II AVANT-PROPOS
sera pour Bentham qu'une cause de déceptions et de ruine. Comment s'étonner dès lors que, même dans la maison de lord Lansdowne, un des chefs de la faction « jacobine », même lorsqu'il entretient des relations avec les révolutionnaires de la Constituante et de la Convention, Bentham, victime de la Révolution française, s'obstine dans une hostilité systématique au principe égalitaire et démocratique? En fait, à partir de 1789, il y a comme une suspension dans l'histoire de la pensée de Bentham.
Mais ce qui est vrai de la pensée de Bentham n'est pas vrai de la doctrine de l'utilité : à côté de Bentham, et indépendamment de lui, elle se développe, se transforme, s'enrichit chaque jour de principes nouveaux. La Révolution et la crise européenne qu'elle détermine posent devant l'opinion, avec urgence, la question de de savoir s'il n'y a pas lieu de répartir plus équitablement entre les citoyens, soit l'exercice du pouvoir politique, soit la jouissance de la richesse sociale. Une longue polémique s'engage, provoquée \yàv les événements de France, à laquelle prennent part Barke, Mackintosh, Paiue, Godwin, ]\Ialthus, dans des ouvrages demeurés classiques. Or tous, à quelque parti qu'ils appartiennent, Godwin aussi bien que Burkô, Malthus aussi bien que Godwin, sont des adeptes du principe de l'utillié. Il est visible que la doctrine de l'utilité devient, en Angleterre, la philosophie universelle, et que les réformateurs devront parler la langue de l'ulilité, s'ils veulent non pas môme faire accepter, mais