‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 78 sur 177 · LA LOI DE LA RENTK DIFFÉRENTIELLE · texte numérisé non relu

LA LOI DE LA RENTK DIFFÉRENTIELLE

d'une part, le terme du développementlogiqiie de la pensée économique ; elle peut être considérée comme impliquée dans la loi de population de 1797, et l'on en peut voir la formule se dégager, avec une netteté croissante, dans les éditions successives du livre de Malthus ^-. Mais il convient surtout de faire intervenir ici la considération des circonstances historiques. La période de la grande guerre a dressé, l'un contre l'autre, en Grande- Bretagne, deux mondes économiques distincts, dont les intérêts ne coïncident que par accident. Les denrées agricoles et les objets industriels ne sont pas produits dans les mêmes conditions : Malthus, dès les premières éditions de son livre, abonde en observations à ce sujet, provoquées par les disettes de 1794 et 1795, puis de 1800 et 1801. Des terres inférieures ont été mises en culture pendant la guerre, et le prix du blé a monté, mais, du même coup, les rentes foncières ont haussé. Des enquêtes parlementaires mettent en lumière la corrélation des deux laits; et au moment où en 1814 et 1813 le rétablissement de la paix risque de mettre fin à l'isolement accidentel du peuple anglais, les propriétaires fonciers, au mépris do l'intérêt général, demandent un nouveau corn laiv pour empêcher, par la protection des blés anglais, les terres inférieures de ne plus être cultivées, et les rentes foncières de baisser *^.

En 1814, l'état des campagnes, les mauvaises récoltes, la difficulté croissante à trouver des ouvriers agricoles, inquiètent l'économiste Wakefield, qui fait p;ut à son

ami Francis Place de ses alarmes ^*. Place étudie luimême la question et se déclare, à James Mill, capable, après un certain nombre de recherches statistiques, « de donner une idée claire et concise de l'action des corn laïcs sur la masse de la collectivité ». C'est le peuple qu'il faut éclairer, puisqu'il n'y a rien à faire du côté du Parlement, livré à l'intluence des grands propriétaires ^■'. Mill encourage Place à l'entretenir de ces questions*6. En réponse, Place ose suggérer à Mill de traiter lai -même le problème par écrit. La vérité à répandre, c'est toujours la doctrine de Malthus : « quand comprendra-t-on, demande Place, cette saine vérité que la population exerce une pression constante sur les liûiites de la production? quand les gouvernements renonceront-ils à vouloir contrarier les lois immuables de la nature? quand cesseront-il» de sacrifier une partie de la collectivité pour satisfaire l'orgueil, l'ignorance et la folie du reste? quand cesseront-ils d'aggraver la misère du grand nombre pour accroître non le bonheur, mais le pouvoir du petit nombre? quand reconnaîtront-ils qu'une population vertueuse et heureuse vaut mieux qu'une nation nombreuse? qu'un peuple sage et libre est infiniment préférable à une nation nominalement riche, de Tyrans, d'Esclaves et d'Imbéciles?" » L'ouvrage malthusien que Place réclame à James Mill, c'est Ricardo qui va l'écrire; et Malthus devance Ricardo. D'ailleurs, si les Benthamites ne sont pas appelés à découvrir la théorie nouvelle, est-ce qu'ils ne la pressentent pas? En 1814, dans un article publié par

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