‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 66 sur 177 · DÉCEPTIONS ET DÉBOIRES · texte numérisé non relu

DÉCEPTIONS ET DÉBOIRES

intitulé Panopticon versus New South Wales'', où, dans une lettre adressée à lord Pelham, il institue un parallèle entre les deux systèmes du Panopticon et de la déportation; — le second qu'il intitule successivement the True Bastille, puis the Constitution conquered, enfin, a Plea for. the Constitution, où, s'inspirant des documents fournis innocemment, et sans intention polémique, par un ancien judge-advocate de la colonie, il signale les abus de pouvoir commis : prolongations indues de peines, formes détournées de servage, « en violation de la Grande Charte, de la Pétition de Droit, de la loi d'Habeas Corpus, et du Bill of Riglits ))'^; — et enfin des Observations on a late exercise of législative poiver by the Duke of Portland, in declared contempt of Parliament » ", attaque si violente contre la personne du duc, que les amis les plus zélés de Bentham, Romilly, qui propage ses idées dans le milieu whig deHolland House, Wilberforce, qui sert d'intermédiaire entre le ministère et lui, s'émeuvent, à la communication du manuscrit. « On afîaiblit tout ce qu'on exagère », écrit Romill}'- à Bentham ; mais il ajoute naïvement que l'opuscule est, légalement, diffamatoire, et d'autant plus diffamatoire qu'il est plus vrai ^ Wilberforce plaide auprès de Bentham la cause des ministres. Pitt a été négligent, mais il est absorbé par tant d'atîaires. Lord Spencer a fait échouer les premières négociations de terrain, mais est-il personnellement responsable? Enfin pourquoi ces attaques contre lord Belgrave ? « Vous parlez sur un ton léger, sinon railleur, de son caractère religieux...

i9'2 LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.

Est-ce à Mr. Bentham, le réformateur des hommes vicieux (et à aucun égard il ne m'a jamais apparu sous un jour plus aimable ou plus digne , que lorsqu'il exerçait les ressources de son esprit ingénieux en vue d'une fin aussi louable), est-ce à lui qu'il appartient de tourner quelqu'un en dérision parce qu'il fait de la 'propagande chrétienne^ » '' On voit où les deux philanthropies, la philanthropie chrétienne de ^Yilberforce, et la philantropie de Bentham, qui s'inspire d'Helvétius, commencent à diverger. Wilberforce est un conservateur, ami de tout le monde, qui voudrait bien qu'aucun de ses amis n'eût tort. Il n'en a pas moins la plus profonde pitié pour le « cœur malade » de Bentham, intercède activement pour lui alors même qu'il le révolte par son apparente tiédeur '^ Il lui vient en aide, dans les temps difficiles. « Nul n'a été traité plus mal que Bentham ; j'ai .vu les larmes couler sur les joues de cet homme d'esprit énergique, tant il était obsédé par i'importunité pressante des créanciers, et par l'insolence des fonctionnaires subalternes, alors que, tous les jours, il allait mendier, à la Trésorerie, ce qui, effectivement, lui était dû en droit strict. Quelle indignation j'ai souvent ressentie, à le voir traité de la sorte par des hommes qui lui étaient infiniment inférieurs ! Il en a été tout à fait aigri ; et je ne doute pas que l'amertume de ses opinions postérieures n'ait été due en grande partie à ces mauvais traitements » ". Le philanthrope insulté, l'inventeur méconnu, le projector perpétuellement traité de fou, peut linir

Page 1