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LA PROPAGANDE DE JAMES MILL

Chvrch of Englandism : « le sujet est Irailéavec tant de légèreté et d'irrespect que le livre ne peut manquer de choquer quiconque a le moindre sentiment religieux. » Mais, à cette date, et pour la première fois, l'influence de James Mill est trop forte et prévaut sur celle de Romilly 43 . D'ailleurs, Romilly est le contemporain de Bentham : lumière du barreau anglais, il est plus illustre, plus populaire que Bentham. — James Mill présente, à la différence de Romilly, toutes les qualités requises pour devenir le disciple, on pourrait dire l'apôtre de Bentham. Il est de vingt-cinq ans plus jeune. Il est l'obligé de Bentham. Journaliste et homme de lettres, il n'appartient encore à aucun corps constitué. D'un tempérament agressif et militant, il n'a pas tenu à lui que les Eléments of Packing ne fussent publiés; mais l'avis de Romilly a prévalu encore une fois. Il s'inslitue, à côté de Dumont, avec le même zèle, mais avec l'entêtement systématique qui lui est propre, le metteur au net et l'éditeur des manuscrits du maître. Dès 1803, Bentham est occupé à une tâche nouvelle, la théorie des preuves judiciaires ; en 1804, il considère, dans une lettre à Dumont, son travail comme à peu près terminé 44 . Mais il manque, comme à son ordinaire, de l'esprit de suite nécessaire pour terminer. D'autres occupations le distraient, la question de la réforme des tribunaux d'Ecosse détourne son attention 45 . C'est alors qu'intervient James Mill; et James Mill possède, au plus haut point, précisément, le génie de la ténacité. A partir de 4808, nous voyons

occupés en même temps à extraire un ouvrage lisible des manuscrits illisibles de Bentham, Dumont, à l'usage du continent, et James Mill, à l'usage des pays de langue anglaise 46 . La terminologie et la philosophie de l'ouvrage remplissent déjà, en décembre 1809, un article que James Mill donne à la « Kevue d'Edimbourg » 47 . L'ouvrage anglais est terminé en 1812, sous le titre d'« Introduction à la théorie des preuves » ; mais le ton en est tellement âpre, que tous les libraires, malgré les efforts de Mill, trouvent dangereux de publier : une partie seulement est imprimée (en particulier le Swear not al a//, critique de la formalité du serment judiciaire), et reste elle-même inédite l8 . En 1814, James Mill revise la « Table des ressorts de l'Action »,qui paraîtra en 1817 49 . Par d'autres voies, cependant, James Mill se rend peut-êlre encore plus utile à Bentham. Par l'intermédiaire, sans doute, de Jeffrey, le directeur, qu'il pouvait avoir connu jadis, à l'Université d'Edimbourg, au temps où ils y accomplissaient tous deux leurs études, James Mill est déjà devenu, lorsqu'il fait en 1808 la connaissance de Bentham, un collaborateur de la grande revue libérale, la « Revue d'Edimbourg ». A partir de 1808, il emploie systématiquement tous ses essais critiques à la propagation des idées de Bentham. L'émancipation des colonies espagnoles de l'Amérique du Sud 50 , un ouvrage français de jurisprudence 51 , le Code Napoléon 52 , tout lui est prétexte pour appeler l'attention du public sur le nom, les œuvres, la doctrine du maître. Son zèle n'est pas sans rencontrer des obstacles : il arrive à

L' « HISTOIRE DE L'iNDE BRITANNIQUE ». '285

Jeffrey de trouver que James Mill abuse de ses droits d écrivain, de supprimer le nom de Bentham dans tel article de Mill, en respectant les idées, ce qui fait traiter Mill, à Holland House, de c plagiaire impudent 53 ». — Il poursuit la même œuvre dans le Philanthropist de son ami William Allen 54 ; la même œuvre encore dans le cinquième Supplément de l'Encyclopédie Britannique, où tous ses articles sont autant d'essais pour fixer, sur des points divers, la doctrine benthamique. En matière de droit, il accepte à la lettre les doctrines de son maître, définit après lui lamalièredela jurisprudence, les principes du droit des gens et les règles à suivre pour l'administration des prisons : ne s'était-il même pas d abord excusé auprès de Napier d'avoir à se charger de cet article, tant il avait le sentiment de ne rien pouvoir ajouter au Panopticonl ' 55 Il s'excuse encore à la fin de l'article lui-même : « le seul mérite, écrit-il, que nous ayons à revendiquer, c'est (si notre tentative a été heureuse) d'ajouter la clarté à la solidité ». Il s'inspire du traité de Bentham sur « l'Administration des Pauvres » dans ses articles Beggar et Benefit Societies. Seules, les idées qu'il expose dans l'article sur la « Liberté de la Presse » lui étaient propres bien avant qu'il eût fait la connaissance de Bentham, Dans l'article Colonies, il combine les idées de Malthus sur la question de la population avec les idées de Bentham sur la déportation pénale; dans l'arlicle Education, il s'inspire autant d'Helvétius et de Hartley que de Bentham pour définir la pédagogie utilitaire; enfin dans l'article

Government, vite devenu classique, il va éaoncer, à côté de Bentham, les principes fondamentaux de la doctrine en matière constitutionnelle.

En 1807, paraît l' t Histoire de l'Inde Britannique », commencée en 4 806, le grand ouvrage de James Miil, celui qui fonde sa réputation ; et 1' « Histoire » peut être considérée, elle-même, en un certain sens, comme un instrument de propagande benthamique. Dans l'analyse des institutions de l'Hindoustan, James Mill ne sépare jamais le jugement critique de l'exposition historique, et c'est en les confrontant avec les principes de Bentham qu'il apprécie la valeur des institutions, suggère les réformes possibles. « Pendant de longues années, dira Bentham, un grand objet de son ambition a été de fournir à l'Inde britannique, à la place de l'abominable système existant, un bon système de procédure judiciaire, avec une organisation judiciaire capable d'en assurer l'administration ; et pour la composition de ce système, c'est sur moi qu'il a constamment compté, et qu'il continue à compter 56 . » Et il dira encore, orgueilleux de l'œuvre accomplie, sous son inspiration, par son disciple : « Après ma mort, je serai le pouvoir législatif, Mill, le pouvoir exécutif vivant de l'Inde britannique 57 . *> Car Mill est à présent célèbre : les projets littéraires qu'il forme vers cette époque — écrire une histoire du Droit anglais, un système complet de jurisprudence 58 — , il n'aura pas même le loisir de les entreprendre. Par les efforts de ses amis, et entre tous de Ricardo, il entre dans les bureaux de

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