‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 48 sur 212 · ADAM SMITH ET GODWIN · texte numérisé non relu

ADAM SMITH ET GODWIN

moins fondamentale que la première. Elle constitue une sorte d'usurpation. Elle m'investit du soin de veiller à la conservation et à la distribution de ce qui, en droit complet et absolu, appartient non pas à moi, mais bien à un autre que moi.

EnGn le troisième degré de la propriété, c'est a un système, établi d'une manière quelconque, par lequel un homme obtient la faculté de disposer du produit de l'industrie d'un autre homme ». C'est le système établi dans tous les pays civilisés, le système de la propriété héréditaire. Nous disons que nos ascendants nous lèguent notre propriété : c'est une imposture grossière. « La propriété est produite par le travail quotidien des hommes qui sont maintenant en existence. Tout ce que leurs ancêtres leur ont légué, c'est un parchemin moisi (a mouldy patent), qu'ils montrent comme un titre pour extorquer de leurs voisins ce que le travail de ces voisins a produit ». Cette troisième espèce de propriété est en contradiction directe avec la seconde.

Telle est la doctrine. Elle établit une double distinction : d'une part, entre le degré de propriété où il est attribué à chacun selon ses besoins, conformément au t principe de l'utilité, et celui où il est accordé à chacun selon son travail, sans considération des besoins ; — d'autre part, entre le degré de propriété où il est attribué à chacun selon son travail, et celui où chacun dispose du produit du travail d'autrui. Or cette double distinction est conforme aux principes traditionnels de la philosophie de l'utilité.

||f> LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.

La première distinction se rencontrait déjà chez Locke; et Godwin fonde, comme Locke, le droit de propriété sur la considération directe de Futilité. Mais il est plus logique que Locke, puisque celui-ci, à peine après avoir fondé la propriété sur l'utilité, la fondait sur le travail, en partant de cette considération que le travail règle la valeur des choses dans l'échange, et en admettant implicitement ce postulat, que la nature est juste.

Quant à la seconde distinction, elle se rencontre chez Adam Smith, qui traite la question à un point de vue strictement théorique, mais ne peut faire autrement que d'y introduire constamment des notions de justice. Il s'attache à montrer comment s'est effectué le passage entre l'état social primitif où la propriété se fonde sur le travail, et la constitution actuelle de la propriété ; et Godwin peut-être s'est inspiré non pas seulement de la pensée mais des expressions mêmes d'Adam Smith. « Le prix réel de toute chose, disait Adam Smith, ce que toute chose coûte réellement à l'homme qui veut l'acquérir, c'est le travail et la peine nécessaires pour l'acquérir ». Il disait encore que « le travail fut le premier prix, la monnaie originelle qui fut payée contre toutes choses 8 », — et que, dans cet état de choses primitif, antérieur à l'accumulation du capital et à l'occupation du sol, « le produit total du travail appartient au travailleur 9 ». Mais, « aussitôt que le capital s'est accumulé entre les mains de personnes déterminées, quelques-unes l'emploieront naturellement

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