‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 45 sur 212 · DROIT A LA SUBSISTANCE. PAINE · texte numérisé non relu

DROIT A LA SUBSISTANCE. PAINE

Bref, au moment où la fixation légale du taux des salaires tombe en désuétude, elle reparaît, par un détour, dans la loi des pauvres. Ce n'est plus seulement au pauvre sans travail que la loi vient en assistance, c'est à Yindustrious poor, au labourinq poor, à l'ouvrier qui travaille, mais que le salaire de son travail ne suffit pas à faire vivre. Ce n'est plus le droit au travail, c'est le droit direct à la subsistance qui est consacré par

la loi.

Il est naturel que les démocrates se rallient à la thèse

du droit à la subsistance. Ni Paine, ni Godwin n'éludent le problème; ni l'un ni l'autre ne se considère comme dispensé d'avoir à résoudre le problème économique, après avoir résolu le problème politique.

Paine, dans ses « Droits de l'Homme », fait le calcul des hommes qui, en Angleterre, après cinquante ans révolus, t peuvent trouver nécessaire ou agréable d'être mieux assistés qu'ils ne s'assistent eux-mêmes, et cela comme une affaire non de grâce et de faveur, mais de droit », et essaie de déterminer cette assistance, qui est, il le dit et le répète, « non pas une aumône, mais un droit 3 ». Il va plus loin dans son ouvrage de 1796, intitulé « Justice agraire, opposée à la loi agraire et au monopole agraire », réponse à un sermon dans lequel Watson, évoque de Llandaff, avait célébré « la sagesse et la bonté de Dieu lorsqu'il fit les riches et les pauvres 4 ». Mais Paine nie que la distinction des riches et des pauvres soit d'origine naturelle ou divine. La pauvreté est une création de ce qu'on appelle la vie

civilisée, elle n'existe pas à l'état naturel ; et comme, d'autre part, l'état de nature est privé de ces avantages qui dérivent de l'agriculture, des arts, des sciences et des manufactures, le but à poursuivre est d'éviter le premier inconvénient en retenant le second avantage. Si la propriété foncière a commencé du jour où le travail a été incorporé au sol, il est néanmoins vrai que c'est la valeur de l'amélioration sociale, et non la terre elle-même, qui est propriété individuelle: c'est pourquoi tout propriétaire du sol cultivé doit à la collectivité une rente foncière (ground-rent). Toute accumulation de propriété personnelle au delà de ce que produisent les mains propres de l'individu lui vient du fait qu'il vit en société; il doit donc, en vertu de tous les principes de justice, de gratitude et de civilisation, la restitution d'une partie de cette accumulation à la société d'où le tout est venu. Bien plus, on observera que l'accumulation de propriété personnelle est, dans bien des cas, l'effet de ce que le travail qui l'a produite est trop peu rémunéré. « Il est peut-être impossible, ajoute Paine, de proportionner exactement le prix du travail aux profits qu'il produit; et on dira aussi, en manière d'excuse pour l'injustice, que, si un ouvrier devait recevoir un accroissement quotidien de salaires, il ne le garderait pas pour se défendre contre la vieillesse, et n'en tirerait pas grand avantage dans l'intervalle. Faites donc de la société le trésorier, pour le lui conserver dans un fonds commun ; car ce n'est pas une raison, parce qu'il n'en pourrait pas faire un meilleur

Page 1