‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 74 sur 212 · AD AH SMITH ET MALTHUS · texte numérisé non relu

AD AH SMITH ET MALTHUS

le principe de l'identité naturelle des intérêts, tel que l'énonce Adam Smith, trouverait encore son application dans cet élat futur de société, sans propriété ni gouvernement, prévu par l'optimisme de Godwin et de Condorcet? Une fois que les progrès de l'industrie humaine auraient réalisé l'abondance, l'égoïsme deviendrait inutile, en même temps que disparaîtraient l'institution de la propriété et le phénomène de l'échange. Or la théorie de l'harmonie des intérêts, fondée sur la division du travail, implique justement les notions de la propriété, de l'échange et de l'égoïsme. Malthus rejette le principe de la fusion des intérêts; il considère le sentiment de bienveillance comme dérivé de l'égoïsme par une évolution graduelle : vouloir substituer la bienveillance à l'égoïsme comme principe moteur de la société n'aboutirait qu'à faire souiîrir la société tout entière de cette pression du besoin, ressentie aujourd'hui par le petit nombre seulement.. Au système établi de la propriété, au principe de l'égoïsme, malgré son apparente étroitesse, nous sommes redevables, selon Malthus, de tout ce qui distingue la vie civilisée de la vie sauvage 37 . Malthus se montre, sur ce point, le dépositaire fidèle de la tradition d'Adam Smith. Pour qu'une science de la valeur soit possible, l'économiste utilitaire, impuissant à mesurer directement Futilité, la mesure indirectement par le travail. Mais, pour un objet d'une utilité donnée, l'homme peut fournir des quantités de travail très variables. Le travail qui mesure la valeur devra donc être le travail maximum que l'homme est disposé à

fournir pour obtenir la jouissance de l'objet. Il faut donc, pour qu'une science de la valeur soit possible, que ce travail maximum soit constamment fourni quelque part, que l'utilité apparaisse comme nécessité, ou encore l'homme économique comme un être nécessiteux. L'économie politique d'Adam Smith devant cesser d'être vraie le jour où serait atteint le terme du progrès humain prévu par Godwin et Condorcet, le problème est au fond, pour Malthus, de découvrir une loi du progrès telle qu'elle assure l'application perpétuelle des piincipes posés par Adam Smith.

L'application de la doctrine, c'est la condamnation du droit à l'assistance et des « lois des pauvres » qui le consacrent. Ces lois ont pour tendance évidente d'accroître la population sans accroître les subsistances ; les vivres qui se consomment dans les workhouses et nourrissent les membres les moins estimables du corps social réduisent d'autant les parts qui reviendraient, sans l'institution des poor-laws, à d'autres, plus industrieux et plus dignes. Les lois des pauvres sont coûteuses : si coûteuses que les accusations de concussion sont courantes. Elles sont tyranniques : ïa loi des settlements est dénoncée par tous, à commencer par Adam Smith. Mais, en réalité, si les lois des pauvres ne résolvent pas le problème du paupérisme, ce n'est point par le fait des malversations qui peuvent se produire dans la gestion des fonds perçus, c'est parce qu'elles vont tout droit contre la nature même des choses. Si l'application en est tyrannique, c'est parce que tout le monde reconnaît tacitement

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