‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 16 sur 177 · BENTHAM ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

BENTHAM ET LA RÉVOLUTION

ner au républicanisme ; mais cette crise avait été extrèmementeourte, extrêmement peu profonde. Déjà le « délire», r « éloquence passionnée » des orateurs de la Constituante Tagacent. Dans la confiscation des biensde TÉglise, dans la restitution, aux descendants des protestants persécutés sous Louis XrV, des biens de leurs ancêtres, il voit des atteintes "au principe de la sûreté. Lorsqu'une association se forme, en Angleterre, pour réagir contre les sociétés de propagande républicaine, Bentham est sur le point d'adhérer : c'est Romilly, rencontré par hasard dans la rue, qui l'en dissuade. En faveur de sa prison modèle, il sollicite les ministres : lord Lansdowne lui en sait mauvais gré, et Bentham, à partir de 1792, cesse ses visites à Bowood^^ Envovant au ministre Dundas, en 1793, les opuscules qu'il a fait imprimer depuis quatre ans : « Quelques-uns d'entre eux, écrit-il, pourraient vous amener à me prendre pour un républicain — si je l'étais, je ne le dissimulerais pas : le fait est que je suis en train d'écrire contre la réforme parlementaire ellemême, et cela sans changer de sentiment»''*. Sans doute, il tient compte du fait que la France est un pays ouvert, en raison de la situation révolutionnaire, à toutes les expériences novatrices. Il adresse à la France son essai de tactique parlementaire, son projet de code d'organisation judiciaire. Sa « Défense de l'Usure » vient d'être traduite à Paris'^\ En 1791, il envoie à l'Assemblée nationale son travail sur le Panopticon, s'ofîrant à organiser et diriger lui-môme en France une prison construite sur le modèle qu'il préconise : la France, « vers

qui tous les yeux sont tournés, et d'où sont exportés dos modèles pour les diverses branches de l'administration » n'est-elle pas « le pays, par dessus tous les- autres, où une idée nouvelle — pourvu qu'elle soit utile — est le plus facilement pardonnée ? » Et l'Assemblée vote Timpression d'un extrait de l'ouvrage, déjà traduit en français, que Bentham a expédié avec le livre"". En 1793, avant le départ de Talleyrand, il lui remet un exemplaire d'un opuscule intitulé : ^< Emancipez vos colonies », dans lequel, en partant des principes, il s'efforce de démontrer que la possession d'un empire colonial est non seulement injuste, au point de vue de la doctrine des droits de l'homme, mais inutile et nuisible aux intérêts de la nation colonisatrice et de la colonie''". Lord Lansdowne partage sur ce point l'opinion de Bentham. Pourquoi, demande-1-il aux lords, en 1797. cette folie d'attaquer les possessions de l'Espagne dans rAméri([ue du Sud ? En trois ou quatre années, elles se détacheraient d'elles-mêmes de l'Espagne. « Un plus grand bien ne pourrait pas être fait à l'Espagne que de la soulager du fléau de ces établissements, et d'en faire un peuple industrieux comme ses voisins; un jtlus grand mal ne pourrait arriver à l'Angleterre que de les ajouter à nos possessions déjà excessives"*^ ». Il semble même que lord Lansdowne, si nous en croyons sa propre affirmation, ait emprunté à Bentham celte opinion révolutionnaire"": c'est là, disait Bentham, la thèse d'un de mes jacobinismes"". Mais, ce jacobinisme économique mis à part, Bentham reste un antijacobin.

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