‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 72 sur 186 · ADAM SMITH CONTRE L^CSURE · texte numérisé non relu

ADAM SMITH CONTRE L^CSURE

testées ». Si le taux légal est fixé beaucoup plus bas que le taux courant, la mesure équivaut à une prohibition totale : résultat, la loi est violée. Si le taux légal est exactement fixé au plus bas taux courant, c'est la ruine de quiconque ne peut donner absolument les meilleures garanties de crédit, et le force à consentir aux prétentions les plus exorbitantes des usuriers. Si le taux est fixé très au-dessous du plus bas taux courant, à huit ou dix pour cent par exemple, la loi favorise, aux dépens des hommes sages et prudents, les emprunteurs, les prodigues, les projectors^ inventeurs ou lanceurs d'afiaires, seuls disposés à payer un intérêt aussi élevé ^®.

Bentham se propose d'étendre au commerce de l'argent le principe de la liberté du commerce, et de démontrer que « nul homme d'âge mûr et d'esprit sain, agissant librement, et avec les yeux ouverts, ne doit être empêché, en vue de son avantage, de faire, pour obtenir de l'argent, le marché qu'il croit convenable ; et, par une conséquence nécessaire, que personne ne doit être empêché de le lui fournir, aux conditions auxquelles il croit convenable de consentir '^^ ». Pourquoi, en effet, la notion de la liberté du commerce de l'argent n'est-elle pas acceptée de l'opinion? En raison de deux préjugés invétérés : l'un religieux et « ascétique », l'autre philosophique. D'une part, la morale ascétique condamne l'acquisition de la richesse ; ie commerce de l'argent est donc coupable. Préjugé aggravé du préjugé antijuif. Aristote a posé, d'autre

part, en principe, que t(mie monnaie est naiureUenmi slériie. Or, s'il a voulu dire que Tintérêt de Tarçent est théoriquement impossible , à quoi bon se donner tant de peine pour Tinterdire? Mais en fait l'argent porte intérêt, et Bentham propose, de Tintérêt, une explication en quelque sorte phyaoeratique, qui en justifie l'existence : l'argent, stérile en soi, porte intérêt parce qu'il représente les forces naturelles, fécondes en soi, que rhomme prend à son senioe**.

Il y a de l'usure une définition légale : faire l'usure, c'est prêter à un intérêt supérieur au taux légal; et une définition morale : faire l'usure, c'est prêter à un intérêt supérieur au taux moyen et courant. Or la première défini lion se ramène à la seconde, si le taux légal ne piiut se régler que sur ie taux courant. € La coutume est donc la seule base sur laquelle peuvent bAlir soit le moraliste dans ses règles et ses préceptes, soit le législateur dans ses injonctions. Mais quelle l)ase peut (Mre j)lus faible ou plus injustifiable, pour fonder (les mesures coercitives, que la coutume qui résulte (l'un libre choix?"' » Les lois contre l'usure sont nuisibles (»n proportion du nombre d'bommes qu'elles empêchent de recevoir l'argent dont ils ont besoin. « Songez quelle détresse se produirait si la liberté d'emprunter éUiit refusée à tous... C'est exactement la même espèce de détresse r]ui se produit, lors([u'on refuse cette liberté à tant de gens dont la solidité, suffisante si on leur permettait d'ajouter quelque chose au taux légal, est rendue insuffisante par le fait qu'on leur refuse cette

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