle renferme et déjà tout était prêt pour faire sauter le magasin à poudre et trois bastions de la forteresse de Spandau, dans la nuit du 4 au 5 de ce mois; mais en recevant la seconde dépèche de Votre Majesté, datée du 26, j'ai cru devoir différer l'exécution du premier ordre; cependant les-
mines restent disposées et 24 heures après un nouvel ordre, elles pourront être chargées et produire leur effet.
Je dois à présent justifier cette inexécution; dans sa première dépêche, Votre Majesté m'a fait la grâce de me dire que le jour même, ou le lendemain, révacuation de la Prusse devait être signée, et dans la seconde, elle a la bonté de me faire part que, des difficultés étant survenues, la convention avec les Prussiens n'a pas eu lieu : il m'a paru que l'ordre relatif à Spandau n'était qu'une conséquence de la première disposition, et que l'application devait en être suspendue, puisque le motif n'existait pas encore, ou qu'il éprouvait du retard. J'ai aussi pensé que lorsqu'il y aurait lieu, Votre Majesté me ferait encore la grâce de m'honorer à ce sujet de ses ordres, et que je pourais les recevoir plus de 24 heures avant que les arrangements qui seront faits soient connus à Berlin.
Une autre considération m'a retenu ; j'ai craint que si l'événement avait lieu avant la conclusion des arrangements avec la Prusse, le gouvernement prussien n'en prit prétexte pour se refuser aux demandes les plus justes et qu'ainsi Votre Majesté ne fût contrariée dans ses projets; peut-être je n'aurais pas fait cette réflexion, si Votre Majesté ne m'avait lait la faveur de m'entretenir des affaires d'Espagne, et si je n'avais eu connaissance de la lettre du comte de Stein, interceptée, que j'ai eu l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté, laquelle ne pouvait lui être parvenue lorsqu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire; si je me suis trompé, le motif qui m'a dirigé peut seul me rendre excusable.
J'ai dit dans mon dernier rapport, que le gouvernement prussien avait pris, contre Votre Majesté, des engagements avec ses ennemis; cette assertion parait hasardée, mais je la crois fondée ou elle ne tardera pas à se réaliser. La lettre de M. Stein le prouve et tout ce qui se passe dans ce pays, ainsi qu'en Autriche, semble le confirmer. Mais aussi M. de Stein dit que le prince Guillaume doit proposer à Votre Majesté un corps de troupes auxiliaires et une alliance. Si cette proposition était accueillie et que Votre Majesté voulût aider la Prusse, elle pourait encore avoir dans ce pays une armée de 50,000 hommes qui, je n'en doute pas, se battrait pour elle, surtout si Votre Majesté la faisait appuyer par un corps français et l'assujettissait à l'influence d'un de ses chefs; et si encore elle laissait espérer au roi de Prusse qu'un jour il pourait obtenir quelque agrandissement en Autriche. L'ambition de ce souverain se trouverait satisfaite et les vœux de la nation prussienne seraient comblés; dans le cas contraire, toute la Prussf et le Iloi lui-même seront contre Votre Majeslé et on ne cessera de faire, dans ce pays, tout ce (jui pourra être fait pour lui nuire; déjà on agit»' les jirovinccs; on presse le recrutement, et on ne dissimule plus (ju'il 8c prépare de grands événements.
A ce sujet, jai l'honneur de mettre sous les yeux de Voln; Majesté une lettre que M. IJignon, administrateur giMiéral des provinces prussiennes, vient de m'adrcfiser; j'y joins un rapport de police du jour, et deux autres rap[iorls, sou» n'» 7 et 8, d'un agent particulier que j'emploie; ces derniers sont iiioinii importants.
DOCUMENTS ET PIÈGES JUSTIFICATIVES- 49'j
Le maréchal duc de Dalmatie à Sa Majesté l'Empereur.
(Archives historiques du Ministère de la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
Charlottenbourg, 13 septembre 1808.
Tous les rapports que je reçois des commandants militaires et des personnes que j'emploie confirment la remarque que dans les provinces prussiennes il y a beaucoup de fermentation ; il parait même qu'on ne dissimule plus qu'il se prépare de grands événements; partout il y a des réunions et des convocations d'officiers prussiens; on recrute et on enregistre des soldats; je les fais arrêter sur tous les passages; mais l'étendug est si grande, qu'il est impossible de les atteindre tous.
