‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 20 sur 177 · INVENTIONS RÉFORMATRICES · texte numérisé non relu

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avec une netteté particulière, le caractère insurrectionnel et antisocial de la théorie. Les passions égoïstes et dissociales, passions utiles, nécessaires même, à l'existence et à la sécurité de l'individu, n'en sont pas moins funestes à la paix publique, quand elles sont provoquées à l'exclusion des autres passions. Mais tel est l'effet produit par la Déclaration des Droits, « telle est la moralité de ce manifeste célèbre, rendu fameux par les mêmes qualités qui ont fait la célébrité de l'incendiaire du temple d'Éphèse ».

En conséquence Bentham, hostile aux principes de la révolution française comme il avait été hostile aux principes de la révolution d'Amérique, reste, bien qu'il ait, à un certain moment"'', espéré obtenir de la protection de lord Lansdowne un siège au Parlement, indifférent au problème politique. Des réformes de détail le passionnenl. Il demeure l'inventeur pratique, l'whommeà projets » qu'il a toujours été.

En 1795, il publie simultanément une « protestation contre les impôts de justice ^"^ » et un opuscule intitulé « Revenus sans charges, ou escheat vice taxation^^ ». Dans le premier opuscule, il demande l'abolition des law taxes, qui créent, pour la corporation des juges, un intérêt à prolonger les procès, à rendre dispendieuse l'administration de la justice, et réfute deux arguments qu'il tient pour des sophismes. L'un développé par Adam Smith, suivant lequel « la charge d'une institution doit reposer sur ceux qui en recueillent le bénéfice». — Soit, répond Bentham, mais

non pas au point d'annuler le bénéfice. L'autre, suivant lequel ce genre d'impôt est « un obstacle (check) à la chicane ». — Mais la fin directe de l'administration de la justice, c'est de rendre la justice accessible, et non inaccessible à tous. Seulement par quel impôt remplacer l'impôt supprimé? Le second opuscule répond à la question. Problème : quel est le revenu dont la vingtième partie constitue un impôt, et un impôt pesant, alors que la totalité ne serait pas un impôt, et ne serait senli par personne ? Réponse : une extension du law o[ escheat, le retour à l'État des successions, passé ce degré de parenté où le mariage est interdit.

En 1800 et 1801, un projet financier plus considérable l'occupe --. Il propose que l'Etatémette, à l'exemple des banques privées, des billets pour de petites sommes, mais des billets portant intérêt. « Si cette proposition était énoncée dans les termes suivants : Émettez vos bons du trésor pour de petites sommes, la formule, sans rendre d'une façon complète ni correcte la mesure, exprimerait tout ce qu'elle contient de »oia-efa/. La réalisation du projet présenterait de grands avantages économiques. Si les bons portant intérêt dont il s'agit étaient émis, chaque pauvre pourrait être son propre banquier ; chaque pauvre pourrait, en plaçant ses petites économies sous cette forme, tirer un profit de banque de son propre argent. Chaque chaumière, chaque petit logement, pourrait, avec cette quantité de profit, et avec un degré de sécurité jusqu'ici inconnu, être une banque de frugalité ». Mais la mesure recommandée présente encore des avantages

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politiques. De même que la Révolution de 1G88, par la (•onstitution de la dette nationale, attacha au Gouvernement nouveau toute la classe des rentiers, le great monied inlerest, de même VAnnuity Note Scheme de Bentham attacherait au régime établi toute la masse de la population, le Utile monied interest. La dette nationale a sauvé la nation de la tijrannie des Stuarts; la mesure nouvelle, en donnant aux pauvres des intérêts conservateurs, préserverait l'Angleterre de V anarchie révolutionnaire ""^ Beniham donne encore, en 1796, au Moniing Herald, des observations critiques sur le Treason BiW''; en 1797, aux Annales d'Agriculture d'Arthur Young, des observations sur la loi des pauvres, dont la réforme est alors Tobjet de discussions parlementaires'^■'^ ; en 1798 et 1799, il rédige, en collaboration avec Colqhoun, des projets de loi pour la réforme de la police de Londres ^'' ; en 1800, il s'émeut du grand nombre des condamnations et exécutions pour crime de faux, et, en vue d'éviter ce gaspillage de peines, cherche des moyens propres à prévenir le crime -^; il s'occupe, avec presque autant de passion, de l'invention d'un frif/idarium, appareil réfrigérant pour conserver les fruits et les légumes '*'^; il donne, en novembre 1800, au Peter Porcupine deGol)bett, des « Indications relatives au Population Bill », où il définit les meilleures méthodes à employer pour dresser un recensement**". Mais c'est le Panopticon qui absorbe la majeure partie de son temps. Son père est mort en 1792, et lui a laissé, en outre de sa maison de Queeh Square Place, à Westminster, un

revenu de 500 à 600 livres sterling, qui consiste principalement en fermages'-'". Maître d'une fortune personnelle, Bentham la dépense en frais de propagande, en avances de fonds, comme il perd son temps en démarches. — Bentham est un philanthrope, mais il n'est ni républicain ni démocrate.

Il n'est pas seulement un philanthrope et un homme à projets ; il est l'auteur de tout un nouveau système de philosophie juridique. Une partie du système a été publiée en 1189, dans 1' «Introduction aux principes de morale et de législation» ; mais d'autres événements sollicitaient alors l'attention publique, et l'ouvrage a passé inaperçu. L'ensemble des manuscrits de Bentham est entre les mains de Dumont; mais, pour que Dumont trouve le temps de les rédiger, il faudra que la période révolutionnaire soit tout entière écoulée. De sorte que la Révolution française nuit à la renommée philosophique de Bentham. Ce n'est pas que Bentham ne sente en lui le génie, la vocation de la législation ; il aspire à exercer une action par ses œuvres. Il recueille avec joie un propos qu'aurait, en 1790, dans un cercle de diplomates, tenu Fitzherbert, le qualifiant de « Newton de la législation »'*'. Quand paraît son travail sur l'organisation judiciaire , il se réjouit de le voir lire avec intérêt dans la petite société de Lansdowne Ilouse : « Cela contribue, entre autres choses, à la croissance lente de mon école ''-» . Il a donc, dès lors, l'ambition de fonder une école; mais il est obligé de constater''^ (jue, semblable aux prophètes, il est encore moins

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