L ANALYSE. THOMAS BROWN
aborder la théorie des phénomènes de l'esprit ? Remarquons d'abord que les sciences de la nature ont deux objets: l'étude des régularités de succession, et la recherche des éléments qui entrent dans la composition des corps. Même si l'on admet que chaque état d'âme instantané est absolument simple et rigoureusement indécomposable, on pourra constater certaines régularités dans la succession des états d'âme, et tirer de cette constatation certaines observations générales, que l'on appellera lois, et qui permettront de prévoir le retoiir de certains phénomènes psychiques, sans que cette « théorie» implique aucune a hypothèse» sur la nature des éléments qui peuvent constituer les phénomènes en question*^. Est-ce à dire, d'ailleurs, que l'on ne doit absolument pas introduire en psychologie la notion de composition et la recherche des éléments simples ? Brown n'est pas aussi catégorique. Sans doute, on ne peut dire que A et B soient les éléments du jugement: A est B, ou A = B; car il y a autre chose dans le jugement que la simple contiguïté mentale des deux termes. On pourra cependant, par convention et par analogie avec le langage de la chimie, dire que le jugement est le composé dont les termes sont les éléments. On réussira, grâce à cette métaphore commode, à faire que « la science de l'esprit soit, dans ses caractères les plus importants, une science d'analyse, ou du moins une science qui offre à nos yeux les mêmes résultats que si elle était strictement analytique », et à étudier « les idées et autres sentiments distincts, impliqués dans une pensée ou émotion complexe, à peu près
comme nous étudions les éléments corpusculaires qui coexistent dans une masse d'apparence continue » **. C'est ainsi que le point de vue explicatif de Hume et de Hartiey, d'abord condamné, retrouve une sorte de justification relative dans le système de Brown.
James Mill a subi l'influence de Brown : il était préparé à la subir, les réflexions de l'un et de l'autre ayant eu, dans l'enseignement de Dugald Stewart, le même point de départ. Il lui a emprunté sa définition de la théorie et de l'hypothèse*^^. Pourtant il n'est pas arrêté par le même scrupule que Brown en ce qui concerne la notion d'explication psychologique, et c'est sans réserve qu'il semble tenir pour possible une décomposition des phénomènes de la vie mentale. Mais cela se peut-il sans faire reparaître la distinction de l'apparence et de la réalité, sans substituer le point de vue de r« hypothèse» à celui de la < théorie » ? James Mill, après avoir affirmé, d'une façon catégorique, que les sensations de l'individu sont pour le psychologue, dans l'étude des phénomènes de conscience, la marque suprême de la vérité, élude la difficulté par cette remarque que l'attention a la faculté de dégager, dans un état de conscience, un certain nombre de phénomènes élémentaires, qui finissent par être sentis séparément après avoir été inaperçus. Le but qu'il poursuit, il nous le définit en commençant son analyse des sensations : « c'est d'amener ceux de ses lecteurs qui sont novices en ces matières, à concevoir les sentiments distinctement. Ils sont familiers à tous les hommes ; mais cette familiarité même, parce