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LA ((RELIGION NATURELLE

n'est pas à l'histoire que Bentham demande des arguments contre les religions, examinées en détail. Il définit la religion a priori, et cherche quelles sont les conséquences nécessaires de la religion ainsi définie. La religion qu'il discute, c'est, il nous en prévient, la religion naturelle, non la religion révélée ; et on serait tenté de voir ici l'emploi d'une tactique courante chez les polémistes irréligieux, lorsqu'ils s'adressent à un public religieux : « si notre étude actuelle, écrit effectivement Bentham, démontre que la religion naturelle a produit une somme de mal temporel, qui excède de beaucoup le bien temporel, elle démontrera d'une façon encore plus convaincante la nécessité d'une révélation qui en corrige et en combatte les mauvais effets* ». Mais la méthode de Bentham est plus subtile. 11 ne se contente pas d'opposer la religion naturelle à la religion révélée, comme une religion simplifiée, débarrassée des croyances particulières et des preuves historiques accidentelles que lui ont ajoutées, d'un côté ou de l'autre, les révélations diverses : il propose de la religion naturelle une définition originale. Par le mot religion, il entend c la croyance à l'existence d'un Être tout-puissant, qui dispensera des peines et des plaisirs aux hommes pendant le cours d'une existence à venir d'une durée infinie 41 » ; et c'est de cette notion abstraite de toute-puissance qu'il cherche à déduire les conséquences qui suivent logiquement, dans l'ordre pratique. La thèse de Bentham, c'est que « la religion naturelle pure conduit invariablement ses fidèles à attribuer à leur Dieu un caractère de

caprice et de tyrannie, en même temps qu'ils lui adressent toutes les épithètes d'éloge et de vénération que contient leur langue 4Z ». Ce sont les religions révélées (Bentham parle ici sincèrement et sans artifice de polémiste) qui, pour éviter le scandale d'une pareille conception, ont travaillé à représenter Dieu comme une Providence se proposant pour fin le bien de l'ensemble, comme un juge bienfaisant, non comme un despote. Mais pourquoi un juge humain est-il bienfaisant ? Parce qu'il exerce un pouvoir délégué, parce qu'il est dépendante! responsable. Au contraire, à moins d'une révélation, Dieu ne peut être considéré que comme méchant, puisque son autorité est absolue.

Nous possédons dès lors, le moyen d'évaluer les dommages qui résultent d'une pareille croyance, pour l'individu considéré en soi, souffrances sans profit oij privations inutiles. Car « voulez-vous fournir la preuve de votre attachement à Dieu, en face de vos semblables, de façon à les convaincre ? Un seul genre de témoignage peut les convaincre : imposez-vous de la peine à cause de lui; et si vous voulez réduire au silence les soupçons qui pourraient s'élever quant à la nature du motif, il faut que la peine dont vous ferez choix ne suggère pas la plus faible idée d'une récompense indépendante 43 ». Faut-il énumérer les conséquences funestes de l'idée religieuse? Censure des plaisirs par des scrupules préalables et par des remords subséquents. Terreurs indéfinies, pouvant, comme en témoigne l'expérience, conduire à la folie. Dégradation de rinlelligence, du moment où,

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