L ÉDUCATION DU PEUPLE
teux : des palliatifs seuls étaient concevables^"'. Dans la deuxième édition, il rejette certaines mesures que l'on propose, et par exemple l'émigration, précisément parce qu'il y voit non des remèdes, mais de simples palliatifs. Plus explicitement encore que dans la prem4ère édition, il désavoue «le prétendu droit des pauvres à être entretenus aux frais de la société » et demande la promulgation d'une loi «portant que l'assistance des paroisses sera refusée aux enfants nés d'un mariage contracté plus d'un an après la promulgation de la loi, et à tous les enfants illégitimes nés deux ans après la même époque»^". Les remèdes à employer, sans parler de la charité privée, ce seront des institutions propres à augmenter l'action de l'obstacle préventif: les sociétés de secours mutuels, qui déjà se propagent en Grande-Bretagne, et surtout les institutions d'instruction publir[ue. « Jusqu'à ce que le langage de la nature et de la raison, en ce qui concerne la population, soit généralement entendu, et qu'il ait remplacé le langage de l'erreur et du préjugé, on ne saurait dire qu'on ait essayé d'éclairer la raison du peuple. Pour être en droit de l'accuser, il faut commencer par l'instruire". »
Mallhus veut donc qu'on assigne à l'Etat une fonction pédagogique : il préconise le système, avant lui préconisé par Adam Smith, d'écoles paroissiales où les enfants des pauvres recevraient une éducation élémentaire. Adam Smith avait demandé déjà r|ue l'instruction donnée dans ces écoles fût plus prati()ue (jue celle qui était donnée dans les maigres « écoles de charité »
déjà existantes, que l'on y enseignât les éléments de la géométrie et de la mécanique. Malthus va plus loin, demande un enseignement populaire et pratique d'économie politique, veut que l'on dissipe les préjugés courants qui se rapportent tant à la vente et à l'accaparement des grains qu'au principe de population. On objecte que l'instruction pojtulaire fait des révoltés, que le peuple n'apprend à lire que pour lire les pamphlets de Thomas Paine. Une assertion du même genre avait été réfutée déjà par Adam Smith; mais les additions que Malthus propose de faire aux programmes de l'enseignement po[)ulaire lui permettent de réfuter l'objection avec plus de force encore ^^ Le plan de réforme des lois des pauvres aboutissait chez Bentham à un programme d'enseignement populaire ; chez Malthus, en fin de compte, il se réduit à cela. L'enseignement populaire s'était déjà développé, en Angleterre, sous l'impulsion des dissidents, en particulier des méthodistes. Mais au mouvement déjà existant, Malthus apporte une formule utilitaire. 11 est juste, disaient les protestants, que tous les hommes, égaux devant Dieu, participent autant que possible également à la connaissance des livres saints, de la loi divine, de la loi morale. Il est utile, dit Malthus, que tous les hommes connaissent les lois phj^siques auxquelles le développement, l'accroissement de l'espèce, est soumis, afin <|u'ils apprennent à régler l'accroissement de leurs besoins sur l'accroissement de la quantité de jouissances que la nature met à leur disposition.