‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 61 sur 186 · THÉORIES ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES · texte numérisé non relu

THÉORIES ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES

Un double problème se pose, en outre du problème juridique, dans toute philosophie sociale, et, en particulier, dans la doctrine de l'utilité : un problème économique, et un problème constitutionnel, ou politique.

L'État, pour entretenir les fonctionnaires chargés de faire les lois, de les appliquer, de veiller à leur exécution, de défendre la nation contre les ennemis extérieurs, doit imposer aux citoyens des charges pécuniaires, et léser, d'une manière au moins relative et temporaire, les intérêts économiques des citoyens. En outre, l'État peut se préoccuper de défendre, contre la concurrence extérieure, les intérêts économiques des citoyens, et de défendre, à l'intérieur, les intérêts économiques de telle ou telle classe déterminée. Bref, l'État s'attribue une fonction économique. C'est en 1776, dans sa « Richesse des Nations », qu'Adam Smith a essayé de résoudre le

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problème économique en se fondant sur le principe de rulilité. Bentham adopte, en 1787, dans un premier essai d'économie politique, les idées fondamentales d'Adam Smith.

L'État législateur, policier, percepteur d'impôts, peut être conçu sur les plans les plus divers. Il peut être monarchique, aristocratique, démocratique, ou encore être mixte, et contenir une combinaison d'éléments monarchiques, aristocratiques ou démocratiques. Mais tout Ëtat possède une constitution. £a 1776, Bentham, dans son « Fragment sur le Gouvernement 9, où il s'inspire de David Hume, fonde sur le principe de l'utilité une critique des doctrines constitutionnelles en cours.

lX)nc, en matière économique et en matière constitutionnelle comme en matière juridique, Bentham, disciple de David Hume et d'Adam Smith, est un représentant typique du mouvement utilitaire naissant. Nous recherchons comment se fait au xviii* siècle, chez tous ceux qui se réclament de la thèse utilitaire, et en particulier, chez Bentham, futur chef de Técole, l'application du principe de l'utilité aux questions d'économie politique et de droit constitutionnel.

ADAM SMITH ET BENTHAM

< Je ne me souviens pas, écrit Bentbam dans la lettre à Adani Smith qui sert de conclusion à sa € I)éfense de l'Usure », quel dialecticien grec, s'étant mis à l'école d'un professeur de renom pour api)rendre ce qui recevait alors le nom de sagesse, choisit, pour thème du premier écrit par lequel il fit l'épreuve de son talent, une attaque dirigée contre son maître ». Bentham procède de même ; mais il ne veut pas être ingrat. Au lieu de déclarer, au moment où il se prépare à réfuter Adam Smith, qu'il ne lui doit rien, il professe qu'il lui doit tout. « Si j'avais le bonheur de remporter sur vous l'avantage, ce serait donc avec des armes dont vous-même m'avez enseigné l'usage, que vous-même m'avez mises entre les mains ; car, puisque c'est vous qui avez défini les grands critériums dont on peut se servir pour distinguer le vrai du faux en ces

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matières, je ne connais qu'un seul moyen pour vous convaincre d'erreur ou d'inadvertance, et c'est de recueillir de votre propre bouche des paroles pour vous condamner' /». Le principe que Beotbam applique à défendre, sans réserves, la liberté du prêt à intérêt, c'est effectivement l'idée maîtresse de la « Richesse des Nations », la thèse du libéralisme commercial et industriel. Puisrpie, dès maintenant, Bentham se donne, en économie politique, non pour un inventeur, mais pour un disciple intransigeant d'Adam Smith, puisque, d*ailleurs, la doctrine d*Adam Smith , après une évolution de quarante années, est appelée à venir s'incorporer au « radicalisme philosophique », il est nécessaire de définir cette idée fondamentale, comme aussi le lien par où elle se rattache au principe général de l'utilité.

