‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 19 sur 177 · LES « SOPHISMES ANARCHIQUES · texte numérisé non relu

LES « SOPHISMES ANARCHIQUES

France, qui vient de réformer la langue de la chimie, n'a pas su réformer la langue du droit public ; la phraséologie de Grotius et de Pufendorf est conservée, devient révolutionnaire et dangereuse. Une constitution, qui se donne pour èlre le dessein rélléchi de toute une nation, est moins sage, moins féconde en bonheur, que le « gâchis » de la constitution britannique "^

En second lieu, la Déclaration des Droits de l'Homme admet l'existence de quatre droits naturels : la liljerté, la propriété, la sécurité, la résistance à l'oppression. Or, ces quatre « droits naturels » ne coïncident pas avec les quatre buts assignés dans la philosophie de Bentham au droit civil "\ La liberté? Il n'est pas de loi qui ne soit une restriction de la liberté, et qui ne constitue, par suite, une atteinte à ce prétendu droit inaliénable. A moins qu'on ne définisse arbitrairement la liberté, comme consistant « à être capable de faire ce qui ne fait pas de mal à un auli'e ». Mais la liberté de faire le mal, n'est-ce pas encore la liberté? L'article 11 distingue entre l'usage et l'abus de la liberté de pensée et d'opinion. Mais qui fera la distinction ? « On laisse aux législateurs futurs le soin de déterminer ce qui devra être regardé conmie un abus de la liberté. Que vaut la sécurité qui est ainsi donnée à l'individu contre les usurpations du Gouvernement? Qu'est-ce (ju'une barrière que fixe seul le Ijon plaisir? ». — La propriété? Mais c'est la loi ipii détermine la propriété. La clause deviendrait claire si l'on admettait

que tous les droits de propriété, toutes les propriétés qu'un individu possède, peu importe comment, sont imprescriptibles, et ne peuvent lui être enlevées par aucune loi. Mais il n'est pas d'impôt, pas d'amende, qui ne soit une atteinte au droit de propriété, qui ne justifie, par suite, la résistance et l'insurrection. L'article 13 déclare la propriété inviolable, sauf en cas de nécessité. Mais est-ce la nécessité qui commande la construction de nouvelles rues, de nouvelles routes, de nouveaux ponts, de nouveaux canaux ? Une nation pourrait se contenter des moyens de communication naturels qu'elle a reçus de la nature, et continuer à exister : le progrès n'est pas une nécessité. En tout changement, il y a des désavantages à considérer d'un côté, des avantages à considérer de l'autre ; mais que valent tous les avantages du monde, quand on les oppose aux droits de l'homme, sacrés et inviolables, dérivés des lois de la nature qui ne sont pas promulguées et ne peuvent être abrogées? — La sécurité? Toute loi qui impose une contrainte et menace d'une peine est une atteinte à la sécurité. — Quant au quatrième « droit », le droit de résistance à l'oppression, ce n'est pas un droit fondamental au même titre que les autres : c'est un moyen que l'on indique au citoyen pou»" défendre ses droits dès qu'il les tient pour violés. Aussi bien les Français, éclairés par une expérience de six années, ont évité de le mentionner dans la « Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen » de 1795. La définition de ce droit marque cependant.

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