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des noms nouveaux, la distinction, traditionnelle en Griinde-Bretagne, des bourgs (population électoral districts) et des comtés (territorij électoral districts), il demande C|ue, dans toutes les circonscriptions électorales, le nombre des électeurs soit sensiblement égal. Il demande le scrutin secret à la place du scrutin public, et veut que « le titre de chaque électeur » soit « le paiement fait, jusqu'à concurrence d'une certaine somme, de certains impôts » ^^ Mais ces mesures qui nous paraissent essentielles ne présentent d'autre avantage, dans sa théorie, que de supprimer, ou de réduire, comme il dit en son langage géométrique, aux moindres dimensions possibles, les inconvénients qui accompagnent les élections, à savoir, pour les candidats, « les frais et les vexations », pour les électeurs et le public en général, « la perte de temps, la paresse, l'ivrognerie, les querelles, les émeutes ». Le scrutin secret, avec faculté de voter par correspondance, abolira, pour les candidats, la nécessité de transporter les électeurs au lieu de vote, enlèvera aux élections tout caractère tumultueux, simplifiera l'examen de la validité des élections; la régularisation du droit de vote simplifiera pareillement la besogne des juges. Far-dessus le marché, la réforme aura les avantages coUaiéraux de développer « l'aptilude intellectuelle appropriée » des électeurs, et d'améliorer la condition des classes inférieures, par l'identification de leurs intérêts avec ceux des classes riches. La réforme ne présente pas d'aNantages directs pai' son coté démocratique; même, à la rigueur, la régu-
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larisation du droit de vote n'en implique pas la démocratisation ; et, dans la réforme du régime électoral, c'est l'établissement du scrutin secrel, plutôt que l'extension du droit de suffrage, qui paraît essentielle à Bentham.
11 est pourtant fatal que, sous l'action du milieu, l'idée démocratique se développe incessamment chez Bentham. Nous trouvons Bentham, à partir de l'année 1811, en relation avec le major Cartwright, premier théoricien anglais du suffrage universel, dont la carrière n'est pas sans ressemblances avec la sienne : tous deux populaires aux environs de 1780, tous deux ruinés par leurs entreprises philanthropiques, en raison de la réaction qui discrédite pour quinze ans et plus, en Angleterre, toute idée de réforme, tous deux indemnisés par le Parlement, lorsque reprend, aux approches de 1815, le mouvement réformateur, des pertes qu'ils ont subies dans l'intérêt général. Rien ne prouve cependant que Bentham, en 18M, se soit encore rallié à la thèse du suffrage universel. C'est sur la question de la réforme pénitentiaire qu'ils commencent par échanger des lettres. Cartwright signale à Bentham la présence, à Londres, de trois colons libres de la Nouvelle-Galles du Sud, qui pourraient fournir des renseignements sur les scandales de là-bas ; Bentham suggère que Burdelt devrait porter l'affaire devant les Communes ^'^ Mais, surloul, Bentham fait, en 1812, par James Mill, la connaissance de ce singulier personnage, Francis Place, alors âgé de quarante ans, simple
CARTNVRIGIIT. FRANCIS PLÂCK. 20o
ouvrier et membre des sociétés révolutionnaires aux environs de 1792, puis, à partir de 1800, marchand tailleur à Charing-Cross, électeur influent, et bientôt grand électeur de la localité. Il apporte au groupe de Bentham ses facultés d'agitateur et d'organisateur, et va devenir, pendant trente années conséculivcs^', l'agent politique de la secle.
Au moment où James Mill, en 1811, et Benlham, en 1812, font sa connaissance, il vil dans la retraite. C'est Francis Place qui a organisé, en 1807, l'élection de sir Francis Burdelt ; mais, au moment où, en 1810, sir Francis Burdett, barricadé dans sa maison de Piccadilly, bravait les efforts de toute la police de Londres, Place a conseillé la capitulation. Il se trouve qu'au même instant Place faisait partie du jury chargé d'enquérir sur une mort tragique, dont l'opinion rendait responsable un membre de la famille royale. Il avait conclu, avec le jury lout entier, au suicide; et, les démocrates avancés, Henry Hunt en tète, aj^ant lanc(' contre lui l'accusation, si fréquente dans les partis d'agitation populaire, d'être vendu au gouvernement, d'être un Government Spij, un agent provocateur, sir Francis Burdelt se brouillnit avec lui, pour ne [mint se ivconcilier avant 1819. Mais, dès 1814, James Mill, Place, et Bentham sont d'accord pour faire entrer an Parlement, à la place de lord Gochrane, rpi'nn scandale financier vient. d'en chasser, Brougham, le compalriote (Ir lames Mill et son collaborateur à la « Kevue d'Edimbourg », qui promet desoutenir le programme de réforme
parlementaire soutenu par Bui-detl en 1(S09.^'' Cependant, Place connaît Cart^^Tig•llt , qui lui rend de fréquentes visites dans sa boutique de Gharing-Cross ; et Cartwright, redevenu riche, a repris, depuis 1810, avec une ardeur nouvelle, sa campagne de propagande. En 1811, il fonde la « Société des amis de la réforme parlementaire » ; en 1812, le « Hampden Club » ; en 1813, appliquant à la propagation des idées politiques un procédé depuis longtemps appliqué par les méthodistes à la propagande religieuse, il se transforme en field preacher, et donne, à travers toute l'Angleterre, des meetings en plein air. C'est surtout après la ))aix que le mouvement prend de la gravité. Jusqu'à cette date l'agitation politique s'est confinée à AVestminster, les troubles économiques n'ont pas débordé les districts manufacturiers du Nord -Ouest. Après 1815, lorsque la production industrielle renaissante sur le continent diminue la demande des produits anglais, tandis que l'offre de blé reste immuable, par l'obstination des propriétaires fonciers à détendre le système des droits prohibitifs sur l'entrée des céréales, la crise devient générale. Les ouvriers des villes brisent les machines. Les ouvriers des champs incendient les meules. Le « radicalisme » devient enfin une force politique.
Voilà quelque temps déjà que l'expression de « réforme radicale » commence à faire partie du langage courant. Elle avait une première fois été en vogue aux environs de 1797 et de 1798, lorsque Fox et Hoi'uc