LE RADICALISME
Tooke, tournés en dérision par Y Antijacobin, s'étaieni mis d'accord pour réclamer une « réforme radicale » ^'' ; et, dans l'épithète, on retrouve cette idée de retour aux origines, aux racines, si répandue, au xviii*' siècle, dans la philosophie des démocrates anglais. Puis l'expression semble disparaître complètement et ne redevient en usage qu'aux environs de 1810. Dans une lettre privée de 1811, Gartwright oppose le radical reformer, qui offre à la nation la constitution elle-même « dans toute la simplicité de son excellence », dMmoderate reformer (\w\ o^vq quelque chose de sa propre fabrication ou de sa propre fantaisie, quelque chose (lui-même l'avoue) de conq)lexe et de très imparfait^\ L'adjectif radical, le substantif reformer, sont dès lors employés avec une fréquence croissante^'. « Les Réformateurs Radicaux, déclare Ward au Parlement, constituent certainement la grande majorité des réformateurs en dehors de cette enceinte ; les Réformateurs Modérés, la grande majorité des membres de l'opposition », et il entend par Réformateurs Radicaux non seulement les partisans des parlements annuels et du suffrage universel, mais tous ceux qui désirent altérer la constitution conformément à quelque grand plan général ; par Réformateurs Modérés, ceux qui se contenteraient d'altérations partielles, applicables à ce qu'ils considèrent comme des griefs particuliers *". Mais c'est en 1819 seulement, semble-l-il, que l'adjectif rar/jca/ est, par voie d'abréviation, (•mj)loyé substantivement". Or, c'est précisément le temps où im lait considér.ihlc vient de se produire dans Thistoii-e du radicalisme.
En 1817, Bentham avait enfin publié son Pian of Parliamentary Reforin, in the for ni of a CatecJiism, with reasons for each^ article, porté au décuple par l'addition d'une introduction, où il essayait de montrer « la nécessité d'une réforme radicale et l'insuffisance d'une réforme modérée ». En février 1818, un jeune disciple de Bentham, Henry Bickerstelli, entame des négociations avec Bentham et sir Francis Burdett, en vue d'obtenir qu'ils s'entendent pour une action commune, au Parlement, en laveur de la cause de la réforme : « L'Angleterre, écrit Bickersteth à Bentham, possède maintenant deux amis distingués de la réforme, qui, par leur collaboration, peuvent donner la forme la plus avantageuse au meilleur plan possible. Les caractères de M. Bentham et de sir Francis Burdett sont trop bien connus de l'un et de l'autre pour qu'il soit nécessaire ou convenable de rien dire à ce sujet... Imaginez un plan de réforme tracé par M. Bentham, — le meilleur plan possible, puisqu'il serait formé par la personne la mieux qualifiée, puis exposé et soutenu par sir Francis Burdett ». Burdett joint ses instances à celles de Bickersteth : « Bentham et Burdett I L'allitération charme mon oreille ». Quelques difficultés s'élèvent. Bentham tient surtout pour le scrutin secret. Il se considère comme l'initiateur de cette idée ; el, quoique le biographe de Cartwright ait raison de faire observer que, dès 177G, le 6ai/of ftiisait partie du programme de celui-ci, il n'en est pas moins vrai (pie, pourCartwright,