‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 15 sur 177 · ROMILLY ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

ROMILLY ET LA RÉVOLUTION

libre nous a habitués à regarder avec dédain des instilutions qui, si sages qu'elles puissent être en soi, ne pouvaient pas, croyait-on, mériter d'être imitées, parce qu'elles étaient établies sous des gouvernements despotiques... L'excellence relative de notre constitution en a empêché Texcellence réelle. » Tous les abus seront critiqués et corrigés ; et ceux-là seuls auront des motifs de s'alarmer, « qui ont, ou du moins pensent avoir, des intérêts distincts, ou même contraires, de ceux de la nation prise dans son ensemble », le pair orgueilleux, le fonctionnaire qui cumule, le concussionnaire colonial, l'homme de loi, « qui a rempli sa mémoire, et surchargé son entendement de tout le fatras des lois positives », et « tremble à la seule pensée d'une réforme du droit, qui rendrait inutile sa vaste érudition et supprimerait la nécessité d'avoir recours à lui pour guider les hommes dans le labyrinthe des statuts ambigus et des décisions incohérentes ». Mais, dans la péroraison, les notions de liberté et de droit viennent de nouveau se substituer à la notion d'utilité : « heureuse la génération naissante, qui est destinée^ à vivre en des temps où se lever pour la défense des droits égaux de l'humanité ne sera plus tenu pour un juste objet de dérision, où il ne sera plus considéré comme chimérique de vouloir assurer à l'humanité la pleine jouissance de ces droits ; où le génie s'efforcera non d'amuser l'imagination, ou d'exciter les plus dangereuses passions, mais de concerter les moj^ens les meilleurs et les plus efficaces |)Our donner aux hommes, de tout ordre, II :i

la liberté, la sécurité et le bonheur ». En 1790, il plaide contre un de ses correspondants français la cause de l'Assemblée Nationale : il n'est pas d'assemblée humaine depuis la création qui ait fait moitié autant pour le bonheur de l'espèce humaine. « J'admets la violence, ou, si vous voulez, l'égoïsme des meneurs de l'Assemblée Nationale ; mais que des hommes doivent agir sous l'inspiration du pur motif de faire le bien d'autrui, sans aucune considération pour eux-mêmes, c'est, j'en ai peur, plus qu'on n'est en droit d'attendre, même sous le gouvernement le plus parfait que la sagesse humaine puisse désirer, à bien plus forte raison sous un gouA ernement comme celui sous lequel s'est formé le caractère de tous les hommes qui jouent maintenant un rôle politique en France » -^^ En 1791, il se réjouit que le succès du livre fameux de Thomas Paine sur les « Droits de l'homme » ait annulé le succès, à ses yeux déplorable, des Refkctiom de Burke«^ En mai 1792, il tient encore bon : « même la conduite de l'Assemblée actuelle n'a pas été capable d'ébranler sa conviction que c'est l'événement le plus glorieux, et le plus heureux pour l'humanité, qui ait jamais eu lieu depuis qu'on recueille l'histoire des afiaires humaines »'^'. Mais la journée du 10 août, les massacres de septembre, le désabusent tout d'un coup. « Autant penser à établir une république de tigres dans quelque forêt d'Afrique, qu'à conserver un gouvernement libre parmi de tels monstres. » ''- Bentham, lui aussi, avait paru, un instant, incli-

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