Tel est le résumé des rapports du général Molitor qui commande en Poméranie suédoise, du général Defrance qui est établi avec la brigade de carabiniers entre le Havel et l'Elbe, et de ceux du général Legrand qui est avec sa division sur la Vistule; ce dernier mande en outre qu'on construit des pontons à Graudentz, et que dans la Prusse royale il y a de fréquents rassemblements de troupes et de recrues qui paraissent avoir pour objet l'instruction des dernières levées, et que dans tous le pays on était généralement persuadé que la guerre allait avoir lieu
Le général Molitor rend aussi compte que le prince héréditaire de Hesse- Cassel est toujours à Dobberan, dans le Meckleiibourg où se trouve aussi le duc de Mecklembourg-Schwérin, et que le prince de Sayn-Witgenstein, graud-niaitre de la cour de la reine de Prusse, qui y était également, en est parti subitement, sans doute lorsqu'il a appris l'arrestation de l'assesseur Koppe. 11 paraissait régner beaucoup de niistère à Dobberan....
Pendant que M. le maréchal Victor commandait à Berlin, lui et M. le générai Saint-Hilaire témoignèrent le désir qu'un officier supérieur prussien exerçât une espèce de surveillance sur les officiers de cette nation qui sont en grand nombre dans celte ville et qui journellement se compromettent; cela ayant été rendu, le roi de Prusse s'empressa de désigner à cet eflet, M. le colonel de Kleist, son aide de camp général, qu'il avait paru disgracier après le traité de Tilsit et avait même renvoyé à Berlin; il est à remarquer que M. de Kloist a été le principal moteur de la dernière guerre, et qu'il est toujours contre Votre Majesté ; je le fais suivre de très près; il est vraisemblable qu'il finira mal.
Depuis longtems, l'envoyé d'Autriche en résidence à Berlin (le comte de Bombelles), m'inspire de la méfiance; il a de fréquentes entrevues avec tout ce qu'il y a d'impur en Prusse, et envoie souvent des estafettes à l'envoyé de la même nation à Dresde, lequel est sans doute chargé de faire passer ses dépèches....
J'ai l'honneur d'être, etc.
A Son Excellence le maréchal Soult.
(Archives historiques du Mioistère de la guerre, correspondance de la Grande ArméJ.)
Berlin, le 23 septembre 1808.
Le chanoine, M. Jamm, est arrivé comme courier de Konigsbcrg dans cette ville, chargé des dépêches pour la famille royale, mais principalement pour M. le conseiller Beyme. Il a quitté Kônigsberg, le 14 du mois courant, et lors (sic) son départ, l'empereur de Russie était déjàà Réval. Le Roi Pattenddit à Kônigsberg le 19 ou 20 et il avait pour cet effet déjà alors abandonné au château les appartements qu'il occupa pour les faire mettre en ordre pour Sa Majesté l'Empereur. M. Jamm assure que le roi de Prusse viendra dans le mois d'octobre prochain à Berlin; que presque toutes les difficultés qui existaient entre Sa Majesté l'Empereur et roi Napoléon et le roi de Prusse étaient levées préalablement par le prince Guillaume de Prusse à Paris; et que celles qui restaient encore le seront de même par l'entremise de l'Empereur de Russie dans l'entrevue prochaine. Ce chanoine Jamm est un homme de la plus haute importance à la cour de Berlin. C'est par lui que l'on a pu autrefois tout obtenir du Roi par l'entremise de son ami et confident intime M. le conseiller privé du Cabinet Beyme. C'est par son entremise que j'ai arrangé en 1804, plusieurs affaires de famille des trois frères ducs de Wurtemberg, Louis, Eugène et Henry, desquelles l'Impératrice mère m'avait chargé dans la même aimée à Pétersboung et qui eurent un succès complet. C'est par lui que l'on pouvait alors tout obtenir du roi et par lequel on a fait passer, d'une voye délicate, les présents que l'on destinait à M. Beyme pour les services rendus. J'ai soupe hier soir avec cet ami chez la Obrrmann de la(^uelle il est aussi le protégour. Il nous fit beaucoup des confidences de ce qui se