JAMES MILL. THÉORIE DES MOTIFS
de râffection au motif, du motif à la disposition, le principe de l'association fournit la transition ; pour James Mil), définir ces phénomènes psychologiques, c'est les engendrer, ou les construire". A l'idée de la sensation agréable ou pénible s'associe l'idée de la cause extérieure qui la produit. De là des agglomérations d'idées associées entre elles, assez confusément désignées par les mots de la langue courante, et qui sont les affections : l'amour, par exemple, et la haine. Mais laffection n'est pas encore le motif, puisque, dans l'association d'idées qui la constitue, l'idée d'action n'est pas contenue. Le motif, c'est l'affection, plus l'idée de moi-même comme cause possible de l'objet démon affection. Pourquoi, d'ailleurs, de deux hommes tentés par l'idée d'un même acte, voit-on le premier exécuter Tacte, et le second ne pas l'exécuter? C'est que les mêmes motifs n'agissent pas sur tous les hommes avec la même intensité; et cela même est dû à des habitudes différentes d'association. James Mill s'inspire, une fois de plus, de la terminologie de Bentham : la promptitude, caractéristique de chaque individu, à obéir à un motif plutôt qu'à un autre, c'est la disposition. — Ainsi se trouve fondée une science de l'activité humaine; ainsi se trouve dissipé le fantôme du vouloir. Le vouloir est un phénomène du même ordre que le motif; pour parler plus précisément, il consiste dans les mêmes associations d'idées que le motif, mais rangées dans l'ordre inverse. Dans le motif, l'idée qui commande toutes les autres, c'est l'idée de la fin, après laquelle viennent se ranger,
en ordre inverse de l'ordre chronologique, les idées des moyens, pour finir par l'idée de l'action initiale. Dans le vouloir, l'idée de l'action commande toutes les autres idées du groupe, qui vont aboutir à l'idée de la fin. Mais le vouloir n'est pas un intermédiaire entre le motif et l'acte, qui apporterait au motif le privilège mystérieux de l'efficacité. Causalité signifie purement et simplement rapport constant de succession. Or, entre le motif et l'acte, ce rapport constant existe. C'est tout ce dont la science a besoin".
Bentham, dans son « Introduction », avait dressé une table des motifs, qui correspondait, point par point, à sa table des plaisirs : autant d'espèces de plaisirs , autant de motifs. Mais la distinction établie par James Mill entre le désir, phénomène primitif et simple, et les phénomènes de l'affection et du motif, qui supposent des associations complexes d'idées, lui permet de réduire à ses éléments nécessaires la table de Bentham^*. Le désir, c'est par définition l'idée d'un plaisir; l'aversion, l'idée d'une peine; l'idée, c'est, par définition, la copie d'une sensation . Donc, autant de plaisirs, autant de désirs; autant de peines, autant d'aversions. Pour qu'il y ait aHection ou motif, il faut seulement qu'il se produise une association entre l'idée du plaisir ou de la peine et l'idée d'une cause extérieure. Or, une même cause peut expliquer une pluralité de sensations : à un certain point de vue, on peut considérer une cause de sensation agréable comme d'autant plus « intéressante > qu'elle est plus reculée, et que l'idée s'en trouve, par