‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 44 sur 177 · CIVILISATION ET SALAIRES · texte numérisé non relu

CIVILISATION ET SALAIRES

constitué comme profession, « le prix d'achat et le prix de vente d'un objet seront toujours différents. Si nous l'achetons au manufacturier, celui-ci doit être non seulement rémunéré de la matière brute, mais encore rémunéré de son travail et de son habileté. Si nousj'achetons au commerçant proprement dit, il doit être rémunéré de son temps, de la rente de sa maison, et de la subsistance de lui-même et de sa famille. Il faut laisser à sa délibération le soin d'ajuster cette différence de prix, et c'est ainsi qu'il se trouve investi d'un grand pouvoir discrétionnaire. Emploiera-t-il toujours ce pouvoir discrétionnaire avec une parfaite intégrité-'? » Godwin ne pousse pas assez loin l'analyse, et ne montre pas en quel sens la fixation du prix de l'objet mis en vente est à la discrétion du vendeur, ni en quel sens et dans quelle mesure celui-ci se trouve affranchi de la nécessité des lois économiques. Mais, ailleurs', comparant la domesticité avec l'esclavage, il montre avec précision ce que contient de décevant la théorie du contrat soi-disant volontaire. Tout en reconnaissant que la servitude d'un domestique anglais a ses tempéraments, il demande si, dans l'hypothèse où je pourrais contraindre un homme, par la pression d'une série de circonstances, à se vendre comme esclave, et l'autoriser à dépenser l'argent d'achat à orner sa personne, il ne serait pas néanmoins un esclave : car c'est la condition à laquelle il est soumis, « ce n'est pas la manière dont il s'y est trouvé introduit, qui constitue la différence entre un homme libre et un

esclave-^ ». Dans la société actuelle, fondée sur l'instilution de la propriété individuelle, il y a conflit, et non pas harmonie, d'intérêts, entre le capitaliste et le travailleur salarié ; cependant le principe de l'identité naturelle des intérêts n'est pas violé, puisque c'est la propriété individuelle qui repose sur un état artificiel de civilisation, sur des inslitutions gouvernementales positives.

Une société à la fois civilisée et égali taire, où personne ne serait propriétaire ni du produit du travail d'autrui, ni même du produit de son propre travail, mais où chacun jouirait du produit du travail commun, dans la mesure de ses besoins, voilà le but à poursuivre. Par quels procédés en préparer la réalisation ? Godwin est obligé, par son libéralisme intransigeant, de réprouver toute intervenlion législative, toute action révolutionnaire, tout ce qui pourrait ressembler à une contrainte. Sans doute il est utile, el par conséquent obligatoire, que je distribue le produit de mon travail entre les divers membres de . la société à laquelle j'appartiens, dans la mesure de leurs besoins. Mais, d'autre part, il serait mauvais que les membres de la société à laquelle j'appartiens prétendissent m'imposer, autrement que par la persuasion, tel ou tel emploi déterminé de la richesse que mon travail m'a acquise. Le système économique qui permet de disposer du produit du travail d'autrui est un système mauvais pour qui adhère au principe de l'utililé; mais tout système de contrainte légale qui voudrait imposer la substitution à ce système

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