passa depuis peu à Kônigsberg. Il nous assura que le Roi n'avait pas encore connaissance que les dé[)èches furent (bec) prises à M. Koppe;que le ministre Slein avait dit au Roi que l'assesseur Koppe était arrêté mais qu'il suppose que l'on n'avait point trouvé les dépêches sur lui que nonobstant cela, le Roi était furieux contre le ministre en lui disant de haute voix : Sic hubcn gewiss cinen dwnm So'eich Gemuchl, vous avez sans doute encore fait quelque bêtise. Et Stein devait (sic) plus paraître devant lui. M. Jrtmm ciaint que la lettre de M. Stein pouvait encore faire naître queliiiics nouvelles inésintelligenoes entre les deux souverains. Il a beancouj) conféré là-dessus avec M. Beyme, qui prétend que le Roi n'en avait aucune connaissance; M. Beyme est très coulent que la circonstance avec l'interception de ces dépêches soit arrivée au ministre Stein, car il suppo.se que cela serait le seul motif que le Roi le renvoya de son poste; sans cela, le Roi n'aurait jamais eu le courage et l'énergie de lui ôter une place dans laquelle il se faisait détester de tout le monde ii la seule exc(;ption du Roi qui se fin tout aveuglément ii lui; mai» maintenant, il en siTa forcé pour se concilier r;iniilié de Sa M;ijestè l'Enipt-reur rt roi, dans l'entn.'vur prochaine surtout où il sera décidé du sort défliiilif du roi de Prusse cl de ses Etats.
Parmi cent personnes, il s'en trouve 90 qui sont acharnées contre M. Stein, maintenant d'autant plus que l'on sçait de bonne part : que Sa Majesté l'Empereur avait conclu une convention mutuelle avec le prince Guillaume à Paris, moyennant laquelle les États du Roi devraient être évacués dans le mois d'octobre prochain, et que les troupes françaises occuperaient uniquement les forteresses Colberg, Stettin et Graudentz jusqu'au payement total de quarante millions d'écus que Ton doit encore pour la contribution. Il n'y a pas un malheur que l'on ne souhaite pas à M. Stein et vraiment on l'a en horreur, et il ne se trouve pas un seul être qui le plaint ou qui prendrait son intérêt dans la circonstance présente. M. Beyme est un de ceux qui parait le plus content de cet événement par la double raison : qu'il se voit vengé pour la trahison que Stein lui fit, et par laquelle il fut forcé de prendre son congé du Roi, et puis qu'il nourrisse maiiit^'nant des nouvelles espérances d'être appelles («/<;) du Roi aux affaires dÉtat, puisque M. Beyme était toujours le seul homme du Cabinet qui a déconseillé le Roi de rompre les liaisons amicales avec le gouvernement français, et c'est pour cette raison qu'il était déjà, à la fin de 1805, dans une guerre éternelle avec M. de Hardenberg, puisque celui cy opinait autrement car je pourrais encore produire des lettres originales de ce M. Beyme qu'il m'avait écrites alors, qui prouveront ses bonnes intentions qu'il témoigna dans cette époque envers la monarchie française. Et si jamais les liaisons amicales entre la Krance et la Prusse seraient rétablies, il serait pour ainsi dire urgent que M. Boyme serait de nouveau placé auprès du Roi, puisque c'est le seul qui a toujours cous.3illé le Roi d'? chercher par toutes ses démarches de conserver la (sk) harmonie et l'amitié du gouvernement français et de Sa Majesté l'Empereur Napoléon.
J'ai, pour demain, fixé une entrevue avec MM. Beyme et Jamm dans la campagne de Madame Obermann où je serai informé de nouveau de leurs intentions ei desquelles j'aurais ensuite l'honneur d'en rendre compte à votre Excellence, à Cluulottenbourg. Mme Obermann m'a prouvé par des faits que l'assesseur Koppe était encore chargé de quelques lettres de la reine et qui ont été remises à leurs adresses respectives.,..
Le maréchal duc de Dalmatie à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
(Archives historiques du Miuislcre de la f;uerre, oorrespondause de la Grande Armée.)
Charlottenbourg, 28 septembre 1808.
