‹ La formation des élites, par l'enseignement secondaire et supérieur catholique. --Chapitre 2 sur 2 · Le R. p. de Verdière, S. J · texte numérisé non relu

Le R. p. de Verdière, S. J

vaillance, nous nous sentons désarmés; nous ne pouvons rien leur refuser. J'ai donc obéi au R. P. Recteur, comme je lui obéissais au temps jadis, comme vous lui obéissez vous-mêmes, j'en suis sûr. Son autorité s'impose à votre soumission non seulement par la sainteté de son caractère de prêtre, non seulement par la délégation qu'il tient de la confiance de vos chers parents, mais encore par les services qu'il a rendus à la patrie sur les champs de bataille et que signalent à votre respectueuse attention les étoiles, les palmes et les croix qui brillent sur sa poitrine.

Et puis, mes chers amis, votre collège de la rue de Madrid, que j'ai connu si spacieux, si abondamment peuplé, surpeuplé même, n'est-il pas un mutilé de la guerre d'antan, un mutilé de la guerre à Dieu et à ses serviteurs, guerre dont nous voulons l'abolition radicale dans notre France vraiment libre? A ce titre, ne mérite-t-il pas notre affectueuse sollicitude, et notre actif dévouement?

Rôle des collèges classiques

Enfin, des souvenirs mêlés de douleur, de fierté et de gratitude, m'attachent à cette maison, où des intelligences et des cœurs, fils de mon âme, ont appris à comprendre et à aimer le bon Dieu et la sainte patrie, et à les servir jusqu'à la suprême immolation de leurs jeunes et radieux printemps.

Dieu et patrie! Quelle magnifique synthèse de la formation, de l'éducation que vous recevez et qu'ont reçues avant vous, sous ce toit hospitalier, les héros dont le sublime sacrifice auréole cette maison, votre maison, des plus purs rayons de la gloire.

La guerre et l'actioa divine

« La guerre est formidable aventure toujours «, disait, il y a quelque dix ans, sous les voûtes de la pieuse chapelle de la rue des Postes, un saint et éloquent évêque d'Orléans. Quelle plus formidable aventure, mes chers amis, que la lutte qui vient de bouleverser l'ancien et le nouveau monde, d'étendre son domaine sanglant sur l'immensité des mers

et jusque dans la profondeur azurée des cieux! Qui pouvait décider et qui donc a décidé de l'issue de ce conflit gigantesque des peuples et des races, qui a dépassé en étendue, en fureur et en horreur, tout ce que l'imagination humaine a jamais pu concevoir ? Qui ? « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires », répond l'immortel Bossuet. Oui, tous les empires, même ceux qui, dans l'ombre et le mystère d'une savante organisation et d'une perfide machination, ont longuement et minutieusement et puissamment préparé le déchaînement subit et rapide de la guerre dans un monde séduit, possédé par les rêves d'un chimérique et déprimant pacifisme.

Quel que soit le fini des préparatifs occultes ou avoués, quel que soit le degré de probabilité des prévisions humaines, quelle que soit l'habileté des combinaisons stratégiques ou tactiques, il reste toujours, dans les multiples facteurs du grand problème de la bataille, de redoutables inconnues que l'infirmité de l'homme est impuissante à dégager. Sans parler des agents atmosphériques rebelles à tous les ordres, que de fois un incident ou un accident imprévisible, un malentendu inexplicable et inexpliqué ont contrarié, ou même annihilé, l'action du commandement! Que de fois des témérités, inconscientes ou blâmables en apparence, se sont muées en actes audacieux et féconds!

Un souvenir

Un souvenir entre mille: une position importante avait été violemment attaquée par l'ennemi et ardemment défendue par nos troup)es pendant de longues heures de jour et de nuit. Nos unités, exténuées, avaient dû céder à la puissance de l'attaque et abandonner le terrain sous le couvert de la nuit. Dans le même temps, qui l'aurait prévu ? déçu et déprimé par la vigueur de la défense et les lourdes pertes subies, l'ennemi, découragé, renonçait à la conquête qu'il convoitait et battait en retraite. La position restait donc vide de combattants pendant un temps très appréciable: elle était bientôt réoccupée, sans lutte, par

nos troupes, heiireuses et fières de leurs succès un instant compromis.

