LOCKE, ADAM SMITH, GODWIN
à mettre au travail des hommes industrieux, qu'elles fourniront de matériaux et de subsistances, en vue de tirer un profit de la vente de leur travail ajouté à la valeur des matériaux 10 ». Profit qui ne doit pas être confondu avec un salaire particulier, le salaire du travail d'inspection et de direction. Les profits « sont absolument différents, sont réglés par des principes tout à fait différents-, et ne sont pas proportionnés à la quantité, la difficulté, ou l'ingéniosité de ce prétendu travail d'inspection et de direction !1 ». Et de même, « aussitôt que le sol d'un pays est devenu tout entier propriété privée, les propriétaires, comme tous les autres hommes, aiment à récolter là où il n'ont jamais semé, et exigent une rente en échange même du produit naturel du sol 12 ». Le système social existant est donc bien, pour Adam Smith comme pour Godwin, « un système par lequel un homme obtient la faculté de disposer du produit du travail d'un autre ». De même encore, lorsque Godwin condamne le langage imposteur, selon lequel la « propriété », la « richesse », sont des choses que les riches possèdent et se transmettent de père en fils, ne veut admettre dans le monde d'autre richesse que le travail de l'homme, et ne voit, dans ce qu'on appelle à tort richesse, qu' « un pouvoir confié par les institutions sociales à certains individus déterminés pour contraindre les autres à travailler à leur avantage 13 », il ne fait que reprendre, leur donnant seulement une forme en quelque sorte plus dramatique, des propositions d'Adam Smith 14 . Richesse, c'est pouvoir. Non pas le
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pouvoir politique, civil ou militaire, quoiqu'elle puisse accidentellement servir à l'acquérir, c Le pouvoir que cette possession confère immédiatement et directement, c'est le pouvoir d'acheter : une certaine faculté de commander à tout le produit du travail qui est alors sur le marché. La fortune est plus ou moins grande, dans la mesure précise de ce pouvoir, ou de la quantité soit du travail d'autres hommes, soit, ce qui revient au même, du produit du travail d'autres hommes, qu'elle lui permet d'acheter ou de commander. » t:> Ainsi s'exprimait Adam Smith. Maintenant Godwin ne s'exprime pas autrement.
Mais alors comment les mêmes idées, exprimées presque dans les mêmes termes peuvent-elles chez des auteurs différents, aboutir à des conséquences aussi différentes. 11 est curieux de comprendre la nature de la <:rise logique que subit, vingt ans après la publication du livre classique d'Adam Smith, vingt ans avant l'apparition du livre également classique de Ricardo, le principe de l'identification naturelle des intérêts. Le problème peut, semble-t-il, se résoudre comme îl suit. Godwin retient d'Adam Smith ce qu'on peut appeler son naturalisme, — la distinction opérée entre le naturel et l'artificiel, jointe à la conviction que la nature est juste, que l'artificiel s'oppose tout à la fois à la nature et à la justice. Mais Godwin place ailleurs qu'Adam Smith la ligne de démarcation, si difficile à établir, entre le naturel et l'artificiel.