‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 93 sur 177 · LE ROLE DE JAMES MILL · texte numérisé non relu

LE ROLE DE JAMES MILL

d'un professeur moderne, ou aux froids prosélytes d'un écrivain moderne. Ce sont, en général, des hommes d'âge miir, d'intelligence supérieure, qui embrassent volontairement l'étude lajjorieuse de sciences utiles et nobles ; qui empruntent leurs opinions moins à la froide lecture de ses écrits, qu'à la conversation familière avec un maître sur les lèvres de qui ces opinions sont recommandées par la simplicité, le désintéressement, l'originalité et la vivacité, appuyées plutôt qu'atténuées ])ar des faibles qui ne sont ])as sans charme, récemment renforcées par l'autorité de l'âge et de la renommée, et en tous temps par cette im])erturbable confiance en son propre jugement qui augmente puissamment l'ascendant d'un tel homme sur ceux qui l'approchent. « Or, ce jugement a été contesté par Stuart Mill qui déclare « simplement ridicule » cette conception de l'influence exercée par Bentham. « C'est, dit-il, par ses écrits que Bentham exerce son influence. C'est par eux qu'il a produit, et continue à produire, sur la condition de l'humanité, des effets plus étendus et plus profonds (jue l'on n'en peut, assurément, attribuer à mon père. Son nom est beaucoup plus grand dans l'histoire. » Mais c'est James Mill qui exerce, à la différence de Bentham, un ascendant personnel. «C'est lui qu'on recherchait pour la vigueur et le caractère instructif de sa conversation, qu'il employa largement pour la dilTiision de ses opinions... Ce sont les opinions de mon |»ère qui ont donné son caractère distinctif à la propagande l)enlhami(|ue ou utilitaire de l'époque. Elles tombaient une à nue,

jetées par lui en plusieurs directions'^ ». Stuart Mill va plus loin, nie que James Mill ait été le disciple exclusif de Bentham, montre en lui un penseur indépendant, dont la philosophie est faite de pièces empruntées à Hartley, à Malthus, à Ricardo, et non pas seulement à Bentham. Nous croyons ces remarques fondées.

Si, en effet, il va exister, aux approches de 1832, un radicalisme philosopliique, sans doute la formation de ce dogmatisme collectif s'explique par des raisons générales. Certaines réformes, dans l'ordre politique, I

dans l'ordre économique, dans l'ordre juridique, sont réclamées par certaines sections distinctes de l'opinion publique, depuis la fin du xviii^ siècle. En I8I0, on peut dire qu'une fraction considérable et chaque jour croissante de l'opinion les réclame toutes avec une égale intensité. Il est, dès lors, nécessaire que l'homme, être intellectuel, éprouve le besoin de sys- |

tématiser tous ces besoins particuliers de réformes par rapport à un principe unique. Il est même presque nécessaire que ce principe soit le principe de Futilité, parce que ce principe est le fond même de l'entendement anglais, et que tous les penseurs, conservateurs ou démocrates, communistes ou partisans de la propriété individuelle et héréditaire, partisans du libre-échange ou protectionnistes, se réfèrent d'instinct à ce principe. Et par là, en un .sens, Bentham se trouve élu pour prendre la tète du mouvement. Mais, abandonné à son propre génie, Bentham aurait-il jamais réalisé ce |

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