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LKS TROIS CLASSES. 183
artificiels, le mécanisme de rechange. Enfin, au mépris du principe en vertu duquel, d'une part, tous les intérêts sont identiques, et, d'autre part, chaque individu est le meilleur juge de son intérêt, Adam Smith, dans un passage de sa c Richesse des Nations ^^ », conclut formellement, après avoir analysé la situation éoono* mique de ces trois classes qui sont en quelque sorte naturelles, que leurs intérêts ne sont pas au même degré harmoniques avec l'intérêt général, et que les individus qui appartiennent respectivement à l'une ou à l'autre ne sont pas bons juges, au même degré, de leur véritable intérêt. — Puisque la rente foncière s'élève nécessairement avec le progrès naturel de la richesse, l'intérêt de la classe foncière est donc étroitement et inséparablement associé à l'intérêt général de la société. Malheureusement, les propriétaires fonciers sont mauvais juges de leurs intérêts, parce que, étant la seule des trois classes dont le revenu ne coûte ni travail ni souci, mais leur arrive, pour ainsi dire, spontanément et indépendamment de tout projet formé d'avance, ils deviennent indolents, incapables d'application d'esprit et de prévoyance. — Parce que les salaires du travail s'élèvent avec la demande de travail, l'intérêt du travailleur est aussi étroitement associé à l'intérêt de la société que celui du propriétaire foncier. Malheureusement le travailleur est ignorant, u incapable soit de saisir cet intérêt, soit d'en comprendre la liaison avec le sien propre » , à moins que le gouvernement ne prenne la peine de l'instruire *\ — Toute
iSi LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.
différente enfin, et en quelque sorte inverse, est la situation économique des capitalistes. Ils sont les plus avisés et les plus intelligents. Mais le taux des profits est naturellement bas dans les pays riches, haut dans les pays pauvres ; de sorte que « Tintérêt de cette troisième classe n*a pas la même liaison avec Tintérêl général de la société que celui des deux autres classes «. Nulle part le principe selon lequel chaque homme est le meilleur juge de son intérêt ne trouve mieux à s'appliquer ; en revanche, le mensonge, ou Terreur naïve, des ciipitalistes, consiste à tenir pour vrai le princi[)c de l'identité des intérêts, alors qu'entre leurs intérêts et l'intérêt public il y a divergence.
Mais alors, si la nature est injuste, si les intérêts des capitalistes ne sont pas identiques à ceux des propriétaires du sol et des travailleurs salariés, en même temps que les capitalistes ont une intelligence très sii|)éri(nire (\o leurs intérêts particuliers, n'y a-t-il pas li(»u , iK)ur raulorilc gouvernementale, d'intervenir et de rétablir, par des artilîces législatifs, la justice, ridentilé des inlérôls? L'Klat ne peut-il, d'abord, imaginer, par exemple, des lois de protection de l'ouvrier contre le oapilalisle qui l'emploie ? Adam Smith admet lui-même qu(» le principe de la liberté souffre exception, en ce qui touche, par exemple, le commerce de l'argent *^* ; il reconnaît légitime la violation de la liberté naturelle dans certains cas définis où elle mettrait en péril « la sécurité de la société tout entière " »• Or, en ce qui touche plus particulièrement les contrats entre
LE LIBÉRALISME INDUSTRIEL iS^i
patrons et ouvriers, les intérêts des deux parties ne sont d'une pari, aucunement les mêmes, ef, d'autre part, les patrons, moins nombreux et plus riches, sont en état de coalition permanente et injuste contre les travailleurs *\ Adam Smith le constate : il ne demande cependant aucune intervention de TEtat ; il ne demande même pas que l'on autorise les ouvriers à se coaliser librement ; il se borne à dénoncer, en termes généraux, l'esprit de coalition et de corporation, à critiquer ce système compliqué de socialisme gouvernemental que l'Angleterre a hérité soit du moyen âge, soit du xvi" siècle, et dont les dispositions sont une entrave perpétuelle à la libre circulation du travail *". Invinciblement, Adam Smith en revient à dire, comme si le principe de l'identité des intérêts ne se trouvait pas contredit chez lui par un principe contraire, que la seule façon de protéger l'ouvrier, c'est de le laisser libre, et à identifier de nouveau, dans un texte formel, la « liberté naturelle » et la « justice '»° ». — L'Etat, du moins, n'est-il pas percepteur d'impôts ? ne peut-il donc percevoir l'impôt de manière à corriger, par voie fiscale, les inégalités économiques existantes? L'idée apparaîtra très distinctement, cinquante ans plus tard, chez les chefs du radicalisme philosophique, et surtout chez James Hill. Elle est en germe chez Adam Smith, qui emprunte beaucoup aux physiocratcs, et admet que la rente foncière serait peut-être l'espèce de revenu la mieux faite pour supporter l'imposition d'une taxe particulière ^^ Hais Adam Smith se borne à indiquer
Lvtte idtre en pa.<sant ; et aaame des quatre règles^ devenues class^ues. auxquelles il demande qu'on se conforme dans la p-K-nceplkxi de TimpAt, n'implique cette prtoi:ciipatic»n de ci^rrtier l'inégale dîstriimtion du proiiuit entre les trois classes économiques. Au contraire, A*iim Smith pi^se fiour commencer, en règle générale, et < une tV»is pour toutes », que c tout impi>t qui unit |'iar tumber seulement sur une des trois espèces de revenu ci-*ies5us mentionnées est nécessairement inêp^il. dans la mesure où il naflecte pas les deux autres'"^ », et doit, par suite, être rejeté: de sorte qu au mépris des divcnirences réelles qui existent entre les inlôrèls dos classes, le postulat sur lequel reposent les quatre W*^Mos, c'est de nouveau le postulat de Tidentité fies inlêréls.
Comment faut-il ilonc expliquer que la thèse de l'idenlilé naturelle des inlérets tende, une fois de plus, à prédominer, dans la doctrine d'Adam Smilh, sur la tlièse de la divergent* <les intérêts? Ou encore, comment faut-il expliquer qn'Adam Smith, après avoir constaté la divergence naturelle des intérêts, puisse conclure, avec quelque apparence de logique, à la thèse du libéralisme et de la non-intervention gouvernementale?
Observons, d aboni, que les théories relatives à la distribution des richesses entre les trois classes économiques se sont introduites dans la doctrine d'Adam Smith après coup, et conmic par rextérieur : elles y sont à IVliil (Tun corps étranger que l'organisme tend constamment à éliminer. On n'en trouvera trace ni