LES LOIS DES PAUVRES
paroisses où la loi est appliquée, le système des maisons de travail affermées: l'administration de la loi des pauvres prend l'aspect d'une bureaucratie dispendieuse. D'ailleurs, au moment où Howard visite les prisons et en dénonce les scandales, le mauvais état sanitaire des workhouses attire l'attention : d'où la faveur croissante accordée au secours à domicile, c'est-à-dire sans exigence d'un travail à fournir en retour. Une loi de 1795 donne pouvoir aux overseers avec approbation soit des paroissiens réunis dans le conseil de vestry, soit d'un juge de paix, de secourir les « pauvres laborieux » à domicile, dans certaines circonstances de maladie ou de misère temporaires ; la loi donne, d'ailleurs, aux juges de paix pouvoir discrétionnaire, avec invitation d'en user avec justice et mesure (a just and proper discrétion), d'accorder des secours pour une durée n'excédant pas un mois, sur demande écrite et motivée. La même année, un nouveau pas est accompli. La société ne se borne plus à accorder, en cas de misère extrême, aux indigents reconnus, le minimum nécessaire à leur subsistance, elle considère qu'il y a un salaire normal et que, lorsque le salaire réel n'atteint pas le salaire normal, elle a le devoir de fournir la différence. C'est à quoi revient la disposition prise en 1795, année de disette, par certains magistrats du Berkshire, décidant qu'à l'avenir des prestations devront être faites pour le soulagement des ouvriers pauvres et de leurs familles, et fixant une échelle de secours, proportionnée au prix du blé et au nombre des enfants. Peu s'en faut que la disposition
ne devienne loi : le projet de loi, déposé par Pitt en 1797, qui généralise les deux systèmes du secours à domicile et du salaire complémentaire, peut être considéré comme le dernier terme de cette évolution.
Le projet de loi déclare que, si un indigent résidant dans une paroisse s'est engagé, avec le consentement préalable de la personne ou des personnes désignées pour l'administration de la loi des pauvres dans la paroisse, à travailler contre un salaire insuffisant pour lui permettre de vivre, seul ou avec sa famille, il sera permis aux fonctionnaires des pauvres, avec l'approbation d'un ou plusieurs juges de paix du district, de compléter le salaire de l'ouvrier, sans imposer à l'ouvrier assisté l'obligation d'un travail, sur les fonds levés en vue de l'assistance publique. Le projet de loi accorde des secours, dans les mêmes conditions, au père de famille ayant plus de deux enfants âgés de moins de cinq ans, à la veuve ayant plus d'un enfant âgé de moins de cinq ans, enfin permet, dans le cas où un indigent posséderait de la terre, ou bien aurait droit à la jouissance d'une portion suffisante de biens communaux pour entretenir une vache ou un autre animal produisant un profit, qu'il lui soit avancé une somme suffisante pour l'achat d'une vache ou d'un autre animal. C'est le « système de la vache », coivsystem, auquel Arthur Young, trois ans plus tard, se ralliera, demandant qu'il soit garanti à tout travailleur agricole père de trois enfants un demi-arpent pour planter des pommes de terre et assez d'herbe pour nourrir une ou deux vaches 2 .