‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 111 sur 212 · OPINIONS DE JAMES MILL · texte numérisé non relu

OPINIONS DE JAMES MILL

par 1 admission de « croyances extra-expérimentales », nous séparons la croyance d'avec l'expérience, du moment où, érigeant la croyance en mérite, l'incrédulité en crime, on nous donne d'autres motifs de croire ou de ne pas croire que la considération des preuves intrinsèques : « si donc la récompense a un effet, c'est d'entraîner l'homme à croire sur des preuves insuffisantes; si le châtiment influe, c'est en le détournant de l'incrédulité appuyée sur une réfutation suffisante 41 ». Enfin, conséquences sociales funestes, la religion est dommageable « non seulement au croyant lui-même, mais encore aux autres par lui ». Elle crée, au sein de la société, des antipathies factices entre hommes qui croient et hommes qui ne croient pas , entre hommes qui pratiquent et hommes qui ne pratiquent pas, ou encore entre hommes qui pratiquent d'une façon et hommes qui pratiquent d'une autre. Son pire effet, c'est ce qu'on pourrait appeler d'un seul mot le « cléricalisme », ce que Bentham appelle la « création d'une classe irrémédiablement opposée aux intérêts de Thumani té 45 », composée des hommes qui sont tenus, dans l'hypothèse religieuse, pour capables d'interpréter les interventions surnaturelles de la main céleste. Les prêtres sont dès lors naturellement portés à s'allier aux chefs de l'État, car l'État et l'Église sont deux corps qui ont « un intérêt irrémédiablement opposé à celui de la collectivité, et tous les intérêts sinistres ont une tendance naturelle à se coaliser et à unir leurs efforts, puisque c'est pour chacun d'eux un moyen de s'assurer plus complètement

et plus aisément la possession de l'objet qu'il poursuil. Mais entre l'intérêt particulier d'une aristocratie gouvernante et celui d'une classe sacerdotale, il semble qu'il y ait une affinité et une concordance d'un earartère spécial; chacune emploie précisément l'instrument qui fait défaut à l'autre 40 » : l'une, la force physique, l'autre, l'ascendant uioral.

James Mill partage l'intransigeance de son maître. Il élève son (ils dans l'ignorance de toute idée religieuse. 11 tient pour impossible logiquement soit d'affirmer, soit de nier l'existence de Dieu ; et Puni; de ses bizarreries intellectuelles, c'est sa sympathie pour l'hypothèse manichéenne : car ce qui lui paraît intolérable, c'est d'attribuer à Dieu la création d'un univers où le mal abonde. « Je lui ai cent fois entendu dire, raconte Stuart Mill, que tous les siècles et toutes les nations ont représenté leurs dieux comme méchants, selon une progression toujours croissante, que l'humanité a continué d'ajouter trait sur trait jusqu'au moment où elle atteignit le plus parfait idéal de scélératesse que l'esprit humain puisse imaginer, lui donna le nom de Dieu, et se prosterna devant lui. 11 considérait ce nec plus ultra de la scélératesse comme ayant pris corps dans ce que l'on présente communément à l'humanité comme constituant la croyance chrétienne 47 . » Au fond, pour Bentham et James Mill, les opinions anticléricales se confondent avec les opinions démocratiques ; ils conçoivent le rapport de l'homme à Diru comme le rapport de l'opprimé à l'oppresseur, la religion comme

Page 1