On pourrait multiplier et varier les exemples de ces phénomènes étranges qui déconcertent les prévisions les mieux établies en apparence. C'est que, dans toutes les entreprises de l'activité humaine, il y a toujours place pour des facteurs impondérables, il y a toujours une part d'imprévu que Dieu seul se réserve, car Dieu seul « sait tout réduire à sa volonté », comme le proclame du haut de la chaire sacrée l'aigle de Meaux.

Reconnaissons donc la toute-puissance du Créateur, observons religieusement ses commandements souverains, prions-le quotidiennement et pieusement, comme l'ont prié, jusque dans le dernier souffle de leur vie, ceux de nos camarades qui sont tombés au champ d'honneur pour la gloire de Dieu et le service de la patrie.

La patrie et ses exigences

La patrie! Mais qu'est-ce donc que la patrie? demandait un général inspecteur à un brave et simple soldat, qui n'avait jamais eu l'occasion de s'égarer dans les couloirs de la Sorbonne.

— La patrie, répondit notre bon troupier, fort troublé par une question qu'il jugeait sans doute un peu abstraite, la patrie... mon général, la patrie..., c'est ça pourquoi qu'on se fait casser la g.. .tête...

Admirable réponse dans sa naïveté. Comme ils l'ont magnifiquement illustrée, les centaines et les centaines de mille de nos enfants qui dorment sur les champs de bataille! Elle signifie que, pour servir les causes qui nous sont chères, il ne suffit pas de lever vers le ciel des mains jointes ou des bras suppliants; il est non moins indispensable de se dépenser sans cesse, de se dépenser sans cempter, jusqu'à en mourir. C'est la loi de la vie pour tout homme vraiment digne de ce nom.

La loi du travail

C'est la même pensée qu'exprimait, dans la saveur de sa langue chantante et colorée, un troupier philosophe, enfant du Midi, qui, après une longue et orageuse discussion avec la manivelle de son automobile, avait enfin triomphé des résistances fantaisistes de son moteur:

— Enfin, ça y est, disait-il, avec satisfaction, en soufflant, s'essuyant et s'épongeant... Ça y est. Mais c'est-y pas malheureux tout de même, mon général, qu'il faille toujours dans ce monde, pour y faire quelque chose, « tomber » sa veste et suer sa chemise...

Eh oui... C'est la loi de l'effort. Ne vous y trompez pas, mes amis, vous êtes dans cette maison, qui est le prolongement du foyer familial, pour apprendre à « tomber votre veste » et à « suer votre chemise ». Pourquoi ? Parce qu'il faut, entendez-vous bien, il faut que vous fassiez quelque chose en ce monde. C'est la volonté expresse de vos chers parents, conscients de leurs obligations vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de la société, vis-à-vis de vous-mêmes.

C'est aussi votre devoir. Oh! je sais bien que le devoir est un joug et que le joug pèse, lasse, blesse. Mais nier le devoir, c'est nier la famille, c'est nier la patrie, c'est nier Dieu qui l'impose, c'est nier Dieu au lendemain d'un cataclysme où sa puissance s'est si nettement manifestée aux regards du monde. Je ne pense pas que vous vouliez nier Dieu; moi non plus...

Valeur de l'éducation française

Vous devez « faire quelque chose », mais quelque chose en harmonie avec les conditions sociales et familiales dans lesquelles la Providence vous a fait naître. C'est pourquoi il ne s'agit pas de « suer votre chemise » simplement pour développer la puissance de vos muscles par la pratique de sports — qui, d'ailleurs, n'ont jamais été négligés, bien loin de là, dans les collèges comme le vôtre. La valeur de l'homme ne s'évalue pas en fonction de sa force musculaire, de sa

capacité thoracique ou de la saillie de ses biceps; elle se mesure surtout à l'élévation de son intelligence, à l'énergie de son caractère et à la bonté de son cœur.

Ne vous laissez pas séduire par ces méthodes d'éducation étrangères qui mettent la culture physique au premier plan. Lorsque nos alliés de l'Ancien et du Nouveau monde ont dû chercher dans les rangs de leur élite intellectuelle les cadres, surtout les cadres supérieurs, nécessaires à la constitution de leurs unités, leur embarras n'a pas été mince. Ils ont dû puiser largement, très largement, on ne saurait trop le répéter, dans la source puissante et abondante de l'intelligence française. Or, vous le savez, les armées n'existent que par leurs cadres. Auraient-elles existé sans nous, les armées de l'Entente ? Je vous laisse le soin de répondre.

