‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 96 sur 212 · LA MÉTHODE CHEZ JAMES MILL · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE CHEZ JAMES MILL

laquelle les lois de la nature humaine poussent l'être humain, considéré à l'état de collectivité, quand il constitue un corps complexe avec d'autres êtres de son espèce », enfin « une claire compréhension du fonctionnement pratique de la machine gouvernementale » ; car, ajoute-t-il, « de même que les lois générales du mouvement sont contrariées et modifiées par le frottement dont l'action peut cependant être exactement vérifiée et produite, de même il est nécessaire que l'historien apprécie correctement les influences perturbatrices que les lois générales de la nature humaine peuvent recevoir de variations individuelles ou génériques, et le compte qui doit en être tenu dans ses prévisions et ses raisonnements 22 ». Dans ce programme, très admiré par Ricardo 23 , on voit un essai d'application, à l'histoire générale, de la méthode propre à la nouvelle science économique ; et l'on doit admettre que Mill, dans les longues promenades qu'il aimait à faire avec Ricardo, s'attacha surtout à lui donner des leçons de méthode.

Il convient d'observer, d'ailleurs, que Mill connaissait la littérature économique française. Depuis 1814, il connaît personnellement J.-B. Say. Celui-ci s'est présenté chez Place, muni d'une lettre d'introduction de Godwin; et Mill a exprimé à Place le désir qu'une entrevue avec J.-B. Say soit ménagée à Ricardo et à lui-même. Lii chose s'arrange, lorsque, en décembre, Say revient d'Edimbourg où il a rendu visite à Dugald Stewart. Il va voir Ricardo à Gatcomb, et Ricardo l'accompagne chez

Bentham, à Ford Abbey : ainsi se trouvent réunis, pendant une journée, par l'entremise de Place et de Mill, les trois principaux représentants des idées nouvelles 24 . James Mill n'est-il pas, un disciple de J.-B. Say? Il lui empruntera plus tard, avec quelques modifications, son arrangement de la matière économique. Il lui a déjà emprunté, en 1808, dans son Commerce defended 2: \ la théorie à laquelle J.-B. Say avait donné le nom de « théorie des débouchés 2i ». La production des objets est la seule cause qui crée un marché pour les objets produits. Si les objets sont en grand nombre, le peuple est abondamment fourni; s'ils sont en petit nombre, maigrement; dans le premier cas, le pays est riche; dans le second cas, il est pauvre; mais, toujours, une moitié des biens sera échangée contre l'autre, et la demande égale à l'offre. Développement nouveau de la thèse fondamentale de l'identité naturelle des intérêts ; et J.-B. Say a raison de compter, au nombre des conséquences de la théorie, celle-ci « que chacun est intéressé à la prospérité de tous, et que la prospérité d'un genre d'industrie est favorable à la prospérité de tous les autres ». Démontrée non par un appel à l'expérience, qui pourrait tromper, car les phénomènes économiques sont constamment altérés par l'intervention arbitraire des gouvernements, mais déductivement, en se fondant sur les lois de la nature humaine, à la façon d'un théorème d'Euclide : c'est Mill qui introduit pour la première fois, vers le même temps 27 , dans le langage de l'économie politique, la métaphore eucli-

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