‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 17 sur 186 · LA THÈSE DE LA SYMPATHIE · texte numérisé non relu

LA THÈSE DE LA SYMPATHIE

le nombre de ceux qui souflfrent ; di» sorte que la meilleure action est C(»lle qui procure le plus grand bonheur des plus grands nombres *^ » ; et tel chapitre lie sa « Philosophie morale » renferme certains éléments de ce que, dans Técole de Bentham, on appellera l'arithmétique morale**. Hume, enfin, tient le système égoïste pour un produit de ce besoin exagéré de simplification théorique, qui finit par compliquer les explications, et que la méthode expérimentale condamne plus encore en morale qu'en physique *\ Il n'admet pas qu'on établisse une contradiction entre les sentiments égoïstes et sociaux : ces sentiments ne sont pas plus opposés entre eux que l'égoïsme et l'ambition, Tégoïsme et l'esprit vindicatif, l'égoïsme et la vanité; les sentiments sociaux ne sont-ils pas, bien au contraire, nécessaires pour donner une matière à la forme vide de notre égoïsme? Le principe de la sympathie apparaît alors comme une conséquence nécessaire du principe <le l'utilité une fois admis : car c'est seulement par sympathie que le bonheur d'un étranger nous affecte. Nous verrons, par la suite, que la morale de l'utilité ne saura jamais se débarrasser complètement, en dépit de tous les efiforts, du principe de la fusion sympathique des intérêts. Bentham, dans son « Introduction », fait place aux plaisirs de la sympathie, qu'il appelle encore la bienveillance ou le bon vouloir, et admet que les individus peuvent être liés entre eux par la sympathie aussi bien que par l'intérêt *^. Mais une tendance très différente se révèle, dans le

développement de la philosophie morale en Angleterre, avant Bentham. Que Tégoïsme soit, sinon le penchant exclusif, tout au moins le penchant prédominant, de la nature humaine, c'est une idée qui gagne du terrain, chez les moralistes anglais du xviii" siècle. Hume accorde que la maxime peut être fausse en fait, mais il insiste avec force sur cette idée qu'elle est vraie m politique. Car, d'une part, le sentiment d'honneur, s'il agit parfois sur les individus isolés, cesse d'agir sur les individus, dès qu'ils sont considérés comme appartenant à un parti : un homme n'est-il pas sur d'obtenir l'approbation de son parti, pour tout ce qui sert l'intérêt commun? De plus, toute assemblée prend ses décisions à la majorité des voix : il suffira donc que le mobile égoïste influence seulement la majorité (comme ce sera toujours le cas), jx)ur que l'assemblée tout entière obéisse aux séductions de cet intérêt particulier, et agisse comme si elle ne contenait pas un seul membre qui se préoccupe de la prospérité et de la liberté publiques *^ Mais constituer la politique comme une science expérimentale et objective, n'est-ce pas la préoccupation dominante de tous les moralistes de l'utilité? Aussi conçoit -on que Bentham tende à admettre, comme Hume, et en fiiisant moins de réserves que lui, l'influence, sinon exclusive, au moins prédominante, de Tégoïsme sur les actions humaines : plus étroitement encore, il déclare que « de toutes les passions, celle qui est le plus accessible au calcul, et des excès de laquelle, en raison de sa force, de sa constance et de

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