Et moi je vous le dis: Ayez confiance dans l'éducation française; elle a produit, sans doute, des soldats admirables; mais elle a produit aussi des cadres incomparables, elle a produit la première armée du monde. Ayez surtout confiance dans l'éducation qui vous est donnée ici, par des maîtres auxquels les patries antiques auraient tressé des couronnes pour leur science et leurs vertus. Ils élèvent vos intelligences dans l'étude, la compréhension, la dilection des chefs-d'œuvre de la pensée humaine et la connaissance des découvertes dues au génie de l'homme. Et, pour former vos volontés aux efforts nécessaires, ils les habituent à la contrainte des plus nobles servitudes, servitudes de vos pieuses traditions domestiques, auxquelles vous ne sauriez être trop fidèles, servitudes du travail constant en dépit de vos tendances naturelles au mol plaisir, servitudes de l2i discipline, en dépit de votre fol esprit d'indépendance. De par votre situation sociale, vous êtes appelés plus tard à commander dans vos carrières respectives: officiers, ingénieurs, industriels, agriculteurs, etc. Or, mes chers amis, l'honneur de commander est inséparable de l'honneur de servir.

Élite catholique

Efforcez-vous donc, dans ce collège, de servir Dieu en vous attachant, quoi qu'il en coûte, aux habitudes de piété qui vous sont inspirées; à servir votre famille, en lui apportant de multiples témoignages d'amour du travail et de respect de la discipline; à servir votre patrie, en vous préparant, par le sacrifice quotidien de vos aises, aux suprêmes holocaustes qu'elle peut exiger un jour de votre ardente générosité.

Mes chers amis, lorsque vous parcourez, dans le silence imposé par une discipline nécessaire, le couloir où sont inscrits les noms de vos aînés morts pour la patrie, tendez l'oreille. Vous entendrez des voix saintes et amies, vous exhorter à la piété, au travail, à l'action ardente et féconde; elles vous exhortent aussi à la bonté...

Les maîtres de ce collège inclinent vos cœurs vers la générosité par l'exemple de leur pur désintéressement, qui force l'estime, et par l'exemple de leur profond et actif dévouement, qui inspire l'affection. Vous, mes amis, qui serez demain chefs de troupe, chefs d'industrie, chefs de chantier; vous tous qui aurez, en un mot, charge d'âmes, conformez-vous rehgieusement aux leçons de vos maîtres, de vos Pères. Leurs salutaires effets se sont manifestés avec éclat au cours de notre grande guerre, où l'armée française s'est magnifiquement et puissamment caractérisée par l'affection étroite, profonde, vivante, qui unissait fraternellement officiers et soldats, soldats et officiers. Cette union des âmes et des cœurs a entraîné l'union des volontés sur l'immense échiquier de la guerre. Elle a établi entre le chef et ses subordonnés, dans les bons comme dans les mauvais jours, une circulation active d'intrépidité, de résolution indomptable et d'ardent esprit de sacrifice, qui. plus que la puissance des projectiles et la portée des canons ont été les artisans de notre triomphe.

La tranchée des baïonnettes

Aux abords de Douaumont, près de Verdun, sur ces terrains chaotiques creusés d'excavations plus ou moins profondes, et pour ainsi dire tangentielles, par la tempête de fer et de feu qui a fait rage r>endant des mois, on aperçoit au ras du sol, le long d'une ride qui marque manifestement l'emplacement d'une tranchée imparfaitement comblée, on aperçoit, dis-je, une rangée de baïonnettes, les pointes dressées vers le ciel et aHgnées. Chaque baïonnette est très certainement au bout d'un fusil qu'on ne voit plus. Il n'est pas difficile de reconstituer l'épisode de guerre qui a produit ce phénomène.