Sire,
Le comte de Goltz, ministre des affaires étrangères du roi de Prusse, est arrivé hier à Berlin. Dans une visite qu'il a faite au général Saint-Hilaire, il lui a dit qu'il se rendait à Eil'urlh près de Votre Majesté, et que son voyage avait pour objet d'obtenir :
{o Une diminution dans la contribution qui doit être payée suivant la dernière convention;
2° Un plus long délai pour les payements;
3° De solliciter le pardon de M. de Stein, et d'exposer à Votre Majesté que le roi de Prusse ne peut se passer de ce ministre;
et 4» Pour demander la remise des sept bâtiments chargés de marchandises et denrées prohibées, que le corsaire le Tilsit a dernièrement pris à 4 lieues en mer de Pillau.
M. de Goltz s'est beaucoup étendu sur l'impossibilité où était le roi de Prusse de satisfaire aux engagements pécuniaires qu'a contractés le prince Guillaume, sur la nécessité de conserver en place M. de Stein....
M. de Goltz s'est retiré de celte conversation et a annoncé qu'il attendait l'arrivée du ministre dÉtat de Woss pour partir.
J'avais chargé le général Saint-Hilaire de mettre quelqu'un d'insinuant à la suite de M. de Goltz, pour être instruit de ses démarches et recueillir ses propos; pendant la nuit, j'ai reçu le rapport suivant :
M. de Goltz est descendu chez le S"" Stegeman, conseiller intime, ami et agent particulier de M. de Stein (cet homme doit l'accompagner à Erfurth) ; il a exprimé qu'il était porteur de la convention non ratifiée, qu'il avait ordre de s'adresser directement à l'empereur de Russie et de s'appuyer de sou crédit; que le Roi lui avait donné à ce sujet des pouvoirs illimités, attendu que l'empereur Alexandre, qui doit encore 15 à 20 millions d'écus à la Prusse depuis la dernière guerre, s'était engagé à Koenigsberg, lors de son dernier séjour, de répondre pour pareille somme, et qu'il avait promis de faire tout ce qu'il pourrait près de Votre Majesté pour arranger les affaires de la Prusse. 11 a dit aussi qu'il se rendait à Erfurth d'après la demande de l'empereur de Russie, qu'il était très connu de S. M. et fort lié avec le comte de Romanzow.
Peu après le général Saint-Hilaire est venu me rendre compte que le prince d'Hatzfeld et plusieurs personnes de marque de Berlin s'étaient rendus chez lui et lui avaient témoigné le plus grand déplaisir d'apprendre que le comte de Goltz avait ordre de solliciter le pardon de M. de Stein. Ce» personnes ont dit que depuis la publication de la lettre que ce ministre a écrite, l'opinion était généralement prononcée contre lui, et qu'on attribuerait à malheur s'il restait au ministère; elles ont ajouté que M. de Sleia étant Hanovricn d'origine, et par conséquent partisan de l'Angleterre, il serait toujours en opposition avec Votre Majesté, quelque bien qu'elle lui lit, et qu'il en résulterait pour la nation prussienne des maux incalculables; enfin, elles ont supplié le général Sainl-llihiire de me porter à en écrire à Votre Majesté et de l'assurer que ce sentiment était général.
Je viens de remplir ce devoir, et j'ajoute que depuis huit jours, je fais parrilh- rcnianiue sur le changement d'opinion à l'égard de M. de Stein; on lui attribue du mérite, mais on est imligné de sa conduite et on parait s'impatitMiter de le voir encore au ministère; tous les rapports de police que je reçois des provinces sont dans le même esprit.
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté un rapport particulier, .«^ous n" 97, relatif à une propriété très considérable que M. de Stein n dans le duché de Varsovie, et h la correspiuulance secrètte de ce ministre avec In Silésie, la Saxe et la IJohétnc, par l'Intcrtnédinire d'un agent nommé Troschke. J'ai écrit h. M. le maréchal Davout pour le prier de luire en sorte (l'iulercepler cotte corrospondauce....
