‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 91 sur 177 · LE STYLE DE P.ENTHAM · texte numérisé non relu

LE STYLE DE P.ENTHAM

Mill, levé dès six heures, se partage entre son « Histoire de l'Inde britannique » et l'éducation de ses enfants. Puis, après le dîner, vient l'heure des promenades et des conversations, les hôtes se rela^^ant, de jour en jour, pour accompagner Bentham. James Mill est grave; Bentham bouffonne, et scandalise son secrétaire Colis, qui plus lard le trahira "^S par ses facéties sacrilèges. Francis Place admire, et fait à sa femme, dans de longues lettres, le récit de cette vie de labeur. « Tous les jours se ressemblent; en raconter un, c'est les raconter tous » ''"'.

La vie de Bentham reste donc ce qu'elle a toujours été: une vie solitaire et réglée. Bentham reste « Tliermi(e de Queen Square Place», « le reclus paisible, laborieux, inoflénsif, en qui nul homme n'a un compagnon, en qui tout homme a un ami, et (|ui, quoique Anglais de naissance, est un citoyen du monde par naturalisation», «un reclus, qui ne fait pas partie de la société, et dont la destinée garde la personne aussi complètement que s'il était muré dans unecellule solitaire » "". La maison de Romilly a été, pendant longtemps, la seule maison, et a été la dernière maison qu'il IVéquente'''. Dans sa propre maison, il est d'un abord dithcile : (juand M""' de Staël et Benjamin Constant visitent l'Angleterre, il refuse de s'exhiber. James Mill"% puis le Dr. Bowring (|ui, après 1820, j)r(Midra graduellement auprès de Bentham le poste de coidiance antérieurement occupé par James Mill'^'', ont leurs enirées. Divci-s récits nous disent comment, pur hnir enticniix', des

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jeunes gens, des inconnus obtiennent une audience du maître, la faveur de dîner avec lui. ou de l'accompagner, après dîner, dans sa promenade hygiénique, au pas de course'". A écrire, toujours seul, des manuscrits qu'il sait ne pas devoir être lus du public, tout au moins avant d'avoir été revus et corrigés par un disciple, il écrit une langue de plus en plus obscure, il secréeune terminologie nouvelle, qu'il peut bien appeler nalurelle par opposition à la terminologie technique, en cours dans les tribunaux, mais qui, constituant en réalité une "louvelle terminologie technique, aussi inintelligible pour le profane que le jargon de Westminster Hall , décourage ses lecteurs et ses rédacteurs. Dumont, qui travaille à l'édition française de la « Théorie des preuves », en gémit; Brougham et Francis Place s'en plaignent à James Mill. L'article consacré par le Quarterly Remew, en i818, au Plan of Parliamentary lîeform est une longue satire du jargon benthamique '•. Uomilly lui-même, dans la « Revue d'Edimbourg » , proteste contre le style obscur employé par Bentham dans ses Codification Papers^'K Ce n'est pas à dire que la phrase de Bentham ne soit pas toujours riche, vivante, expressive, ni que les mots nouveaux qu'il fabrique d'après des analogies anglaises ne soient pas souvent pittoresques, ceux qu'il fabrique d'après des analogies latines souvent utiles et destinés à faire fortune ^^ Il reste que sa syntaxe abuse des incidentes, son vocabulaire des néologismes. Il devient obscur à force de vouloir être précis. Ce n'est pas seulement l'obscurité, c'est aussi la vio-

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