‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 16 sur 212 · BENTHAM ET LA DEMOCRATIE · texte numérisé non relu

BENTHAM ET LA DEMOCRATIE

riche pour mettre l'enchère la plus forte. — Enfin, Bentham a soin d'avertir que, s'il retient le principe électif en matière d'organisation judiciaire, ce n'est pas là une thèse dont il se tient pour l'inventeur, c'est une hypothèse qu'il accepte, et dont il demande qu'on tire au moins toutes les conséquences logiques. Il reconnaît que c'est une « expérience audacieuse » de confier au peuple entier le choix des juges ; il aurait hésité, quant à lui, entre le roi et les assemblées représentatives. Mais, puisque le comité a eu le courage de regarder l'idée en face, il demande, mû par une sorte de curiosité de savant , si l'on a décidé quelque part de faire l'expérience, qu'on la fasse loyalement et intégralement 4 \ Il déclarera, un peu plus tard, n'avoir considéré l'adoption du principe électif que comme une concession nécessaire dans les circonstances, et n'avoir fait la concession qu' « à contre-cœur » 49 .

La Révolution cependant se précipite. Elle décourage, en Angleterre, d'abord ceux de ses adhérents qui confondaient la Révolution de 1789 avec une autre Révolution de 1688, et s'attendaient à voir la France se donner un régime mixte et une monarchie whig. Elle découragera bientôt ceux qui la confondaient avec la Révolution de 1776 et s'attendaient à voir prévaloir en France une constitution démocratique à l'américaine. En moins de cinq ans, le cycle est accompli, et déjà les militaires menacent la République. Quelle est, pendant la durée de la crise, l'attitude du groupe des amis du

marquis de Lansdowne, de lord Lansdowne lui-même, de Romilly et de Bentham?

Lord Lansdowne est un politicien : meneur d'un parti parlementaire, il apporte, à plaider la cause que défend son parti, la bonne foi, relative et professionnelle, de l'avocat. Il a été un des premiers Anglais assez perspicaces pour pressentir la puissance militaire de la France révolutionnaire, un des premiers hommes du Parlement à comprendre le caractère universel de la Révolution. Il félicite Bentham de « prendre en main la cause du peuple de France : rien ne peut servir autant la cause de l'humanité et de la civilisation que l'intérêt pris par les individus d'un pays à la prospérité d'un autre ». Et il continue, comme si la philosophie nouvelle des droits de l'homme ne se distinguait pas de la philosophie de l'utilité : « Je pense depuis longtemps que le peuple n'a qu'un intérêt par tout le monde — ce sont les souverains qui ont des intérêts différents... Si les peuples des différents pays pouvaient une bonne fois se comprendre , et être amenés à adopter une demi-douzaine de principes généraux, leurs serviteurs ne s'aventureraient pas à leur jouer de pareils tours » 50 . Il se fait d'abord illusion, sans doute, sur l'étendue des réformes dont la France aura besoin. 11 pense, le 10 juillet 1789, que la liberté de la presse, l'abolition des lettres de cachet, l'institution d'assemblées provinciales, une borne mise aux dépenses publiques suffiraient 51 . Mais il accepte ensuite les faits accomplis. « Les biens d'Église une fois

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