LORD LÀNSDOWNE ET LA RÉVOLUTION
vendus ne pourront jamais être restitués... L'absurdité féodale ne pourra jamais être ressuscitée. Le peuple ne pourra jamais être imposé sans le consentement de quelque corps représentatif consistant en une ou deux Chambres. La Bastille ne pourra pas être reconstruite. L'administration de la justice et le régime féodal ne pourront jamais être réconciliés. Ces points fondamentaux, je les appelle la Révolution : ils doivent assurer l'essence de la liberté 52 .» Sans relâche, il préconise une politique de paix, dénonçant le caractère « métaphysique 53 » de la guerre, taxant de pharisaïsme les accusations portées contre l'immoralité française M . Il reste fidèle à la cause de la réforme parlementaire, et proteste quand, en 1792, Grey ayant déposé au Parlement une motion favorable à la réforme, une proclamation royale est publiée contre la publication et la propagation d'écrits séditieux, visant la « Société des amis du peuple », dont Grey est membre, et qui propage les idées en question. Il scandalise volontairement l'opinion, lorsque, proposant au Gouvernement d'intercéder en faveur du roi de France, il le désigne sous le nom de « Louis XVI » 55 ; il aceuse un agent provocateur d'avoir lancé la pierre qui brise la vitre du carrosse royal, dans les rues de Londres, en octobre 1795 56 ; il résiste tant qu'il peut à l'adoption des lois d'exception, et c'est grâce à ses efforts que les clauses du Traitorous Correspondence Bill qui privent le prévenu de ses moyens de défense sont atténuées à la Chambre des Lords 57 . Les caricaturistes le représentent
présidant, en compagnie de Fox, une exécution capitale à la guillotine ; dansant des rondes patriotiques au cri de « Vive Barrère » ; déguisé en gamin crieur de journaux, et colportant dans Berkeley Square « le dernier mensonge rapporté par Malagrida de Paris » ; tirant un coup de fusil dans le carreau de la voiture royale 5H . En 1801, après la démission de Pitt, peu s'en faut qu'un ministère soit constitué, dont Lansdowne et Fox seraient les chefs. Lord Lansdowne meurt trop tôt pour faire partie du ministère Grenville-Fox de 1806.
Romilly, plus indépendant et plus sentimental à la fois, passe de l'enthousiasme au dégoût. En 1789, il publie des « Pensées sur l'influence de la Révolution française », où l'on reconnaît, à bien des expressions, l'influence directe de Bentham, et qui sont inspirées par un optimisme absolu. Il attend de la Révolution française l'avènement du cosmopolitisme et la fin des guerres : « les vrais intérêts d'une nation n'ont jamais été en opposition avec les intérêts généraux de l'humanité, et il ne peut jamais arriver que la philanthropie et le patriotisme imposent à personne des devoirs inconciliables ». En ce qui concerne plus particulièrement les intérêts anglais, la fin du despotisme en France signifie, pour l'Angleterre, la fin des guerres avec la France ; et d'ailleurs le succès de la Révolution de France pourra, par le prestige de l'exemple, diminuer la haine des nouveautés qui caractérise l'esprit anglais ; car « le singulier avantage d'avoir une constitution