A présent, je dois rendre compte à Votre Majesté que l'opinion a pris une autre direction; on reconnaît que l'on a trop dit et trop fait; on désavoue les personnes en place qui ont été employées au recrutement ainsi que celles dont la mission était d'exaspérer le peuple et de le porter aux derniers excès; on s'entretient moins des affaires d'Espagne, on craint de parler de l'armement de l'Autriche, le roi de Prusse est plaint, son ministère et toutes les personnes qui l'entourent sont en horreur; mais on convient de l'embarras du Roi pour les remplacer. On commente les articles du traité du 8 septembre, que l'on dit savoir de bonne part, et on prétend qu'en somme ils sont inexécutables, qu'il en est d'humiliants et que l'empereur de Russie contribuera à en adoucir la rigueur; de là on tire la conséquence que le traité, s'il doit être ratifié, ne le sera par le roi de Prusse qu'après le retour à Koenigsberg de l'empereur de Russie. Les esprits sont abattus; les idées incertaines, mais tout le monde exprime hautement le vif désir d'un sort décidé; j'ajouterai, à cet exposé, que dans aucune circonstance, il n'y a eu en Prusse plus de partisans d'un changement de gouvernement, et que s'il entrait dans les vues de Votre Majesté que ce changement eut lieu, elle pourrait être assurée qu'un très grand nombre d'habitants verrait arriver avec satisfaction cet événement.
En terminant, j'ose supplier de nouveau Votre Majesté de permettre que je me rende près d'elle, pendant son séjour à Erfurth, pour avoir le bonheur de lui faire ma cour, etc.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Le baron de Hardenberg, ancien ministre d'État de Sa Majesté
le roi de Prusse, au maréchal Davout.
(Archives historiques du Ministère de la guerre, correspondance de la Grande Armée.)
Marienverder, le 17 novembre 1808.
Monsieur le Duc,
Ayant appris par M. le ministre comte de Goltz, que j'ai vu ici un moment h son passage, que Votre Excellence a pris le commandement de l'armée française, destinée à rester en Allemagne, et qu'elle va établir sa résidence à Hanovre, j'ose m'adresser à elle avec une confiance entière pour lui demander sa protection.
Je me trouve en route pour retourner à mes terres dans les environs de Berlin. Des arrangements absolument indispensables y exigeront ma présence et m'obligeront à faire quelque séjour à Berlin même, mais je me presserai de les terminer et j'espère y réussir en peu de semaines. Dès lors, je ne désire que de m'éloigner le plus promptement possible de la Cour, pour faire enfin disparaître l'idée tout à fait erronée, comme si j'étais toujours mêlé dans les affaires publiques. 11 suffit que ce soupçon existe et qu'il puisse devenir nuisible aux intérêts du Roi, pour me déterminer à me fixer hors de ses États pendant l'époque actuelle.
Les nouvelles relations entre la France et la Prusse, Monsieur le duc, eussent certainement trouvé en moi le gardien le plus loyal et le plus fidMe, incapable de s'écarter du chemin de l'honneur et de la probité, et inaccessible à toute influence étrangère; mais ni tout cela, ni Taffection et la confiance de mon souverain ne purent me faire balancer un instant sur le parti de résigner non seulement le portefeuille des afl'aires extérieures, entre ses mains, mais de demander même ma retraite entière de son service, aussitôt que j'eus connaissance d'une opinion contraire que je n'étais pas le maître de réfuter et qui pouvait compromettre le bien de l'Etat.
J'ai des possessions éparses en Franconie, dans le royaume de Westphalie, dans le pays de Hanovre ; des relations de famille en Saxe et dans le Holstein, où mon fils est établi et propriétaire de terres qu'il a de mon chef et qui me donnent aussi, à moi, tous les titres de sujet danois.
Partout les débris d'une fortune ruinée à ramasser pour satisfaire à mes obligations appellent ma présence.
Mon dessein est d'aller d'abord m'établir chez un frère, domicilié à Grohnele sur le Weser, dans le pays de Hanovre, et c'est pour pouvoir m'y rendre et de là faire les courses nécessaires dans les pays que je viens de nommer, à mesure que mes affaires particulières les demanderont, que je prie Votre Excellence de vouloir m'accorder des passeports, pour moi, ma famille, mes domestiques, chevaux et bagages et de les faire remettre au bureau de la poste de Berlin, pour y rester jusqu'à ce que je les y fasse prendre.
Je lui en aurai la plus vive reconnaissance, et comme je me trouverai bientôt sous sa protection immédiate, elle me jugera aisément et elle s'appercevra que je n'aspire qu'à m'occuper tranquillement de ce qui me regarde en particulier et que je suis bien éloigné de prendre aucune part aux affaires publiques.
Copie envoyée, le 25 décembre 1808, à l'Empereur, par le maréchal Davout.