ASCENDANT DE JAMES MILL
plus pleinement que personne adhéré à ses pr'incipes, parce qu'il a consacré plus d'années que personne à s'entraîner au métier de disciple, parce que, plus que personne, il est en état de consacrer sa vie tout entière à la propagation du système. C'est dans l'intérêt de leur amitié qu'il la veut moins intime. « Je ne pourrais partir soudainement, sans proclamer au monde qu'il y a eu querelle entre nous ; et c'est ce que, selon moi, dans l'intérêt de nous deux, et pins spécialement de la cause qui a été le grand lien d'union entre nous, nous devons soigneusement travailler à éviter. Le nombre n'est pas petit de ceux (|ui épient notre brouille. C'est par les faiblesses de leur caractère que les philosophes ont toujours donné prise à ceux qui contestent leurs principes; et on laissera entendre que nos faiblesses sont bien graves si, dans nos relations, nous n'évitons pas de montrer au monde que nous ne pouvons nous accorder**' ». James Mill a la conscience justifiée d'être l'intermédiaire indispensable entre Bentham et le monde extérieur. Serviteur volontaire de Bentham, il devient, partout ailleurs que chez Bentham, un tyran. Tyran domestique, lorsqu'il s'agit d'élever ses enfants. Tyran social, lorsqu'il s'agit de développer, d'organiser, de créer le groupe bentliamite. Ilencîst — tel Roebuck — à(|ui toujours il inspirera une aversion profonde ''-. George Grole, après sa première entrevue avec celui dont il va subir si profondément l'influence, est sensible à ses défauts. «Son esprit a tout ce cynisme et tuute celte àpreléqui apj)artiennent
à l'école de Benlham, et ce qui me déplaît principalement en lui, c'est sa disposition à insister sur les fautes et les travers d'autrui, même du j)lus grand homme ^^ ». Il se fait craindre, plus qu'il ne se fait aimer ; mais la sorte d'antipathie qu'il inspire fait peut-être elle-même partie de son prestige. A part Bentham, Ricardo est le seul homme qu'il ait vraiment |
aimé ; mais Ricardo est pour lui un autre grand homme, un maître bien plus qu'un disciple, ou un agent de diffusion des idées de Bentham. Tous les autres, il les apprécie selon qu'ils sont |)lus ou moins utilisables, en vue de la fin, d'ailleurs désintéressée, qu'il j»oursuil.
Le succès récompense ses efforts. Les œuvres françaises de Bentham commencent à se traduire en anglais, et c'est son fils John que James Mill va charger de publier l'édition anglaise du Ralionale of Judicial Evidence, après queDumont a publié la « Théorie des Preuves judiciaires » Toute une sphère d'inlluence se crée, grâce à James Mill. autour de Bentham. La boutique de Francis Place, dont Mill a fait un benlhamite, est, à Charing-Cross, un centre d'action politique^* : c'est là qu'on prépare, en 1818, l'élection de Plobhouse'''' à Westminster; c'est là qu'on prépare, en i82'i, l'abrogation des Comhinalion Laivs.Avi Parlement, il a poussé Ricardo. Josei)h Hume, d'esprit pesant, mais (jui va Jicquérir une réputation par son entêtement à discuter les budgets el à obtenir les économies nécessaires, est, en quelque sorle, une création de James Mill"*". Dans la ]iresse, le grand