FRANCIS PLAGE ET JAMES MILL
VEclectic Review, James Mill constate qu'il y a divergence entre les intérêts des propriétaires fonciers et l'intérêt général, et avertit les propriétaires que le progrès des lumières doit fatalement donner conscience à la majorité et du pouvoir dont elle dispose pour faire prévaloir par la force ses intérêts. Il constate une divergence entre les intérêts du propriétaire foncier et les intérêts du fermier : le fermier ne souffrirait pas de la libre importation du blé s'il pouvait se soustraire au paiement des fermages exorbitants qu'exige de lui le propriétaire foncier. Il préconise, pour sortir d'une situation anormale, des mesures presque révolutionnaires : l'annulation ou le rachat de tous les baux. Le rachat coûterait moins que le subside payé annuellement par l'Angleterre à un seul souverain étranger; et il est juste que les propriétaires fonciers perdent, au rétablissement de la paix, comme les officiers de terre et de mer, comme les fournisseurs militaires, les bénéfices exorbitants que leur a valu la guerre ^s. Ces conflits de classes compromettent gravement, comme nous verrons par la suite, le principe de l'identité des intérêts; mais ils s'imposent aux regards, et les Benthamites, défenseurs de l'intérêt du plus grand nombre, attendent une doctrine capable d'en rendre compte. Alors le moment sera venu pour eux déjouer, comme toujours, leur rôle d'assimilateurs et d'organisateurs. Or, de toutes parts, autour d'eux, la nouvelle théorie s'élabore.
Buchanan, en 1814, commentant Adam Smith, observe que, « la rente étant un excès sur les salaires et les pro-
fits, de tout ce qui donne cet excès sur les salaires et les profits, on peut dire qu'il paie une rente. L'inventeur d'une machine à économiser le travail, s'il gardait son secret, pourrait vendre ses produits à un prix qui fournirait une rente ou un excédent sur les salaires et le profit ; mais, quand le secret est connu, et que d'autres viennent faire la même économie de travail, la concurrence réduit le prix, et son avantage est perdu. De cette manière les progrès des manufactures bénéficient à la société par une chute de prix des objets manufacturés, mais les progrès de l'agriculture, qui n'occasionnent pas une chute de prix, bénéficient seulement au propriétaire par un accroissement de la rente foncière ». Pourquoi, d'ailleurs, les progrès de l'agriculture n'entraînent-ils pas une chute des prix? C'est que « l'industrie manufacturière accroît son produit en proportion de la demande, et le prix baisse ; mais le produit du sol ne peut pas être accru de même, et un haut prix est encore nécessaire pour empêcher la consommation d'excéder l'offre » ''^ Est-ce que cette application du principe de population ne renferme pas tout l'essentiel de la théorie de la rente difierentielle? Puis West, dans un traité anonyme, intitulé : « Un Essai sur l'Application du Gapilai au Sol ■'" », où il enregistre les réflexions que lui ont inspirées les travaux des Commissions parlementaires, et veut montrer l'inulililé d'une aggravation des droits à l'importation, essaie de |)rouver, définissant, avec plus de rigueur qu(; Malthus, la loi des revenus fonciers décroissants,