‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 107 sur 212 · L'ESSAI DE JAMES MILL · texte numérisé non relu

L'ESSAI DE JAMES MILL

Helvétius. « Tout ce qui, depuis le premier germe de l'existence jusqu'à l'extinction finale de la vie, opère de manière à affecter les qualités de l'esprit dont le bonheur dépend à quelque degré, relève de notre enquête 25 . » Il y a donc une éducation physique — encore peu développée, mais dont on trouvera les éléments chez Erasme Darwin et Cabanis — et une éducation morale, qui comprend l'éducation domestique, l'éducation technique ou scolastique (la seule dont l'idée soit généralement éveillée par le mot d'éducation) ; enfin l'éducation sociale, dans laquelle James Mill distingue, à un autre endroit de son article, l'éducation sociale proprement dite et l'éducation politique. La fin de l'éducation, c'est le bonheur d'abord de l'individu dont on fait l'éducation, ensuite de ses semblables ; elle est définie par James Mill « le meilleur emploi de tous les moyens que peut employer l'homme pour faire de l'esprit humain, au plus haut degré possible, une cause du bonheur humain ». D'ailleurs, la pratique ne se sépare pas de la théorie : car la théorie n'est que « Yensemble du savoir que nous possédons à un sujet quelconque, mais dans l'ordre et sous la forme où il est le plus facile d'en tirer de bonnes règles pratiques 26 ». Or, la solution du problème pratique de l'éducation suppose la solution préalable de deux grands problèmes théoriques. D'abord, en vue de savoir de quelle manière les choses agissent sur l'esprit, il est nécessaire de savoir comment l'esprit est construit. Le moindre mal qui puisse arriver à celui qui essaie d'agir sur l'esprit, par des voies qui ne soient

pas adaptées à sa nature, c'est de perdre ses peines. En second lieu, puisque le bonheur est la fin, et que les moyens doivent être exactement adaptés à la fin, il faut savoir quelles sont les qualités de l'esprit qui conduisent principalement au bonheur, tant de l'agent luimême que de ses semblables. La solution du second problème constitue une théorie de la vertu que James Mill ébauche en s'inspirant de la théorie grecque des quatre vertus. La solution du premier problème constitue une théorie de la vie mentale : et James Mill se trouve amené de la sorte, dans un essai pédagogique, à donner un résumé, sous forme historique, de la théorie de l'association des idées. Car les lois de succession des phénomènes mentaux sont les « lois de la nature humaine » sur lesquelles est fondée la science de l'éducation. « Puisque le bonheur, qui est la fin de l'éducation , dépend des actions des individus, et puisque toutes les actions de l'homme sont produites par ses sentiments ou ses pensées, l'affaire de l'éducation est d'amener la production de cerlains sentiments et de certaines pensées, au lieu d'autres. L'affaire de l'éducation est donc d'agir sur les successions mentales 2: ». L'article de 1818 est une première ébauche du grand ouvrage de Mill, paru onze ans plus tard, qui fixera la doctrine psychologique du radicalisme philosophique, 1' « Analyse des phénomènes de l'esprit humain ».

Mais, à l'instant même où Bentham et ses amis essaient de superposer, à un enseignement primaire réformé, un enseignement secondaire conçu sur le même

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