II
de ses collaborateurs et persuadé Mirabeau lui-môme. Quand le projet revint devant l'Assemblée, Mirabeau fit des objections, avertit ses auditeurs que « toute déclaration des droits antérieure à une constitution ne serait jamais que l'almanach d'une année ». Mais que vaut, contre l'opinion générale d'un temps et d'un parti, l'opinion d'un individu, même lorsqu'il s'appelle Mirabeau? L'idée de la déclaration « était une idée américaine, et il n'y avait presque personne qui ne regardât une telle déclaration comme un préliminaire indispensable ». « L'impitoyable bavardage alla son train, et l'on enfanta cette malheureuse Déclaration des Droits de l'Homme » ". Par un curieux paradoxe historique, la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen aurait donc compté parmi ses auteurs le premier en date, ou peu s'en faut, des disciples de Bentham, le premier, et, longtemps, le seul membre de l'école benthamique, un adepte de la morale de l'utilité, hostile en tant que tel à la théorie des droits de l'homme.
Dumont a repris son travail de rédaction des manuscrits de Bentham : « Je vous remercie, écrit-il à Bentham en octobre, de ce travail qui m'arrache à mon inertie et me sauve des tourments de l'ennui » 10 °. Mais il retombe bientôt en proie à sa paresse coutumière, puisqu'un an plus tard Romilly en vient à lui demander s'il n'a pas complètement mis de côté les manuscrits de Bentham : « En vérité, Dumont, il faut que vous preniez la résolution de faire quelque chose qui soit utile à la postérité » !0! . Le travail n'est pourtant pas encore