Deux sections d'infanterie environ occupaient la tranchée; elles attendaient, baïonnette au canon, l'attaque imminente qui allait fondre sur elles et qu'il fallait repoussser dans un corps à corps prochain. Elles l'attendaient sous une pluie d'obus et de torpilles qui menaçaient à chaque instant de les ensevelir dans la tranchée effondrée. N'importe, l'ordre était de tenir; officiers et soldats tenaient, unis dans la même volonté indomptable, unis dans les plus hautes énergies spirituelles. Ils sont là frémissants, prêts à bondir sur l'ennemi dès que la vague d'assaut sera à leur FKjrtée. Soudain éclate une avalanche plus précise de projectiles plus puissants; le sol tremble, se soulève, retombe et enseveHt à jamais les défenseurs. Ils sont encore là, côte à côte, officiers et soldats, unis dans la mort, debout, dressés sous la terre, tenant leurs fusils dans leurs mains squelettiques. Ils continuent à serrer les rangs et à défendre de leurs poitrines défoncées le terrain confié à leur honneur.

Serrez les rangs

Mes amis, vous, les vivants, serrez les rangs comme les morts; serrez vos rangs, quoi qu'il en coûte, dans l'amour de Dieu, de vos familles, de vos subordonnés de demain. Serrez vos rangs dans l'amour de la France, votre immortelle et incomparable patrie...

Discours prononcé à l'Institut catholique de Paris

S'il est un enseignement qui se dégage lumineusement de la grande guerre, c'est l'importance primordiale des cadres. Cette importance se manifeste dans l'armée et dans la société française elle-même plus intensément encore que dans les nations étrangères. La cause en est aux incomparables qualités, aux vertus ancestrales et aux légers défauts de notre race. ^^

Rôle de l'Institut catholique

Les cadres de l'armée comme les cadres de la société doivent être constitués par de véritables élites. Oui, les victoires pacifiques, comme les victoires sanglantes, sont gagnées par des intelligences et des âmes sélectionnées.

Nos cadres ont fait le tour du monde. Ils ont porté dans les armées alliées et associées la sève puissante de leur valeur, pétrie du pur limon de la culture française. L'histoire dira que, sans ses cadres, l'Entente n'aurait pas gagné la guerre.

Et la formation de ces élites a été et reste l'objectif essentiel de l'Institut catholique.

« Notre raison d'être, notre fin ultérieure, déclarait Mgr d'Hulst, dans son discours de rentrée en 1895, c'est de jeter dans le monde qui pense (et aussi dans celui qui agit, bien entendu) un ferment chrétien. Ce qui est nécessaire, c'est de communiquer à des âmes choisies un principe de vie divine et de faire de ces âmes transformées des agents propagateurs de vérité et de grâce. »

Nécessité d'ime élite

Des intelligences et des cœurs d'élite, il est indispensable d'en jeter la semence féconde et dans le monde ecclésiastique et dans le monde laïque.

A une époque oîi tout est mis en discussion, tout, même l'idée de Patrie, il était et il reste nécessaire de créer une élite intellectuelle dans le clergé. Ceux qui représentent la tradition et l'esprit chrétien doivent comprendre et égaler ceux qui les attaquent.

A s'isoler de la culture contemporaine le savoir ecclésiastique courrait le plus grave péril. Apanage de quelquesuns, il serait pour le reste des hommes une langue morte et resterait sans action sur la pensée, donc bientôt sur la vie.

Il faut donc que, dans le clergé, tous ceux qui peuvent recevoir cette culture supérieure la reçoivent, que leurs études soient spéciales, approfondies et conduites d'après les vraies méthodes scientifiques. Notre clergé ne peut bénéficier de cet enseignement supérieur que dans les universités catholiques, auprès de maîtres possédant l'esprit chrétien, une foi intégrale et l'expérience des méthodes réputées les meilleures.

Votre maison, Messieurs, est donc appelée à former des maîtres pour les grands et les petits séminaires et, d'une manière générale, pour les collèges chrétiens et à ce titre il faut la considérer comme une école normale supérieure de l'enseignement libre. Elle doit, en outre, former une élite pour le clergé paroissial et constituer la pépinière des orateurs sacrés particulièrement qualifiés pour répandre du haut de la chaire de vérité les doctrines morales et sociales de l'Évangile.

L'ordre social

Dans l'ordre social, il importe de faire triompher les saines notions du droit naturel, de l'origine du pouvoir, et des droits et du pouvoir de la société au regard des droits de l'individu.

