FORD ABBEY
la Compagnie des Indes 5 ". Faut-il féliciter la puissante Compagnie d'avoir été magnanime en pardonnant à un critique acerbe? ou se placer à un point de vue différent, et la féliciter d'avoir été habile, en fermant la bouche d'un adversaire dangereux? Hazlitt remarquera, quelques années plus tard, avec ironie, que l'organe des utilitaires, la « Revue de Westminster», ne ménage presque aucune des institutions existantes, excepté la Compagnie des Indes.
En 1813, se passe un événement considérable dans la vie de Bentham. Voilà deux ans qu'une Commission parlementaire de vingt et un membres (« sauf Abercromby, moi-même et Wilberforce, écrit Romilly à Bentham, pas un qui vous fût sympathique » ) a publié son « second rapport sur les lois relatives aux maisons pénitentiaires » o0 . La longue campagne philanthropique de Bentham va aboutir à l'érection, sur le bord de la Tamise, de la prison de Millbank, où plusieurs des idées de Bentham seront appliquées, mais non pas l'idée du contract management. Le rapport de la Commission reconnaît, d'ailleurs, que Bentham « a droit en toute justice à s'attendre non seulement que l'argent ainsi avancé soit restitué, mais qu'une rémunération libérale lui soit accordée pour prix de sa peine et de son désappointement final, à condition que Bentham tienne compte des bénéfices qu'il pourrait avoir retirés des terres». La question de l'indemnité est réglée entre deux arbitres, John Hullock désigné par le Trésor, John Whishaw 01 désigné par
Bentham; et ce dernier reçoit finalement, en 1813, une indemnité de 23.000 livres. II redevient un homme riche, et va recommencer à dépenser son argent imprudemment, non seulement en expériences réformatrices et philanthropiques, mais aussi pour son agrément personnel. En 1814, il loue, et continuera à louer pendant quatre ans, jusqu'au moment où recommenceront pour lui les embarras d'argent, le château de Ford Abbey, dans le Devonshire. Le contraste du vieux philosophe radical avec la somptueuse habitation féodale divertit tous ses amis, qui nous ont laissé de nombreuses et abondantes descriptions de l'édifice u2 . Bentham y jouit d'un bonheur pur. « C'est un théâtre de grande félicité pour un nombre, et un nombre assez considérable, de gens. On n'y entend pas un mot de colère. Mrs. S. (l'intendante) gouverne comme un ange. Les voisins tous cordiaux au plus haut degré, même quand on ne leur rend pas visite. Musique et danse, quoique je déteste la danse. Des hommes doux et simples s y réunissent. Des foules viennent danser, Mrs. S. en tète." 3 » La réalité est plus austère, et correspond assez mal à cette description exaltée d'un lieu de délices. Le château, pendant les mois d'été que Bentham y passe, ressemble à un monastère laïque, où les heures d'étude, de repas, de promenade, sont fixées pour tous, pour Bentham et ses secrétaires, pour James Mill, sa femme et ses enfants, pour Francis Place en 1817 et 1818. Le maître travaille jusqu'au dîner; il déjeune seul, et écoute, en déjeunant, la lecture du Morning Chronicle. Pendant ce temps, James