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DROITS DE L'HOMME ET UTILITÉ

même ambiguïté dans l'expression du principe premier. Presque dans les mêmes termes que Bentham, il n'admet pas qu'il y ait abdication par l'individu de ses droits naturels lorsque celui-ci entre en société avec d'autres individus; il n'admet pas même qu'il y ait diminution de ces droits. Les droits de l'homme supposent la préexistence du lien social, et toutes les théories qui impliquent Y existence réelle d'un état antérieur à l'état social sont ou futiles ou fausses. Il revient cependant aussitôt à la théorie des droits naturels, distingue entre la virtualité et l'actualité de ces droits: il faut une société pour faire passer à l'acte les droits, naturellement égaux, de tous les individus. Mais voici que tout à coup Macintosh parle, de nouveau, le langage de l'utilité. La grande question, en politique, n'est pas une question d'origine, mais une question de fin; ce n'est pas une question de droit, c'est une considération d'utilité. Les formes politiques ne sont que les moyens propres à assurer une certaine quantité de félicité publique. Si la fin est atteinte, toute discussion instituée pour savoir si les moyens étaient théoriquement aptes à la produire devient puérile et superflue. Pourquoi donc employer le langage détourné des droits de l'homme? C'est que ce langage détourné est en même temps un langage abrégé. Tous les agents moraux sont impuissants à estimer l'utilité de tous leurs actes pris en particulier; mais on peut démontrer de tous les principes généraux de justice qu'ils sont utiles; et c'est cette utilité seule qui leur confère le caractère d'une

obligation morale. « La justice, c'est l'utilité , mais c'est l'utilité s'exprimant par des maximes générales, dans lesquelles la raison a concentré l'expérience de l'humanité... Quand j'affirme qu'un homme a droit à la vie, à la liberté, etc., je veux seulement énoncer une maxime morale fondée sur V intérêt général, qui interdit toute atteinte à ses possessions n ». D'où l'emploi simultané des deux expressions. Le nouveau gouvernement de France repose sur la base immuable « du droit naturel et du bonheur général 12 ». Une déclaration des droits est le seul expédient concevable « pour tenir éveillée la vigilance publique contre l'usurpation des intérêts partiaux, en mettant perpétuellement sous l'œil du public le droit général et l'intérêt général 13 ». L'attitude logique de Mackintosh est une attitude d'équilibre instable; il est nécessaire que la balance penche bientôt d'un côté ou de l'autre; il apparaît même déjà comme nécessaire que le principe de l'utilité l'emporte chez lui sur le principe des droits naturels.

La même contradiction ou, si l'on veut, la même confusion des deux principes se laisse distinguer dans le livre plus fameux de Thomas Paine ; et peut-être est-il possible de saisir sur le fait, dans son ouvrage, comment s'effectue la transition du premier au second. Les « Droits de l'Homme » parurent en deux parties successives, à un an d'intervalle. La première partie, dédiée à Washington et parue en 1791 , constitue, comme nous dit le sous-titre, « une réponse à l'attaque dirigée par Mr. Burke contre la révolution française », une

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