‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 107 sur 239 · L ANALYSE. JAMES MILL · texte numérisé non relu

L ANALYSE. JAMES MILL

que l'esprit passe facilement d'un objet connu à un autre, est une raison pour que la limite entre certains sentiments et d'autres ne soit pas observée. Il est donc nécessaire que l'étudiant acquière par la pratique Vhabiiude de réfléchir sur ses sensations comme constituant une classe distincte de sentiments» ®*. La réalité, c'est l'apparence sensible; mais l'apparence change selon le degré d'attention, et les états de conscience, après l'analyse instituée par James Mill, sont purement et simplement aux mêmes états de conscience, tels qu'ils étaient avant l'analyse, ce qu'un objet regardé à la loupe ou au microscope est au même objet vu à l'œil nu. La nature n'en est pas changée, le détail en est seulement mieux aperçu. Mais, d'autre part, James Mill, qui d'ailleurs ne fait que développer une idée de Hartley, insiste sur le caractère indécomposable et indissoluble de certaines associations d'idées. Il emprunte à Hartley ses expressions pour exprimer cette coalescence de plusieurs idées en une seule, où nul effort d'attention ne peut défaire, pour la conscience sensible, l'association primitive. Afin de faire comprendre comment ici encore il est possible d'opérer la décomposition du phénomène mental, il ne suffit plus de recourir à la comparaison d'un instrument grossissant, qui renforce seulement l'action de nos organes sensitifs, il faut recourir à l'analogie de certains instruments d'expérimentation indirecte, la cornue où se résout en substances simples le corps composé, le prisme qui décompose la lumière blanche. To expound est le verbe dont Mill fait l'usage le plus fréquent pour désigner

l'explication psychologique, et ce verbe peut signifier simplement exposer, exprimer ce qui apparaît aux sens; mais il s'oppose aussi, dans la langue de James Mill, au verbe io compoundj qui signifie composer, et particulièrement opérer une combinaison chimique; il s'agit donc d'une décomposition chimique, où l'apparence du phénomène psychologique observé est détruite, et qui de nouveau suppose, dans la vie mentale, ropï)Osition d'une apparence et d'une réalité ®^. — En apparence, j'ai l'intuition visuelle, ou tactile, de l'espace ; mais il faut que cette apparence soit détruite, afin que, conformément aux exigences de la raison explicative, la conscience apparaisse comme consistant, en réalité, dans une somme de « points de conscience » ** . — En apparence, deux lois semblent régir toutes les successions de phénomènes psychiques : loi de contiguïté et loi de ressemblance. Mais Hartley n'avait mentionné que la première, et ne peut-on y réduire la seconde ? Toutes les fois que j'aperçois des objets semblables, les arbres d'une forêt, les moutons d'un troupeau, est-ce que je ne les aperçois pas contigus les uns aux autres? James Mill sent lui-même à quel point l'hypothèse est hasardeuse : mais il faut que l'association par ressemblance soit réduite à l'association par contiguïté afin que le principe de la sim])Iicité des lois de la nature soit, autant que possible, satisfait *^ Il se vérifie dans monde de la matière ; n'est-il pas à présumer, demande James Mill, qu'il doit se vérifier aussi dans le monde de l'esprit ®^ ? — C'est ainsi que James Mill paraît

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