‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 62 sur 186 · LA DIVISION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA DIVISION DU TRAVAIL

B)[pose aux premières pages de son livre, la théorie, devenue classique, de la division du travail.

« Le travail annuel de chaque nation est le fonds qui lui fournit originellement tous les objets nécessaires et utiles à la vie qu'elle consomme annuellement, et qui consistent toujours, soit dans le produit immédiat de ce travail, soit dans ce qui s'achète, avec le produit en question, à d'autres nations. Donc, selon que ce produit, ou ce qu'on achète avec lui, comporte une proportion plus ou moins grande au nombre de ceux qui doivent le consommer, la nation sera plus ou moins bien fournie de tous les objets nécessaires ou utiles dont elle a besoin.* > Or, la cause qui augmente la productivité du travail, et qui fait la différence entre une société barbare et une société civilisée, c'est la division du travail. La division du travail accroît la dextérité de chaque ouvrier pris en particulier, spécialisé dans une occupation unique. Elle est la cause, bien plus que ''effet, de la différence des aptitudes : elle entraîne une économie du temps qui, sans la division du travail, serait perdu à passer d'une occupation à une autre. Elle produit enfin l'invention des machines « qui Êicilitent et abrègent le travail, et permettent à un homme de faire le travail de plusieurs »*^ Sans doute flutcheson. Hume, avaient déjà discerné l'importance de ce principe : mais il appartenait à Adam Smith d'y voir une démonstration du théorème de l'identité laturelle des intérêts, d'en mettre en évidence le lien ogique avec le principe de l'utilité. La division du

IGi LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.

travail n'est plus pour lui, comme pour Hutcheson*S une cause, mais un effet de l'échange, et par là se trouve vérifiée la thèse fondamentale, selon laquelle le bien général n'est pas l'objet conscient, mais \& produit en quelque sorte automatique des volontés par* ticulières. Car la division du travail, avec l'opulence générale qui en dérive, ne résulte pas d'un calcul de la < prudence :», ou de la « sagesse » humaine. « Elle est la conséquence nécessaire, quoique graduelle et très lente, d'un certain penchant de la nature humaine qui ne poursuit pas une utilité aussi étendue : le penchant à troquer, à échanger une chose contre une autre >- Penchant que l'on peut considérer lui-même, soit comme primitif, soit bien plutôt comme étant < laconséquence nécessaire des facultés du raisonnementret du langage », ou, comme disait Adam Smith dans^^ son Cours, de ce « désir de persuader qui est si prédo-— ' minant dans la nature humaine ». Penchant ignorés:^ de tous les animaux, commun à tous les hommes, et— [)ar qui s'opère la conciliation immédiate de l'inlérôUgonéral et des intérêts privés. La division du travail ne constitue donc pas non plus, comme pour Hume*^, un lien social, analogue à 1' « union des forces », et dont il faut tenir compte, au même titre que des autres formes de la coopération sociale. Car la coopération réfléchie à une môme tache suppose, de la part des collaborateurs, une disposition constante au sacrifice; mais il en est autrement de la coopération qui se fait par l'échange et la division du travail. L'individu qui

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