‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 11 sur 212 · THÉORIE DE LA PRESCRIPTION · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA PRESCRIPTION

du duc deBedford, le principe de la prescription légale : le temps rend légitime ce qui était illégitime, juste ce qui était injuste 30 .

Ce qui était vrai du droit privé se trouve encore vrai du droit public. L'excellence de la constitution anglaise, c'est d'être une « constitution prescriptive *, « une constitution dont la seule autorité consiste à avoir existé de temps immémorial » 3l . Les sujets anglais ne songent pas à se demander pourquoi la constitution de leur pays est mixte, à la fois monarchique, aristocratique et populaire ; ils ont oublié le temps où cette constitution a été formée. Ils l'acceptent, comme l'individu accepte sa nature physique. Voilà pourquoi Burke a, dès avant la Révolution française, repoussé toute réforme du droit de suffrage fondée sur la théorie des droits de l'homme; et voilà pourquoi il a également refusé d'adhérer à cette théorie plus subtile, selon laquelle le respect de la tradition elle-même rend une réforme urgente. C'est seulement, dit-on, en apparence que la constitution demeure immuable : car, l'aspect moral du pays changeant tandis que la constitution reste immuable, le rapport de la constitution à l'état du pays n'est plus le même qu'à l'origine : pour qui va au fond des choses, la constitution a changé. Mais, répond Burke, l'erreur commise est toujours la même, et prouve qu'on n'a pas compris le vrai sens de la notion de prescription légale. On suppose qu'à un moment donné la constitution a été l'œuvre d'une volonté consciente, se conformant à une théorie abstraite dont la

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constitution n'aurait dévié que par la suite. C'est une hypothèse gratuite : « un gouvernement prescriptif n'a jamais été l'œuvre d'un législateur, n'a jamais été formé sur une théorie préconçue » 32 . Il ne faut jamais poser, au sujet d'un droit établi, ni la question d'origine ni la question de fin ; ou bien l'on recommence à raisonner sur les choses de la politique, au lieu d'adopter cette méthode, dont la nature nous enseigne la sagesse, qui consiste à accepter les institutions existantes, parce qu'elles existent, comme elles existent. L'infériorité de la philosophie révolutionnaire, de la philosophie des droits de l'homme, lorsqu'on la compare à la philosophie conservatrice et traditionaliste, c'est, pourrait-on dire, que la philosophie de la politique révolutionnaire commande à celle-ci d'être logique, tandis que la logique de la politique conservatrice lui permet d'être illogique.

Bref, la philosophie politique de Burke est un empirisme, une philosophie de l'expérience : la durée soit d'une idée, soit d'une institution, sa persistance dans le temps, est une présomption en faveur de cette idée, ou de cette institution. Théorie du préjugé : entre une opinion ancienne, qu'une longue expérience, chez une longue suite de générations, n'a pas ébranlée, et une opinion nouvelle, née dans le cerveau d'un penseur solitaire, la présomption est en faveur de l'idée ancienne, du préjugé. Théorie de la prescription: entre un droit ancien , consacré par une prescription séculaire ou plusieurs fois séculaire, et un droit nouveau, qui se

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