‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 73 sur 212 · ADAM SMITH ET GODWIN · texte numérisé non relu

ADAM SMITH ET GODWIN

Uniment la quantité. Il semble maintenant qu'à cette première restriction doive s'en ajouter une seconde. La quantité des produits du travail s'accroît peut-être indéfiniment, mais la demande de ces produits s'accroît indéfiniment, elle aussi, et selon une loi plus rapide encore. Une loi d'évolution n'est pas nécessairement une loi de progrès : ainsi pourrait se formuler l'idée, entrevue par Condorcet, et sur laquelle insiste Malthus. Ainsi prend un sens défini, grâce à des idées nouvelles que Malthus emprunte à Condorcet, le principe, énoncé par Adam Smith et Godwin, selon lequel la population se règle constamment sur la quantité des moyens de subsistance.

Les procédés que la nature emploie pour réduire aux

proportions voulues la raœ des plantes et la race des

animaux, c'est le manque de semence, la maladie, la mort prématurée. Pour restreindre la race humaine, elle emploie la misère et le vice. La misère est la conséquence nécessaire de l'opération de la loi, et Condorcet y avait déjà fait allusion. Le vice en est une conséquence hautement probable. Le bonheur d'un pays donné ne se mesure donc pas au nombre des habitants, mais à la quantité des subsistances, ou plus exactement, selon la formule déjà proposée par Malthus dans la « Crise », à l'accroissement correspondant de la population. Voilà longtemps déjà que les problèmes relatifs à la population inquiètent les chercheurs : Mais Richard Price et ses critiques procèdent trop exclusivement en statisticiens; or la statistique n'est pas la méthode h n

qu'emploient les disciples d'Adam Smith : fondée sur la connaissance de certaines lois primitives de la nature humaine, la nouvelle science économique procède synthétiquement, et cherche à découvrir des lois dérivées, qui participent de la certitude des lois primitives. La population, nous dit Adam Smith, est limitée par les moyens de subsistance ; mais en quel sens entend-on le mot de liînitel S'agit-il d'une limite supérieure que la population ne peut dépasser, mais en deçà de laquelle elle peut varier dans une mesure indéterminée? Alors nous sommes incapables, pour une quantité de subsistances donnée, d'affirmer que le chiffre de la population est rigoureusement déterminé: nous n'avons pas trouvé encore la loi de la population. Mais, si les moyens de subsistance sont une limite de la population, en ce sens que la population ne saurait, d'une façon un peu durable, ni s'élever au-dessus, ni descendre audessous de cette limite, si Ton admet qu'une pression constante est exercée par la population sur les moyens de subsistance, alors nous pouvons dire, avec une rigueur vraiment scientifique, que la quantité des subsistances détermine le nombre des consommateurs. Par où le principe de l'identité naturelle des intérêts semble gravement compromis : si Ton veut, en effet, que la théorie de la population présente le caractère d'une théorie scientifique, il est nécessaire que le genre humain, pris dans son ensemble, soit considéré comme misérable ou besogneux.

Mais ne pourrait-on aller plus loin, et sedemander si

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