CLASSIFICATION DES MOTIFS
considérés comme ne constituant tous ensemble qu'un seul plaisir '*^ » : l'identité de la cause peut donc bien faire Vunité du phénomène complexe, mais non pas la simplicité. La simplicité consistera-t-elle donc dans l'irréductibilité du phénomène à l'analyse ? t Les peines et les plaisirs peuvent être désignés, nous dit Benlham, par la dénomination commune de perceptions intéressanles(irUeresting perceptions). Les perceptions intéressantes sont ou simples ou complexes. Les perceptions simples sont celles dont aucune ne peut être résolue en plusieurs ; les perceptions complexes sont celles qui sont résolubles en diverses perceptions simples » ^". Mais, s'il existe un nombre, petit ou grand, d'espèces simples de sensations, irréductibles entre elles, qu'advient-il de la possibilité d'un calcul des phénomènes de la sensibilité, d'une comparaison quantitative des plaisirs et des peines ? Je sais, je suis capable de prévoir qu'un homme préférera une heure de travail à deux heures de travail, deux francs de salaire à un franc de salaire, mais je ne sais pas, si ce n'est par observation et pour un cas particulier, je ne puis prévoir d'une façon générale, si un homme préférera satisfaire sa faim, ou son besoin d'exercice, ou son besoin de dévoùment. La science de la nature implique la possibilité de réduire l'hétérogène à l'homogène, ou du moins de ramener les phénomènes hétérogènes à un mode commun de représentation par l'homogène. Est-ce que le goût de la classification ne fait pas tort, chez Bentham, à l'esprit d'analyse ? — En réalité, le goût de la classification
tiO LE RADICALISME P IIILOSOPUIQUE .
répond, chez Bcntliam, îi une préoccupation très sérieuse et très scicîntifique, qui est, (encore une fois, de mettre fin, en morale, à Tèrc du subjectivisme, de fonder une morale objertive.
Pour qui arc(;ple le principe de Tutilité, les plaisirs et les peines qui résultent d'un acte en font la valeur. Sans doute, lorsqu'il s'aj:çit d'apprécier une action, il n'est pas iiidilîéreiit de savoir si, oui ou non, elle a été intenlionnellc : mais c'est dans la mesure où l'intention implique, chez l'agent, la conscience des conséquences de Tacle, et justilie, de la part du public, la cminte d'une récidive **\ Au contraire une opinion commune [)orte à croire que l'intention emprunte son airactère moral non pas aux conséquences de Tacte intentionnel, mais aux motifs (jui Tout inspiré. Or, le motif est toujours un plaisir ou une peine : un plaisir que Ton s'attend à voir conlinnor ou produire par Facte en question, une peine que Ton s'attend à voir interrompre ou prévenir. Et le plaisir, pris en soi, est un bien, il est môm(î le bien absolu ; la |»eine, prise en soi, est un mal, <']le (îst mC'in(^ K^ mal absolu. li faut donc dire, con- Irairenicnt à Topinion commune, quil n existe pas une espère de motif qui soit en elle-même mauvaise **'*. Mais, si cette proposition (\st vraie, l'étude scientifique des motifs devi(Mit délicate. Car, pour les étudier, nous sommes bien obligés de nous servir de mots: or, le langage courant est mal fail, et emploie, pour désigner les motifs, des mots auxquels s'attache insé|>arablement, selon une observation déjà faite i^îir Ilarlley '", une acception