LA PROPRIÉTÉ RURALE A LA FIN DU XYIII" SIÈCLE
établi » {angesiedeltes Gesinde) '. Il doit au grand propriétaire, ou tout son temps, ou presque tout son temps. Il lui doit ses enfants pour le service de la domesticité, et cette domesticité payée d'un salaire dérisoire, limité par un maximum légal que le paysan n'a pas le droit de discuter, s'étend loin*. C'est elle qui exploite le faire-valoir direct du seigneur. Sur une population de dix millions d'habitants, il n'y a pas moins d'un million de serviteurs des deux sexes ^
Dans cette société réglée, hiérarchisée, classée jusqu'à l'excès *, le paysan n'est pas beaucoup plus qu'un esclave; il n'est pas traité beaucoup mieux qu'une bête de somme '. Le grand propriétaire noble exploite économiquement ses domaines avec la corvée. La corvée est, sans doute, loin de produire autant que le travail libre; elle produit ridiculement peu, mais on réveille le zèle du travailleur à coups de courbache, de fouet ou de bâton *, et l'on compense la qualité du travail par la quantité.
Nous avons vu que le grand propriétaire force parfois le paysan à travailler six jours par semaine pour son compte. Un roi philanthrope estime que le serf qui doit seulement, par semaine, trois jours de travail au seigneur n'a pas à se plaindre. Souvent le paysan ne dispose, pour labourer sa terre, que des nuits où la lune lui donnera quelque clarté pour conduire ses attelages épuisés \ Dans les Marches, la situation est peut-être moins intolérable. En Poméranie, dans la Silésie *, dans les provinces prussiennes, elle est lamentable.
Le poids est tel qu'il rendrait impossible celte œuvre de colonisation que les souverains de la Prusse ont poursuivie avec une si singulière persévérance et un succès si remarquable, jusqu'à la fin du xviii^ siècle. Pour attirer ces colons qui arrivent de toutes parts, surtout des régions où sévit le fanatisme religieux, de Salzbach, de la France, de la