LA < DÉFENSE DE L*USURE
libt^rté** 1. Elles sont nuisibles : car, par le fait qu'elles interdisent à Tindividu cVemprunler à des conditions supposées désavantageuses, elles Tohligenl, par là même, de vendre à des conditions certainement désavantageuses. Dans la mesure où elles sont, en raison de leur mauvaise rédaction, éludées, elles sont en partie inefficaces, en partie nuisibles, c La loi est insignifiante, pour tous ceux chez qui la conviction qu'elle est ins^ignifiante est parfaite ; elle est nuisible, pour tous ceux à qui manque celte confiance atisolue ».
N'est-ce pas, d'ailleurs, au partisan des lois contre
'usure qu'il incombe de prouver sa thèse, puisque
cest lui f[ui demande qu'il soit apporté des restrictions
^ la liberté humaine? Invoqtiera-t-il donc la nécessité
^ prot^er V indigence contre V extorsion ^^? lu simplicité
^esprit contre l'imposture?^'* Adam Smith a déjà répondu
^^ chaque individu est le meilleur juge de ses intérêts.
l'îVoquera-t-il , avec Adam Smith, la nécessité de
^^urager la prodigalité-^'*? Bentham pense que ce ne
^nt point les prodigues qui sont exclusivement, ou
P'^Dcipalement, des emprunteurs à gros intérêts : ils
^t beaucoup d'autres moyens, plus naturels, de se
feire de l'argent. Il reste enfin que la fixation Iqjçale
^^ taux de l'intérêt soit nécessaire pour cmpt^cher
' < usure » et pour réprimer la témérité des « hommes
^ projet », des projectors : c'est sur ces deux points que
fientham fait porter l'effort de sa critique.
Le travail de Bentham consiste essentiellement dans ^ travail de critique du langage courant. Le langage
humain est mal fait: le principe de sympathie ou d'antipatliie en a déterminé la formation, plus que le principe de Futilité. Chaque mot implique une acception, favorable ou défavorable, qui n'est pas nécessairement justifiée; et c'est ainsi que c dans le son du mot d'usure réside le fort de l'argument ». « L'usure est une mauvaise chose, et comme telle doit être empêchée; les usuriers sont une mauvaise espèce d'hommes, et comme tels doivent être punis et supprimés. Voilà un de ces enchaincments de propositions dont chaque homme reçoit l'héritage des mains de la génération précédente, — auxquels la plupart des hommes sont disposés à accéder sans examen ; sans que cela soit à la vérité absurde ni même déraisonnable, car il est impossible que la masse de l'humanité trouve le loisir, en eût-elle la faculté, d'examiner les fondements de la centième partie dos règles et des maximes conformément auxquelles les hommes se trouvent obligés d'agir'-*" >. El riinpopularité du métier de prêteur s'explique aisément. « G'ux qui ont la résolution de sacriûer le présent à Tavenir, sont des objets naturels d'envie [)()ur ceux (jui ont sacrifié l'avenir au présent. Les Olifants qui ont mangé leur j^^lteau sont les ennemis naturels de c(mix qui ont le leur ». Mais le maquignonnage (jockeijship) est un mot aussi impopulaire que le mot d'usure ; la loi n'a jamais cependant teniè de lixer un prix légal des chevaux sur le marché* Pourquoi fa're exception en ce qui concerne le com^ merce de l'argent? « J'ai déjà fait allusion au mauvai='
USURIERS ET « PROJECTORS ». 205
renom, à l'ignominie, aux insultes, que les préjugés, cause et effet de ces lois restrictives, ont accumulés sur cette classe parfaitement innocente et même méritoire, qui, autant pour venir au secours des détresses de son prochain que pour son propre avantage, peut s'être aventurée à secouer ces contraintes. Il n'est certainement pas indifférent qu'une classe de personnes, qui, à tous les points de vue où leur conduite peut être envisagée, par rapport à leur intérêt propre ou à celui des personnes avec qui elles ont à trailer, en matière de prudence aussi bien que de bienfaisance, méritent des louanges plutôt que des blâmes, soit classée avec les réprouvés et les dissolus, et chargée d'un degré d'infamie qui est dû à ceux-là seulement dont la conduite est par sa tendance le plus opposée à la leur"^ ». Il en est des projectofs comme des « usuriers ». L'opinion les voit d'un mauvais œil : d'où un sens défavorable inséparablement associé avec le mot, et l'aggravation du préjugé hostile. La treizième lettre est adressée à Adam Smith, pour lui reprocher d'avoir accepté, sur ce point, « la pauvreté et la perversité du langage humain®* ». « J'ai quelquefois été tenté de penser que, s'il était au pouvoir des lois de proscrire des moiSf comme elles proscrivent des hommes^ la cause des inventions industrielles pourrait tirer presque le même secours d'un bill of attainder contre les mots project et frojeclàrSf qu'elle en a tiré de la loi autorisant des patentes. J'ajouterais cependant « pour un temps seulement 9 ; car môme alors l'envie, la vanité, l'orgueil
âMii LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.
bleâsé de la foule stupide introduiraient tôt ou tard leur venin dans quelque autre mot, qui se constituerait tyran à son tour, pour épier, comme son prédécesseur, la naissance du ;;;énie enfant, et réeraser dans le berceau-"'». En plaidant la cause des pnjectors^ Bentham, rinventeur du Panopticon, plaide un peu sa propre cause. Il comprend qu'un régime de libéralisme absola est le plus approprié au développement des facultés d'invention. Il se fonde, d'ailleurs, pour critiquer Adam Smith, sur les principes mêmes posés par celuici. Adam Smith nVt-il pas commencé la critique de la langue vulgaire? protesté contre l'acception défavorable que les hommes attachent instinctivement aux mots refjrater, engrosser^ foresialler^ et démontré le rôle bienfaisant joué, dans le mécanisme de rechange, par les intermédiaires qui spéculent* sur les grains ? « Vous avez défendu contre des outrages immérités deux classes (riioiiimes, les uns innocents au moins, les autres h;nitornent utiles: ceux qui répandent les arts anglais dans l(;s (.liniiits étrangers, et ceux dont l'industrie s'excTcte à distribuer cet objet nécessaire que l'on appelle par (.'xcell(*nce le soutien de la vie. Puis-je me flatter <r.'ivoir au moins réussi dans mes efforts pour recommander îï la mûme puissante protection deux autres (lasses d'hommes éniinemuient utiles et également per-
luû
séculés : les usuriers et les projeciors ?
L'abolition du taux légal de l'intérêt avait été réclamée en France jxir les Économistes "^*, et en Angleterre même, dans un livre d'ailleurs insigniOant, par Playfiair*^^. Mais