MACKINTOSH, PAINE ET GODWIN
Au nom d'une philosophie demi-empiriste, demi-mystique, qui se fonde sur le principe de l'utilité, Burke dénonce la Révolution française et donne le signal de la croisade européenne contre le pays des droits de l'homme. Au nom du principe de l'utilité, Bentham et son disciple Dumont réfutent la « déclaration des droits de l'homme et du citoyen ». Mais la faction démocratique trouve des écrivains à opposer à Burke. Les Vindiciœ Gallicœ 1 , dans lesquelles le jeune Mackintosh s'attache à rectifier l'historique partial et passionné que Burke avait présenté de la première année de la Révolution française, et à justifier contre ses dénonciations l'œuvre de la Constituante, peuvent être considérées comme la réponse du parti whig à Edmund Burke, du parti whig, ou plus exactement de cette portion du parti qui reste fidèle à Fox. Les deux parties, publiées
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à quelques mois d'intervalle, des « Droits de l'Homme 2 » de Thomas Paine expriment l'opinion de ces sociétés d'agitation démocratique, qui, après avoir une première fois surgi au temps de la Révolution d'Amérique, viennent de ressusciter et de se multiplier après 1789 : manifeste révolutionnaire, œuvre du journaliste qui combattit pour l'idée républicaine successivement en Amérique, puis en Angleterre, puis en France, l'ouvrage, mis en vente au profit de la propagande démocratique, se vend, en moins de deux années, à deux cent mille exemplaires, motive, par l'alarme que soulève ce succès prodigieux, les premiers procès pour délits de presse et d'opinion, la proscription de Thomas Paine, et donne, en Angleterre, le signal de la réaction politique et religieuse. Puis, en 1793, William Godwin, ami de Thomas Paine, publie son « Enquête sur la justice politique, et son influence sur le monde et le bonheur » 3 : ouvrage à la fois trop volumineux et trop abstrait pour trouver un public à beaucoup près aussi étendu que le livre de Paine. Mais il exerce une influence profonde sur un groupe de lettrés, de jeunes étudiants d'université, d'agilateurs politiques; le livre fait scandale un instant, et agit d'une façon profonde pour toujours. Ainsi se prolonge, d'année en année, la polémique que Burke avait ouverte, tirant prétexte du sermon de Price, et qui fournit, en trois ans, à la littérature politique de l'Angleterre, quatre ouvrages classiques .
Les doctrines respectives de Mackintosh, de Paine et
de Godwin, présentent d'abord un trait commun qu'il est intéressant de noter parce qu'il les rapproche de Bentbam. Tous trois sont d'accord avec lui pour critiquer la théorie, à laquelle Burke a donné un éclat nouveau, du gouvernement mixte, fondé sur la division des pouvoirs.
Burke, dans ses t Réflexions sur la Révolution Française », vient de développer celte vue que, la nature humaine étant essentiellement multiple et complexe, une bonne constitution politique doit être complexe, afin de se modeler sur la complexité de la nature humaine 4 . La complication de la machine constitutionnelle rend impossible les révolutions précipitées, oblige à adopter une politique de compromis et de tempéraments, met un obstacle aux violences du pouvoir arbitraire. En ceci consiste l'avantage des constitutions séculaires, comme la constitution anglaise, qu'elles sont libérales en même temps que compliquées. « Nous compensons, nous concilions, nous équilibrons. Nous sommes en mesure d'unir en un tout cohérent les anomalies diverses et les principes hostiles qui se trouvent dans les esprits et les affaires des hommes. Il résulte de là une excellence non de simplicité, mais, ce qui vaut bien mieux, de composition ». Et voilà où réside la différence profonde de la constitution nouvelle de la Franfee avec les autres constitutions d'Europe. La variété des constitutions anciennes est cause à la fois de leur faiblesse et de leur libéralisme. La simplicité de la constitution nouvelle de la France, subite et systématique, est cause en