Il ne s'agit pas de jeter l'Église, de jeter la religion catholique dans la lutte des partis politiques. Il n'y a pas en France et, à mon avis, il ne doit pas y avoir de parti catholique; mais il doit y avoir et il y a dans presque tous les partis, sinon tous les partis, des catholiques soucieux d'appliquer les doctrines sociales de l'Éghse, synthétisées dans le divin précepte de l'Évangile: « Aimez-vous les uns les autres. »

Les maîtres et les élèves des facultés catholiques de droit doivent être eux aussi les apôtres fervents de ces doctrines.

Éloge des anciens élèves

L'Université catholique de Paris n'a pas, dans cet ordre d'activité, failli à sa tâche.

Déjà des anciens élèves des facultés libres occupent un nombre appréciable des fonctions électives. Au Parlement, dans les Conseils généraux et municipaux, dans les mairies, au sein de grandes administrations de l'État, à la Cour des comptes, dans le corps si remarquable de l'Inspectorat des finances, ils tiennent une place particulièrement honorée; sous la robe de l'avocat, ou bien comme notaires et comme avoués, ils mettent leur science du droit et de la jurisprudence, le talent de leur parole et l'indépendance de leur caractère au service des causes les plus nobles et les plus justes. L'Église et la société n'ont cessé de trouver dans leurs personnes, au cours des luttes qu'elles ont traversées, de très éloquents et très zélés défenseurs.

L'Institut de France a voulu consacrer, semble-t-il, l'épanouissement de tant de quahtés et de si hautes vertus en appelant à lui cinq de vos maîtres. Elle peut être fière, votre illustre maison, d'avoir possédé un Lapparent, dont les travaux sur la géologie appartiennent au patrimoine national, un Branly, le père immortel de la télégraphie sans fil, un abbé Rousselot, dont la création, qu'il réalisa ici même, de la phonétique expérimentale, a fait un professeur au Collège de France plus connu, plus célèbre encore à l'étranger que dans son propre pays.

Et qu'on ne vienne pas nous dire que l'Université catholique, qui fait de tels savants, ne saurait encore, dans un domaine plus réaliste, donner un enseignement préparant ceux qui l'ont reçu à devenir des conducteurs d'hommes, capables de diriger, pour le plus grand bien des intérêts de l'État, les destinées de la Patrie.

L'Université de Louvain

Au cours d'un pieux pèlerinage que je viens d'effectuer en Belgique, j'ai eu l'honneur de me rencontrer avec des personnages politiques, membres du gouvernement et par-

lementaires distingués. Comme je restais sous le charme de la très haute culture de ces hommes éminents, et comme je m'informais de quelle Aima mater ils étaient les si dignes fils, j'appris qu'à peu près tous pouvaient s'enorgueillir d'avoir appartenu à la célèbre Université catholique de Louvain. J'appris ainsi que le Parlement de Belgique comptait aujourd'hui plus de cent députés et sénateurs qui furent ses élèves, sans parler des administrateurs, gouverneurs de provinces, ministres d'État, hauts fonctionnaires de tous ordres. Je sus enfin qu'ils étaient tous « Louvainistes » ces ministres de 1914 qui, groupés autour de leur grand roi, surent opposer à l'agression d'un souverain parjure le rempart de leur indéfectible amour de l'honneur et plus tard — dans les jours sombres — leur inébranlable foi dans les destinées de leur Patrie.

L'Université de Louvain n'aurait-elle eu d'autre effet utile que de former la conscience et le caractère de ces hommes qui, dans la catastrophe mondiale, ont donné à l'univers le retentissant exemple du respect de la morale du Christ, que cela suffirait à la gloire de son enseignement.

Jusqu'à la mort !

L'Institut catholique de Paris a, lui aussi, rempli son devoir et tout son devoir pendant la guerre. Et d'abord, votre éminent recteur, Mgr Baudrillart, qui fut un des témoins particulièrement qualifiés et un des répondants les plus écoutés de la France catholique en face de l'étranger, et puis ces officiers de complément, ces chefs de section, dont les lettres, dont les citations, dont les sanglants sacrifices attestent la générosité, quelles admirables pages ils ont écrites dans l'histoire de cette maison!

Trois cent soixante morts, quatre-vingt dix croix de la Légion d'honneur, trente médailles militaires et quatre cents citations! De quels plus nobles et douloureux exemples pourrait être illustré votre enseignement — et n'est-ce pas là les principes de vie que leur avaient appris des maitres vénérés, que tant de héros ont appliqués... jusqu'à la mort!

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Casteinau # La formation des élites : par l'enseic

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