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LE BIEN DE L*ÉGALITÉ

Irième esclave. Cependant, le principe suprême de la sûreté ordonne de conserver toutes ces distributions, quoique leur nature soit si différente et qu'elles ne produisent pas la même somme de bonheur * ". Et Bentham se fonde sur cette définition, essentiellement conservatrice, de la propriété et de la justice pour condamner, après Hobbes,réducation classique, qui nous accoutume, dans l'histoire de Tantiquité, à respecter « des actes publics d'injustice, atroces en eux-mêmes (abolition des dettes, partage des terres), toujours colorés sous des noms spécieux, toujours accompagnés par un éloge fastueux des vertus romaines » ^*.

Cependant, nous avons vu que, parmi les quatre biens de la société civile, Bentham, à côté du bien de la sûreté, fait une place au bien de Tégalité ; ce que, d'ailleurs, il entend par le mot d'égalité, pris absolument, ce n'est ni l'égalité politique ni l'égalité civile, c'est l'égalité « dans un sens relatif à la distribution des propriétés ». La loi ne devra jamais créer une inégalité : car, dans une société constituée pour assurer le plus grand bonheur du plus grand nombre, il n'y a pas de raison pour que la loi cherche à en donner plus à un individu qua un autre; et, d'autre part, l'avantage qui serait acquis d'un côté par la partie favorisée ne compenserait pas la perte éprouvée par tous ceux qui ne partagent pas la même faveur. Mais, dans une société où, déjà, les richesses se trouvent inégalement distribuées, il y a contradiction entre les prescriptions du principe de la sûreté et celles du principe de Téga-

lité. Quelles sont les raisons qui justifient, aux yeux de Benthani, la tendance à l'égalisation des fortunes? Que valent-elles lorsriu'on les oppose aux raisons tirées du principe conservateur de l'attente ? Cornaient concilier les unes avec les autres?

Le bien de l'égalité ne saurait être fondé, aux yeux de Bentham, comme il le serait aux yeux d'un philosophe S[)iritualiste, sur raffirmation, par exemple, de l'indivisibilité de la personne humaine ; il doit, si le principe de l'utilité est le principe unique de la morale, se déduire de ce principe. Bentham a tenté cette déduction, au moyen d'une série de propositions qu'il appelle des axiomes de pathologie mentale*^ et, parmi lesquels, on peut considérer comme fondamentaux les deux suivants, indépendants l'un jiar rapport à l'autre, et desquels tous les autres dépendent. Premier axiome : chaque portion de richesse a une portion correspondante (le bonheur. Second axiome : l'excédent en bonheur du plus riche ne sera pas aussi grand que son excédo.nt en richesse. Bentham reconnaît, d'ailleurs, le «iractrre ap[)roximatif, et presque conventionnel, de la première pro[)Osition et, pour justifier la seconde, fait ai)pel au témoignage de Texpérience commune. Mais, peut-être une troisième proposition, que Bentham présente encore comme un axiome, permettraitelle à la fuis et d'exprimer le premier axiome sous une forme plus précise, et de ramener le second axiome au premier. Bentham nous dit, effectivement, que la « défalcation d'une portion de richesse pro-

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duîra dans la masse du bonheur de chaque individu une déralcalion plus ou moins grande, en raison du rapport de la partie défalquée à la partie restante ». Or, ce que Bentham dit, dans cette proposition, d'un accroissement négatif, est également vrai d'un accroissement positif de la quantité de richesse. Mais alors nous [^cuvons dire, non plus seulement que chaciue portion de richesse a une portion correspondante de bonheur, mais encore que l'accroissement de bonheur corres[X)nd, selon un rapport fixe, à l'ac^Toissement de richesse. L'accroissement sera moins grand que l'accroissement de richesse, puisqu'il sera égal non pas à la quantité absolue de l'accroissement, mais au rapport de cette quantité à la quantité de richesse déjà ac(iuise, rapport sans cesse diminuant : ce qui vérifie le second axiome^**. D'ailleurs, au-dessous d'un certain seuil, le rapport croit (positivement ou négativement) plus vite que ne l'exigerait la loi, il croit au delà de toute limite. Si en m'ôtant les trois quarts de ma fortune, vous entamez mon nécessaire physique, et qu'en mVjtant la moitié, vous laissiez le nécessaire inlact, la défalcation de bonheur ne sera pas simplement la moitié en sus, mais le double, le quadruple, le décuple : « on ne sait, dit Bentham, où s'arrêter ».

Il est facile de voir, par la discussion méthodique de tous les cas possibles, que de ces deux axiomes suivent des conséquences favorables à la thèse égalitaire. Se propose- 1 -on d'examiner, d'abord, l'effet d'une portion de richesse qui a toujours été dans les

mains des intéressés. Alors, plus est grande la disproportion entre les deux masses de richesses, moins il est probable qu'il existe une disproportion également grande entre les masses correspondantes de bonheur, et, inversement, plus la proportion actuelle approche de l'égalité, plus sera grande la masse totale de bonheur. — Considère-t-on TefTet produit par une masse de richesse qui entre pour la première fois dans les mains d'un nouveau possesseur? Alors, entre co-partageants à fortunes égales, plus la distribution d'une portion de richesse laissera subsister cette égalité, plus grande sera la masse totale du bonheur; et, entre co-partageanls à fortunes inégales, plus la distribution contribuera à les approcher de l'inégalité, plus grande sera la masse toUile du bonheur. — S'agit-il d'examiner Teiïet produit par une masse de richesse qui sort des mains des intéressés? Alors, à fortunes égales, plus sera grand le nombre de personnes entre lesquelles une perte donnée se trouve répartie, moins sera considérable la défalcation qui en résulte sur la masse totale .du lx)nheur ; et, à fortunes inégales, la défalcation en bonheur piociuito par une défalcation en richesse sera d'autant moindre (]ue la distribution de la perte sera faite de manière à les rapprocher le plus possible de l'égalité. — Kiilin, est-ce qu'on se propose de déterminer l'effet d'une portion de richesse qui, pour passer dans les mains d'un individu à titre de gain, doit sortir des mains d'un autre à titre de perte? Alors, entre des compétiteurs à fortunes égales, ce qui sera gagné par

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