La thèse fondamentale, dont toutes les autres thèses, choz Adam Smith, sont les corollaires, nous en avons donné dO'yd la formule, et défini l'origine : c'est la thèse de Fidentitc naturelle des intérêts, ou, si l'on veut, de rhariiionie sjx)ntanée des égoïsmes. Parfois, sans doute, Adam Smith recourt au principe de Tidentification arlificielle (les intérêts : il impose, par exemple, à l'État « le devoir d'ériger et d'entretenir certains travaux publics et certaines institutions publiques, qu'un individu ou un petit nombre d'individus ne pourront jamais avoir intérêt à ériger et à entretenir, parce que le profit n'équivaudrait jamais aux dépenses effectuées, tandis qu'il pourrait être beaucoup plus qu'é-

l'identité des intérêts. IGl

<luivalent aux dépenses faites par une grande société 9^. On ne trouvera pas davantage, chez Adam Smith, une lit^tion explicite du principe de la fusion des intérêts : ^ussi bien n^est-ce pas sur la notion de sympathie que repose sa morale tout entière ? Et qu'on n'aille pas supposer une transformation de sa pensée, entre le moment où il écrivit les c Sentiments Moraux > et celui où il écrivit la c Richesse des Nations >, puisque, dans son cours de Glasgow, qui est de 1763 % il recourt alternativement, selon la matière enseignée, à l'hypothèse de l^égolsme universel pour expliquer le mécanisme de l*échange*,et à l'hypothèse de la sympathie, pour expliquer soit l'origine des gouvernements, soit encore Tori- ISine de la notion de peine légale^. Il reste qu'Adam ^mitb, dans la mesure où il s'attache à Tétude de ce ^ue nous appellerions aujourd'hui les phénomènes économiques, considère l'homme comme exclusivement, c^u, du moins, fondamentalement égoïste. « Le principe qui pousse à économiser, c'est le désir d'améliorer tiotre condition, un désir, qui, tout en présentant un caractère calme et exempt de passion, s'empare de nous dès le berceau, et ne nous quitte pas avant la tombe. Dans tout l'intervalle qui sépare ces deux instants, il y a peut-être à peine un seul instant où un homme soit assez parfaitement et complètement satisfait de sa situation pour ne pas former le désir d'un changement ou d'une amélioration quelconque », et « une augmentation de fortune est le moyen par lequel la plupart des hommes visent et aspirent à 1. Il

^LLidiarer leur OLOiâitiûc »'. Maïs Adam Smilh ne sfi iàjrzjt iSLi a pciàer €b ftfiadpe que t toat indi^idi^ £(ût cootinoellfimest «SdiI pour déoooTiir Temploi I^ fJu^ ai'antageux de toot caf^âtil qu'il péol demanda » et que f c^esl à la rériié soo pit>|m aTanlage, et non celui de la sodéié, qu'il a eo Tue >, il ajoute que f Tétude de soo propre arantage le conduit, naturellemeot ou plutôt nécessairemeDt, à eo préférer femploi qui sera sodalement le plus avantageux > '. Si Vm (jer^islait à vouloir appeler TégCMsaie un iiiœ, il faudrait dire, ave*:: Mandeville, que les € vices » des particuliers ieodeot à Ta^-antage du publie. La doctrine économique d'Adam Smilh, c'est la doctrine de Mande vill<; , expo.sée sous une forme non plus paradoxale et litléraire, mais rationnelle et scientifique ; le princifiC de ridentité des intérêts n'est peut-être pas un principe vrai à l'exclusion de tous les autres, mais c'est un principe d'application constante — générale sinon universelle — en matière d'économie politique. Iaîs iKtssa^es abondent, dans la « Richesse des Nations », où Adam Smith se place à ce point de vue pour interpréter les événements historiques, pour montrer comment les passions égoïstes, amour du lucre, amour du luxe, dirigées par une « main invisible >, concourent, néccssaii*enient, et sans que la sagesse dos législateurs y soit pour rien, à réaliser l'intérêt ^t'n(^nil, soit d'une société, soit de la civilisation tout tMitiAro\ Mais louti»s ces explications de détail reposent aiir une théorie fondamentale, celle qu'Adam Smilh

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